‹ Œuvres de J. D. LanjuinaisChapitre 18 sur 46 · A LA CONTENTION NATIONALE · texte numérisé non relu

A LA CONTENTION NATIONALE

' CE l8 BADHAIBS AH 111 »E 1.A m£pU»I.lQ1IS.

QoBunencer p^ rendre justice à ▼<» coUègo»... ( Discours de GuUmuw, du a5 fructidor. )

Citoyens Représentaws *,

Pétitioimer est un droit de la Dature; il ne cesse qu'avec la vie. La loi ne le donne pas; elle le pro-

* Dans rcdhkm originale , eBe était précédée de la note soixante :

c Ce Mémoire me Ivt adressé an commencement de brumaire , par

» mon Totocox. ami Laiyninais ; phisiean de mes amis me conseiDèicnt

» d*en so^endie Fimpression , fobâs à leors con»ls ; je croU aiyoor-

» dlmi deroir lerer cette s ny n si on y non pas pour Lanjnînais , car il

» n'hait jamais besoin de jnslificatioo, mais pour Im Tenté, qm est et sera

» loigoiiis utile à Im patrie et à Im postérité.

» PÉstùmm. »

* « JTai adressé mi original de cette pétition à diacnn des mmitrs de » saint pobficy de sàreté générale et de U^tdation, annom de Innocence > et dn patrk>tisme <yprÎMA le prie tons cens qni s^ int c t eam t, de » pcoTtxpKT, sH le £mt » et dTaccâérer le rapport.

» liAiuruiAis »

DE J.-D. LAN JUIN Aïs. . a33

dame , le gajraaitit en faveur de tous , et ne saurait en priver personne ; les condamnés en jouissent, et il serait barbare de le disputer aux mis hors la loi^ k ces condamnés d'autant plus malheureux , qu'ils ne peuvent se montrer aux autorités sans perdre la vie , ni faire agir pour eux aucun particulier sans Texposer à la mort.

La mise hors la loi , et en général toute condamnation prononcée en l'absence des prévenus , au nom même des représentans , peut être une erreur; elle peut être un crime des tyrans de la convention et de la république. Il faut du moins, loTsqueles tyrans sont abattus, qu'il y ait un moyen d'assurer le salut des victimes échappées à leur fureur sanguinaire. Pour cela il doit être permis de s'adresser directement k vous, qui seuls pouvez anéantir les décrets qu'on vous a surpris ou escroqués.

C'est donc avec juste confiance , que du fond du tombeau où mes oppresseurs et les vôtres m'ont forcé k m'ensevelir vivant , je rassemble ici quelques réflexions abrégées , pour démontrer mon innocence et le devoir qui , j'ose le dire , vous est imposé , ou de la reconnaître dès maintenant , ou de m'accorder les sûretés nécessaires pour l'établir. Depuis plus d'un an , ma justification est prête ; le despotisme , qui enchaînait tous ceux qu'il n'égorgeait pas , en a seul retardé la publication ; mais ce n'est pas ici le moment de vous en présenter les détails.

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Vous savez trop qu'au miUeii des/orages dei^ réyiolviiaQ ^ quekpies brigands^ masqués en force* nés patriotes y devinrent fameux par d'horrîbl^ massacres autant que par leur ackesse profond^ à égarer ou maîtriser ropinioiQi> à susciter, k diriger à kur profit les wuvemens populaires ; vous ^vet que ces hommes furent vomis par Tintrigue et l(i terreur dans la convention nationale.

