‹ Œuvres de J. D. LanjuinaisChapitre 5 sur 46 · NOTICE DE M. DACIER · texte numérisé non relu

NOTICE DE M. DACIER

dans le tourbillon de leur activité désordonnée , et rhomme studieux , enlevé au silence de son cabinet y se trouva inopinément transporté au forum ^ au sénat^ ou sous la tente. Mais le tems vint bientôt , par reffet d'une heureuse réaction , où rinstitut présenta une imposante réunion d'hommc$ distingués dans les carrières civile y politique ou militaire , et les membres de ce corps , voués ainsi à Fbonneur des lettres et aux intérêts de l'État, semblaient suffire à toutes les obligations qu'imposaient l'Académie , les camps et la cité , et cumuler, pour ainsi dire , tous les genres de devoirs avec tous les genres de gloire.

Ainsi, l'histoire littéraire de notre époque, surtout celle des membres de l'Institut , pourrait facilement devenir l'histoire générale de la révolution française : car un grand nombre d'entre nous en ont pu voir le commencement, et les plus ahciens aiment à espérer qu'ils en verront la fin. Mais des convenances impérieuses semblent prescrire à l'historien de séparer les hommes, des événemens qui ont affligé la France , et de distinguer l'académicien de l'homme public. On ne doit demander compte au premier que des engagemens qu'il avait publiquement contractés envers les lettres; et dire qu'il les a remplis avec constance et avec succès, doit suffire à la mémoire du membre

SUR J.-D. LAVJUINAtS. $9

de r Académie. Le sui'plus de sa vie appartient à d autres temps ^ à d'autres juges , et j'oserai même dire à une autre histoire. Ses travaux en littérature sont des faits dont le mérite peut être sûrement apprécié , et c'est sur ces faits que l'histoire littéraire fonde ses récits : l'his-^ toire civile prétendrait -elle aujourd'hui aux mêmes avantages , à Tégard des tems dont nous parlons? Ce serait vainement. Depuis trente ahs> les .contemporains se sont trop rencontras sur le terrain de nos dissensions intérieures; quelquefois, dans des camps ou difPérens ou opposés, et sous des bannières diverses / vainqueurs ou vaincus , et parfois , l'un et l'autre tour à tour, qui d'eiitre eux osera se* croire équitable envers tous, autant même qu'il a l'intention de l'être (e1 ce ne sera peut-être jamais trop), et croire que les jugemens qu'il osera porter seront l'effet des plus rares inspirations, celles de la justice et de la vérité? Fille du tems, elles devancent rarement sa marche, et la perspica^ cité de l'historien, ne saurait ni la hâter ^ ni la suppléer. Si donc il veut fermement être impartial, sa conscience l'éloignera d^un sujet où, malgré tous seà efforts, il court le risque de ne point paraître tel; et si quelque passion. mal déguisée ne donne pas le change k sa bonne foi, il n'ajoutera pas bénévolement des périls à des devoirs qui ne lui sont point imposés : il se taû'ft

go NQTIGB DÇ M. D^CIKH

sur les opinions de rhomme dont il.y^ut hoiM>rer la mémoiFe, et ne se hasaitlera pas- 4 en entretenir un public composé en grande pai-tie d'émulés ou. de rivaux , d'ennemis ou de partisans : il ne montrera , dans le sanctuaire ^es sciences i, tjue lacadémicien , ses louables travaux et sesî paisibles conquêtes dans le domaine des connaissances utiles.

Cette loi 9 dont tout l'esprit est dans l'équité même > ne fut jamais plus ûnpérieuse qu'en cette qiiu^onstance : noua nousterous im devoir de nous y soumettre , ccmime nous Tavons fait jusqu'ici. Un exemple de plus ajoutera peut* être quelque poids à un précepte que la sagesse du moins ne saurait condamner.

M. le comte Lanjuinais , pair de France et commandeur de la Légion-d'Honueur, naquit à Rennes^ le i;2 mars ij55; il fit ses études dans cette ville y dirigé par son père, avocat trèsdistingué au parlement de Bretagne. A cette même époque , un oncle du jeune Lanjuinais s'associait activement aux recherches et aux systèmes des économiste^ firançais; publiait des livres qu'un avocat-général du parlement de Paris faisait condamner comme dangereux, notamment le panégyrique d'un prince philantrope^ l'empereur Joseph II; défendait chaudement Linguet détenu à la Bastille, et enfin , quittait la France, pour aller chercher, disait-il^

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la paix et la. liberté dan» un village suisse. Cette affaire de famille fut une des premières impressions qui vinrent frapper l'imagination du jeune Lanjuinais; vive et entreprenante , elle le pous* sait très-vite dans la carrière de la vie : par* venu dans les rangs des maîtres à Tâge qui est d'ordinaire celui des disciples^ il fut, parle bénéfice d'honorables exemptions/ avocat à dixkait ans, docteur en droit à dix->-neufy professeur de droit canonique à vingt-^deux , après un très-J^rillant concours, -et à vingt-six ans con-? seijler des états de Bretagne, élu par le suffrage des trois ordres. Il y avait là plus de succès qu'il n^en fallait, pour qu'un esprit ordinaire en fftt ému, vivement excité; et celui dé IVf. tiànjuinais n'avait pas besoin de l'être. Il promettait beaucoup, et les événemens lui ont fait tenir plus qu'il n'avait promis. L'étendue> iCt la gravité de ses études, l'atutorité des exemples domestiques , et tout ce qu'il y avait de franchement tranché dans les traits principaux de son caractère^ en étaient d'avance les garans cer* taios : le*pays même qu'il habitait ajoutait .enooreà ces garanties. Dans toute autre province, M. Lanjuinais aurait été un homme trèe - distingué par la vivacité et la solidité de son esprit $ dans celle de Bretagne , oii le régime municipal et l'omnipotence des états étaient la base de ses privilèges , ou plutôt, les

8a f^ NOTICE

exempt de tes faibléMèé. Dai^s lés assemblées législatives de la restauration , il défendit les intérêts des prétrés mariés qu'on voulait dépouiller dé leurs pensions. Il s'opposa, en iS*i^^ à la disposition de la toi sur ia presse ,' qui qualifiait délit , toutrùgè étax religions fècànnues. «( Le lâondé , disa1t4l, lîé se » règle pas comme un couvent , ni comme ud ftëttii^ » nairè..... Les ap^ttes n'ont pii établir l'Évangile n sans outrager de parolèè , tionôBètant les éditft dies )> Tibères , déè Néroii et dèé Dit>clétiéïi v les mf fttèl^ y> dé Bâccfaùs , ceui dé Séràpi^ et dé la mère des » dieux. Vôtre loi n'est qù'tin édît de Tii)èllB , dé tfé- » rôn et de Dioelétien. )l En idsS ^ il pr<Mdiii{^ , contre là loi de sacrilège , une philippH{ti)& véhémefite oui commeiiçait par ces môtè : « T6if t IlSyôhe » les esprils et les eœùrs , dans ce projet dérbiiVirir )i lès cbarniers de l'intolérance é...-. » Ehfih, dafi^ des notices intéressantes , il honora la méàorèii^ dA ministre Neckef» ' , et icêlîe dli grammàiï^ien Côult dé Gébélin, touè déui if^rottestans.

Loin dé iredôutér là discus^ioiii ^ il la chèricliàit à^et empti^settiént, et né négligeait snieùn mé^eh dé cÔhMttré teë objétcii^hs qu'oti pouvait feiife & )sés croyances. Il eut ainsi , pendant vingtncinq ans y les relations les plus suivies et les plus amicales avec Yolney. Le caractère particulier de soû esprit, était la tèndaDce aux généralités, à la phifoëtlphië de

rhomme et de la divinité. De là , m» rapport» avec H. Wronsky, avec Fourier, et auBti avec Saint** Siflioii, dont leB idées appellent aujourdlmi b méditati<m des philosophes et des l^omtnes d^état.

La politique et la religion lui laissaient des loisirs

qu'il consacrait k ia littératnre , à ki philosophie ec

àrélade de» langues orientales. EntSiS , ii donna

une édition de VEKstoirëi naturelle de la paroié ^ -pHT

Goait ide Oâbelifi , et FenricUt dW idiscoêini pré-

limiiiittire plein de vues ^emet^ et judicieuses «ur

la IbrnttKtiôn des lan^^s, et sar la giiEujiilMiire çé*-

nérâle. En f 8^3^ il publia le livte deia Heiigiondes

Indous , ou Analyse de TOupnèkhaity qui servit à

éclaircir et à vu^ariser les mystères obscurs et i^o-*

rés de la religion el de la philosophie de l'Inde* E^

i8a5 , il publia une dissertation curieuse et savante

centre les peines barbares de la bastoonaderbt de la

flagellntion. Il écrivait chaque mois plusieurs ijiofi*

cestlatisla Re¥ù)e Encjçlopédiqujey qu'il avait cp^trî-

bué àfonder en 1819. Il donnait encore des artides

an 'Sièrcure de France y sm Annales de Urammaine,

m Journal de la Sopiété Asiatique , kV Encyclopédie

Moderne de M» Courtin , et quelquefois aux feuilles

quotidiennes»

Avare de séa tems, il ne sortait guère que pour se rendre À la -chambre, à l'Institut ou à Téglise ; ne fréquentant ai les théâtres, ni les réunions de société , il bcnrnait ses Délations à nn petit nombre d V nûa, dont le plus intime était le savant et vénérable

évéque Cvtégoire^ Do reste., sa porte était ouverte à toute heure et à tout le monde. .