Hus d'une fois je provoquai devait vous leur juste châtiment; mais ils parvinrent^ 4i force de nouveaux crimes^ à conquérir Timpusiité de kur^ pruniers forfaits 9 «t k s'ouvrir un cShemin rapide au pouvoir suprême. C'est ainsi qu'ils jvoàs forcèrent à me proscrire , et avec moi beaucoup d.'ap!trç6 de vos collègues, puis k légaliser leur sacrilège attentat , qu'ils attribuaient an peuple, tandis qifee le peuple s'ébranlait de toutes parts afin d'^en obtenir vengeance , et ne s'arrêtait que retenu par l'astuce ou par la force, ou par la <:raihte de la guerre civile. Bientôt ils s'arrogèpQip^ toute l'autorité; % iîrent seuls et défirent h$ lois k lei^r iQOfpxiç^; ih^ esDeoutèrent k (leur guise. A. peine il vousit'es^ la sanction forcée de leurs vol^mtési S0ui^n);,ils dé^ daignèrent de pacidtre en i^voir besojn ;'en tsok mp% ils réfèrent soiiis le titre ^iûa^^ntew de liberté et ^e république , et par eux toiit ce qu'A y avait de foui^ bes, de voleurs et d'assassins; et leur règne d'une année a été plus fi^tile en -cruautés , folies , désastres et bcnreurs de tout genre , ^e dix Siècles d^ tyrannie ordinaire.

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Us ne devaient pas s'accorder sur la jouissance^ de leyr proie; la guerre s'alluma entre eux. Les {dus consommés ou les plus heureuse en scëlér aiesse eiiToyèrent à Téchafaud grand nombre de leurs comj^ces ; votre prudence et votre raergie triomphèrent des autres. Le g thermidor , la république fot vraitoent sauvée !

A cette époque y la France a commencé de respirer et de sécher ses pleurs ; elle applaudit de toutei^ parts k vos décrets bienfaisàns ; elle en espère cloaque jour de plus efficaces, et chaque jour vous réalisez ses vœux , autant que vous le croyez p^matis par les circonstances.

En serait-il encore de si malheureuses , qu'elles vous obligeassent k proloi^er le supplice continuel que je sou&e depuis bientôt qùiQze mois consécutifs, sans que l'inquisition là plus effrénée , comme la plus minutieuse, ait découvert contre moi la moindre preuve de cette conspiration chimérique, dont je devais être un ^es chefs , et qui fut inventée pour couvrir une conspiration trop l'éelle.

Robes{Herre et Danton , qui , le 2 juin , ^vec la connivence ou l'agrément des autres membres du comité de salut public , dirigeaient le criminel sir mulacre d'insurrection , vous firent annoncer le même jour, dans tin rapport préliminaire, qu'ils nç connaissaient point de charges contre nous.

Je ne suis pas nommé une seule fois , si ce n'est aux qualités des parties , dans cet acte d'accusation que, long-tems après, l'on vint k bout de forger,

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et dont Robespierre voulait discrètement empêcher l'impression, ainsi que des pièces au soutien , dans lesquelles , au reste , il n'est pas plus question de moi. Nous étions en effet arrêtés pour être immolés , et non pour être jugés ; comme ces nombreuses victimes dont le sang crie vengeance , et que nos persécuteurs emprisonnèrent pour prétendue suspicion, qu'ils égorgèrent ensuite pour prétendue conspiration de prison. Incarcérer pour assassiner, ce fut toujours leur méthode.

Innocent le ^our de mon arrestation, qu'ai-je fait depuis pour devenir criminel?

J'attendis en vain , pendant près d'un mois , qu'on daignât m'interroger, me faire connaître de quoi l'on entendait me rendre coupable; j'attendis en vain ce rapport définitif sur les députés^détenus, rapport différé, malgré vos décrets, avec obstination révoltante , lorsqu'il pouvait épargner h la république une commotion dangereuse.

Mais on voulait cette commotion, ainsi que la guerre de la Vendée , pour arriver au triumvirat , puis à la royauté ou h la dictature, par l'oppression universelle. Il fallait d'ailleurs quatre mois encore de mensonges et d'artifices, d'opérations machiavéliques, de dépenses secrètes, de congrès, de clubs salariés au nord et au midi, pour acquérir, non pas des preuves , il n'y en a pas contre l'innocence, mais ce qu'une société trop fameuse, dominant toutes les autres, et instrument servile sous la main de Robespierre, eut devant vous l'c-

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Daigner coDsidërer qu'alors il n'y avait prâut de peine contre ceux qui se soustrayaient à l'arreslta-* tion , même la plus légale , ni contre les gardes qui les laissent fuir , ni contre ceux qui les recueSlent » Notre Code Criminel suivait à cet égard les principes modérés des peuples libres anciens et modernes. Il est du 23 ventôse, et l'ouvrage des triumvirs, ce décret terrible qui, par une cruauté inouie^ frappe de mort les prévenus fugitifs, et ceux qui leur donnent asile ; défend d'examiner si les preilniers étaient opprimés ou coupables, si les seconds se sont rendus complices d'un crime , ou s'ils n'ont fait qu'obéir au devoir prescrit par la nature, et par les plus impérieux , les plus louables sentimens qu'elle inspire. Ce décret et tous autrespostérieurs a ma fuite , ne sauraient y être appliqués '; vous n'avez pas en vain juré cet article des droits de l'homme, inviolable, singulièrement en matière criminelle, on ne peut sans crime donner aux lois un effet rétroactif.

Commis fugitif, me voilà pleinement justifié ,* je vais l'être en moins de paroles comme voyageur dcms le Calvados.

Si pour me rendre à Rennes ^ je pris la route de Oaen , c'est que mon chemin le plus court était au t>ouvoir des zélateurs d'Hébert, en la commune cl*Alençon, et des royalistes de la Vendée, aui environs de Laval. Ces deux faits sont tellement notoires qu'il suffit de les avoir énoncés.

Une affaire d'un citoyen qui m'avait donné place

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plus confiaiis ou tenus j^us resserres que moi ont éprouvé , j'eus recours h l'unique moyen de salut qui me restait ; je cessai de t^connaître cet ordre £k:andaleiix d'arrestation comploté contre nous par Danton, Robespierre, Lacroix, Fabre, Chabot ^ par Deffieux , Dubuisson , Luillier , et par Pache , Hébert , Chaumette et le reste de la scélérate coin* mune, dicté imprudemment par Cotfthon, extor-que par les sacrilèges menaces d'Henriot et d'une partie de la force armée.

J'ai su braver la mort pour la liberté , pour les saintes lois de mon pays. Mais loin de moi la folle et incivique superstition de vouloir mourir au rang des criminels , pour un décret , s'il faut lui donner ce nom , qui ne fut que le crime des conjurés , le fondement et le signal de leur épouvantable tyrannie, qui, par la seule vertu des canons et des bayonnettes , consacra cette pétition que , libres aupara-r valit, vous aviez, à la presque unanimité, dédàree calomnieuse.

Après m'être délivré de mon garde, sans le violente^ ni lé corrompre , sans même lui parler , je me tijDis pendant quatre jours caché dans Paris. Je me retirai ensuite , avec beaucoup de précaution et de fatiguée, au lieu de mon domicile à Rennes, d'où était partie , trois jours avant mon arrivée, la force départementde du Morbihan et d'IHe-ret-Vilaine , qui n'eut sans doute que de patriotiques desseins , mais k la formation, à l'envoi de laqudle je n'avais aucunement participé.

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Daigner coDsidërer qu'alors il n'y avait poîot de pdne contre ceux qui se soustrayaient à TarresUsH tion j même la plus légale , ni contre les gardes qui les laissent fuir , td contre ceux qui les recue^Ient» Notre Code Criminel suivait à cet égard les principe^ modérés des peuples libres anciens et mo-* derne». Il est du 33 ventôse, et l'ouvrage des triumvirs, ce décret terrible qui, par une cruauté inouie, frappe de mort les prévenus &gitifs, et ceux qui leur donnent asile ; défend d'examiner si les preilaiers étaient opprimés ou coupables, si les seconds se sont rendus complices d'un crime , ou s'ils n'ont fait qu'obéir au devoir prescrit par la nature, et par les plus impérieux, les plus louables sentimens qu'elle inspire. Ce décret et tous autrespostérieurô à ma fuite , ne sauraient y être appliqués ; vous n'avez pas en vain juré cet article des droits de l'homme, inviolable, singulièrement en matière criminelle, on ne peut sans crime donner aux lois un effet rétroactif.

Commis fugitif, me voilà pleinement justifié ; je vais l'être en moins de paroles comme voyageur dân^ le Calvados.

Si pour me rendre à Rennes y je pris la route de Caen , c'est que mon chemin le plus court était au pouvoir des zélateurs d'Hébert, en la commune d*Alençoa, et des royalistes de la Vendée, aux environs de Laval. Ces deux taiis sont tellement notoires qu'il suffit de les avoir énoncés.