. U dut à la douceur et à la simplicité de ses mœurs et à sa parfaite tempérance , de conserver jusqu^à la fin de sa vie le plein usage de ses facultés. Une vivacité prodigieuse se peignait dans tous les mouvemens de son corps , dans Ses yeux étincelans , dans réclat et la soudaineté de sa parole , et dans sa physionomie d*une étonnante mohilité. Sa démarche était ferme et légère, sa voix fraîche et brillante, sa vue infatigable, quoiqu'il travaillât tout Ie.|oor, souvent même pendant ses repas , et son esprit était toujours actif et dispos.

Mais . une ame trop ardente minait par sea fougueux élans cette- constitution robuste. Depuis la révolution ministérielle de i8a6 , la lutte des .partis devenait incessamment plus âpre et plus hostile. Lanjuinais , entraîné par son dévoument sans bornes , y prodiguait ses forées , et s'y épuisait dm^is.les émotions de la tribune. Il rentrait souvent chez lui avec la voix éteinte, Tardeur de la fièvre, et une agitation qui ne se calmait qu'après plusieurs jours de repos.

A la suite de ces secousses violentes et répétées , il fut atteint , dans le courant de 18:16, par les premiers symptômes d'un anévrisme au cœur. Il ne parut pas moins à la tribune , ou il prononça oicore deux discours contre le droit d'aînesse et les substitutions, et il continua ses autres étudea, en ache-

vant la traduction du poème sanscrit fe Bhagwadr' gUà ' ,''et en composant, dans les derniers }onrs de Tannée i8;i6, un mémoire historique* sur la eélèbre maxime de Tédit de Pistes de 8^64 : Lexfit consent populi et constitutione régis.

• tl avait à peine mis la dernière main à eet ou-^ vràge , lersqu^il fut atteint subitement , le 1 1 janvier 1827 , par des accidens plus graves de son anévrisrae , et par une inflammation cérébrale. Là violen'ee de sa double maladie augmenta rapidement, et sans lui laisser aucun relâdhie. Le 1 3 janvier , k II heures du soir, il rendit le dernier soupir, à r&ge de près de soixante-quatorze ans.

Ainsi finit ce grand citoyen, ce patriote si dévoué , si pur-,, si désintéressé , si constant ; ce savant si laborieux et si modeste; ce chrétien si a\istère pour lui-^méme , si plein de douceur- et de charité pour les autres;, ce pèref de fàtnille si bon et si vénéré F

Une seule chose a manqué à sa yie : iln'à .pas vu le soleil de juillet briller sur l^^Franee. Quelle joie il atirait éprouvée d'être le tétnoin de cette solennelle ei majestueuse confirmation des principes qu'il avait professés toute sa vie ! Quelle joie pour un des auteurs de notre première révolution , de voir un si haut témoignage des vertus inspirées au peu-

' C'est une épisode du grand poème épicjne des Indoux , intitulé Mahûhharata.

98 riOTICE DE M. DACIER

tlon eide l'orthographe. Cette opinion, presque généralement adoptée de nos jours par les plus savans philologues^ relativement k Tinfluence du samskrit sur les langues grecque et latine, influence que l'on ne saurait nier quoique l'histoire écrite n'en parle pas ^ ■ doit cependant justifier la place que nous assignons aux institutions publiques parmi les élémens essentiels des annales généalogiques des anciennes na- ' tions. ^^

Cette place appartient surtout aux institutions morales et religieuses qu'on regarde , même assez généralement, comme la base la plus solide sur laquelle on puisse établir l'ordre de génération des peuples. Telle est , en effet , on peut le dire , l'antiquité de la morale humaine , que celui de ces peuples qui possède la iH^ plus pure, peut en être considéré comme le . plus ancien ; parce que pour eux ainsi que pour les individus , la sagesse dut être sans doute la prérogative de l'âge et de l'expérience.