Une affaire d'un citoyen qui m'avait donné place

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dans sa voiture à Pacy, et une avarie qui mit cette voilure hors de service k notre arrivée kCaen, me forcèrent à m'arrêter , contre mon intention , dans cette, dernière commune, mais je n'y restai qu'un seul jour. Je ne pris part a aucun acte , k aucune délibération, k aucune assemblée concernant la formation ou l'envoi des forces départementales. Je ne suis pas retourpé dans le pays. Je n'y voyageai qu'en courant la poste, sans m'y arrêter nulle part ailleurs.

C'est donc ce passage rapide, de mon séjour forcé a Caen , que les conjurés qualifièrent àHétcLt de rébellion dans le Califodos. Pour suppléer par le nombre k la faiblesse réelle des motifs, ils érigèrent ma fuite en crime, et sur leur parole, ils me firent déclarer traître à la patrie , comme ces modèles de proscripteurs , les triumvirs k Rome , faisaient déclarer ennemis du peuple romain les sénateurs les plus purs , les meilleurs amis du peuple et delà république.

Le besoin fut senti d'ét^yer ce frêle édifice de calomnies. L'homme qu'on ne pouvait pas convaincre de révolte , on essaya de le perdre comme un assassin. Chabot, si fécond, si hardi, en expéditions pour les cas semblables, eut l'adresse de glisser mon nom dans le procès-verbal qu'il rédigea des interrogatoires de Charlotte Corday. On y lit qu'elle m'a vu k Caen j elle put sans doute m'y apercevoir en quelque rue; si elle était dans cette commune lors de mon passage, et si quelqu'un me fit connâi-

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tre k elle. Pour moi, je suis sûr que je neTai ja^^ mais vue, et que je n'entendis jamais parler d^elle ayant que son nom eût retenti dans toute la France.

Mais ce ne sont la que les vains prétextes de la persécution que j'endure , mes yéritaj^les crimes , vous m'ayez yu les commettre au grand jour de yotre assemblée, et yous y ayez applaudi. C'est que républicain sincère, zélé patriote, esclaye démon deyoir , inflexible dans la y oie de la justice et des principes , bien sûr qu'on ne se propose pas de mener à la liberté , par les embastillemens , à l'égalité par le pillage , k la république par le despotisme et l'anarchie , par la terreur et les massacres , j'ai quelquefois mis k nu deyant yous les tyrans de mon pay^ c'est que j'ai poursuivi leur châtiment sous les yeux même de leurs septembriseurs , et des vils stipendiés qu'ils envoyaient vous insulter, yous menacer dans les tribunes et k votre barre ; c'est que je me suis opposé avec force , avec un entier déyoûment , mais aussi avec candeur et sans nulle intrigue, k leur marche turbulente, vexatoire et usurpatripe. Je conviens qu'en effet il n'y avait pas de milieu pour eux entre le parti de nous tuer, de manière ou d'autre , et celui de renoncer k rendre les lois complices de leur tyrannie.

Oui , dans la vérité , voilk ma trahison ^ ma re-

bellion, mes forfaits; voudriez-yous m'en punir?

ne. les ai-jepas expiés par d'assez dures et d'assez

longues souffrances ?

Yoilk pourquoi les scélérats m'ont diffamé aii- I. 16

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tant que le crime peut diffamer la vertu; pourquoi ils ont envahi mon cfaétif patrimoine ; ravi à ma femme et k mes enfans le morceau de pain, fruit de mes travaux; pourquoi ils ont emprisonne ma famille attachée constamment k la révolution ; ma mère , infirme et septuagénaire , mon frère , ma sœur et ma fille , âgée de trois ans ; pourquoi ils ont mis k haut prix ma capture , et m'ont fait si long-tems perquérir k grands frais , par leurs féroces agens et par leur force armée; pourquoi le glaive de la mort est sans cesse suspendu sur nia tête, et sur celle des généreux patriotes qui m*ont accordé , au péril de leur vie , le seul asyle qui convint a mes malheurs y un réduit obscur, insalubre , où , privé d'air extérieur et de tout exercice , où , ségrégé du com^lerce des hommes , j'ai déjk contracté les infirmités de la vieillesse. Oh ! û j'étais le seul tourmenté de la sorte ! mais que d'innocens! que de citoyens égarés peut-être un moment, n'ont eu de ressource que de se cacher de même pour n'être pas d'abord emprisonnés comme suspects , ensuite arbitraircm^it noyés , fusillés , sabrés, canonnes , guillotinés par les émules , par lès valets de Robespierre ! et jusqu^ici la loi n'a pas eu pitié du sort de tant de miisérables plus que du mien ! Que dis-je, die les répute émigrés.

' A tout risque, je suis toujours resté en France, je suis demeuré persévéramment fidèle k la liberté y k l'égalité, k la république une et indivisible, k ma patrie enfin , qui semblait approuver une persécution

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si atroce. Ah ! c'est parce que la patrie n*a jamais tort aux yeux de ses yrak enfans , que je n^ai pu , en me livrant k ses cruels oppresseurs, en mourant sous leurs coups, victime déshonorée de mon amour pour elle, lui épargner seulement la millième part des maux qu'ils lui ont faits.

Je peux, devant un jury quelconque, démontrer que , depuis bientôt quinze mois , je n'ai pas quitté une seule minute ma triste retraite ; mais vous n'ou- Uirez pas que , dévoué au supplice, rayé du nombre des vivttQLS par le décret du 28 juillet , j'étais devenu incapable du crime d'émigration. Il fiait sans doute avoir les droits de cité poiir le commettre-: je les ai tous perdus par ce décret.

Et si, pour le revendiquer, je parais à la lumière ; si j'invoque la raison, l'humanité, la nature qui crient de concert, que tout jugement contre celui qui n'a pas été entendu, tombe k la s^ule présence du condamné , je serai de suite livré au bour^ rean, d'après la simple vérification de ma personne ! Des exemples multipliés , hors le cas même de flagrant délit , ne fondent que trop sur ce point mes appréhensions, et vous avez promis de substituer an règne de la tyrannie celui de la justice ! . . .

Hâtez-vous, citoyens représentans, de faire cesser un si cruel état d'oppression, d'effacer tette tache honteuse et tant d'autres vestiges de l'infâme triumvirat. Montrez de plus en plus que vous avez brisé tout-a-fait les entraves forgées par les continuateurs de Robespierre , comme lé joug imposé '

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par cet affreux tyran. Restituez k vos anciens collègues, et à tant tfautres Français, les moyens essentiels de faire éclater leur innocence : il y va de votre gloire et de la prospérité de la république.

Permettez-moi d'ajouter, car je sais moins ^que jamais tenir la vérité captive j il est une^ manière plus honorable pour vous et pour eux de Venir au secours de vos collègues , mis hors la loi ou détenus, pour avoir pensé, parlé ou écrit en 1798, comme vous avez décrété depuis ; il est tems de les rappeler dans votre sein, dont ils ne méritèrent jamais d*être exclus.

Je n'examine pas si la liberté peut se concflier avec des représentans proscrits par le seul effet d'un mouvement sectionnaire ordonné , préparé , payé des deniers publics, dirigé par les soins et l'influence d'autres représentans j si la liberté est compatible avec des représentans chassés , emprisonnés pour avoir improuvé un pareil mouvement, dans un écrit qu'ils ont tenu secret; si elle peut jamais exister avec des représentans exclus et reniërmés comme suspects , sans accusation ni forËiiture jugées , et même sans avoir été entendus ; si les mots, non encore définis, de gouvernement ré-volutionnaire y su£Eisent k résoudre ces difficultés.

Mais parmi vos collègues dont je parle, ceux mis hors la loi n'avaient-ils pas le droit de se dérober, s'ils le pouvaient, au glaive assassin' du tyran, et de se réserver pour des tems meilleurs.

S'il en était parmi eux, je le suppose, qui^ avant

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le 2 juin, eussent provoqué- des forces départementales f ne seraient-ils pas du moins excusés par 1^ tumultes y et les scandales et les korriUes corn- {dots que suscitèrent Danton, Robespierre et complices, dans les trois mois précédens, et qui avaient réduit la convention a se mettre-, par un décret, sous la sauve-garde des bons citoyens?

S'il en était qui , depuis le 2 juin,- eussent, avec plus de soixante départemens, pris part aux mouvemens qui. devaient réintégrer la tronvention et lui rendre la liberté j serait-ce donc un crime ? En quoi seraient-ils plus coupables que ceux qui s'honorent parmi vous, les uns d'avoir connivé, les autres d'avoir coopéré aux mou vemens parisiens qui violèrent sa liberté , son intégrité ?

Enfin , s'il en était qui- eussent pris part k l'un de ces mouvemens dégénérés en guerre civile, pour- . quoi ce malheur extrême leur serait-il imputé plutôt qu'à ceux qui s'honorent parmi vous d'avoir participé aux premiers mouvemens hostiles qui ont provoqué la réaction ; à ces horribles scènes ^ où l'on, vit, par ordre de Danton, Robespierre et comcomplices, une municipalité, un général et deux adjoints du ministre de la guerre , avec une armée de cent mille hommes, passifs et innocens la plupart de la révolte, assiéger pendant trois jours la convention, finir par la menacer, l'insulter, la violenter , la mutiler, et opprimer ainsi par les armes la majorité bien constante de la représentatioi^ et de la nation.

Quant aux détenus pour avoir accusé dans un écrit secret le complot et la révolte qu'ils avaient le courage d*improuver tout haut ^ comment seraient-ils plus coupables que ceux qui s'honorent parmi vous d'avoir accusé , sur un registrie secret , cette révolte encore en projet, et puis qui la favorisèrent par leur silence et lelir inertie , ou la secondèrent activement de tous leurs moyens?

Vous qui publiez que , dans la présente assem*blée nationale , tous ont fait àts fautes , qu^on lie saurait en demander l'examen sans trahir la république; qui donnez pour excuses péremptoires la droiture présumée des intentions , la diversité des esprits , la force de la tempête , pouiriez-vous être implacables envers certains collègues, pour des actions qui, peut-être, ne sont rien moins que des fautes ?

Par quelle fatalité n'y aurait-il au besoin ni compensation , ni tolérance envers ceux qui n^auraient failli que par excès de respect pour les principes ; et pourquoi seraient-elles uniquement réservées h d'autres qui n'ont su manœuvrer qu'en couvrant d'un voile tous les droits et toutes les lois? Lorsqu'il est si nécessaire de ramener tous les esprits vers les moyens régénérateurs de la félicité nationale, ne serait-il point de votre sagesse de prévenir les débats sur tant de questions plus importantes que difficiles? Faites qu'elles n'aient plus d^objet; rappelez vos collègues sacrifiés en votre nom par Robespierre et complices.

Vous Te pouvez et vous le devez , pour être consëquens, politiques et impartiaux. Vous le pouvez et vous le devez y puisque la vérité est maintenant connue, et que les événeiïiens d'une année ont dissipé tous les prestiges de la fourberie et de la terreur. Vous le pouvez et vous le devez, puisque les odieux mystères du 3i mai, dont la fête passera comme certaine apothéose , ont été divulgués jusque dans vos séances , puisque vous avez ^utendu le courageux discours d'C^dme Petit et les modestes ^yeux de Cambou. Vous le pouvez enfin et vous le devez , puisqu'en foudroyant Robespierre, vous ayez reconnu la faculté d'être justes envers vos collègues comme envers tous les FraïiçaiM^

Veuillez, citoyens représen(ans , déclarer dès à présent comme non ayenus k mon égard les décrets des 2 juin et 28 juillet 179?, et tous autres qui ont pu s'ensuivre;

Sinon, ordonnez k vos comités de salut public, do sûreté générale et de législation, de vous faire un rapport tant sur les preuves et renseignemens qui pourraient exister k ma charge , que sur mes réponses justificatives , qu'ils seroiiit autorisés k recevoir, et surseoir k cet effet k l'exécution de tous décrets rendus contre moi ;

Ou enfin m'accorder de telle autre manière que vous jugerez convenable , les moyens de jne jusli- ^r, et de recouvrer mes droits civils et politiques.

LANJUINAIS, L^un des ReprésenUni pToicriU et 1793.

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