Cette opinion ne porte aucune atteinte au lustre historique du peuple hindou. Son antique Oupnkhat j qui est extrait de livres encore plus antiques , les P^éda , nous révèle les secrets de la théogonie et de la philosophie religieuse de l'Inde. Ce livre, inconnu en Eui-ope jusqu'en 177S, et conquis sur les préjugés et les scrupules des prêtres indiens, par un des

membres les plus justement célèbres de cette académie y feu Anquetil du Perron, était Tobjet de la plus légitime curiosité.. Pour la satisfiiire, le même savant publia, d'après la traduction persane de VOuprCkhaty écrit primitivement en samskrit, une version latine accompagnée d'un nombre immense de notes et d^éclaircjssemens souvent très-étendus. Mais, ainsi que je le disais, il y a vingt ans, dans une solennité pareille à celle de ce jour, Anquetil du Perron, voulant rendre sa version plus littérale , et conserver la forme des pbrases persanes , surtout Tespèce d'obscurité mystique qu'elle répandait sur les idées déjà fort abstraites de l'original, n'y réussit que trop bien, et une application forte et soutenue peut seule espérer de suivre la chaîne des idées. J'ajoi^tais a ce jugement , qui n'a rien de rigoureux , qu'un littérateur avait heureusement travaillé à apla* nir tant de difficultés , et avait donné une analyse française de YOupnkhat, aussi claire que le texte latin en est obscur. Ce littérateur, c'était M. le comte Lanjuinais; son analyse de cent huit pages, réimprimée il y a peu d'années, a certainement beaucoup plus contribué a faire connaître l'ouvrage indien aux philosophes et aux historiens modernes, que les deux volumes in-4* d' Anquetil du Perron. Le travail très-méthodique de M. Lanjuinais, réunissant en effet

iM HOTICE DE H. DACIEE

les- idées épuses sur le même stijel, dams les dirers bndiHnens ou inslractions particnUëres qn composent Torig^nal , permet de saisir l'e»saéble de ces idées, d'en npprocJier les groupes ftndunentaiiix , et d'en conclure les généndités et les spécialités du système indien. Erainemment contemplatif , ce système a devancé et surpassé tons les systèmes modernes qu'on peut regarder comme à peu près dn même genre.

Ainsi, selon M. Lanjninais, le spinosisme, l'ilhiminisme , le qniétisme , et même l^déalisme à la manière de BerkdeT. étai«it écrits bien des sièdes arant leurs auteurs, dans YCkpn'ikat sam^Lfit; et Pythagore, Haton, les stoïciens^ Fénélon , Malld>ranclie , etc., ne seraient que <les coj^tes ou des inrcnteurs Tenus tit^ tard de quelques millieis d^années, etpour la plupart derancés par le spiritualisme indi«i, dont le grand objet est YmnificaiHmy ou l'ame uni- Tersdle de quelques philosophes de là Grèee.

M. Lanjuinais fait remarquer, au nûUeu d'idées bien opposées et d^affligeantes puérilités, les plus grands et les plus Trais principes de là morale, et une expositi<m sublime <les attributs de Dieu , de llmuKHtaKie de lame, et de sou absorption inale en sou ciéoteu r^ Iles allégories ingénieuses fimf^pent el réretUent sourent Taitention du lecteur. Selon U doctrine de T(hfm^ Miif . rbomme «t composé du corps et de

SUR J.-D. LANJUI^AIS. loi

Famé : quand il veut arriver a Dieu\^ le corps n'est que le char ^ les sens sont les chevaux qui traînent le char ^ les vololités sont les rênes qui les guident; Tame est le maître du char ^ et l'intelligence en est le cocher. S'il est habile, il conduit sûrement son maître à une grandeur étemelle ; inhabile y il le verse et le précipite dans Tabîme. Voilà encore un heureux exemple du talent singulier des Orientaux pour la paran bole et l'allégorie; elles abondent dans leurs écrits philosophiques , et M. Lanjui^ais aimait à les étudier. Il était du nombre de ces esprits qui veulent absolument remonter à l'origine des choses 9 voir à fond comment est fait le monde social^ pour examiner s'il n'y aurait^ pas quelque chose à refaire ou à faire mieux ; et avec la franchise , j'oserais presque même dire avec l'empirisme de quelques-uns de ses principes f il trouvait bien des combinaisons à réformer, bien des préceptes à rectifier, bien des prétendues vérités reçues , qui pouvaient n'être que des erreurs trop facilement accréditées : et ce qu'il y avait à remarquer dans tous ces jugemens, c'était moins leur certitude ou leur incertitude , que la bonne foi naïve qui en était la source. Du reste , M. Lanjuinais ne s'épai'^ gnait pas et prêchait d'exemple dans la recherche assidue de la vérité , et s'il espérait en trouver une , fût-elle même peu intéressante^.

i(» NOTICE DE M. DACIER

dans un ouvrage peu digne d'attention, il s'astreignait à le lire tout entier, pour empêcher qu'elle ne fût perdue. Il ressemblait à cet égard à l'illustre magistrat , membre de cette compa* gnie \ qui , dans ses voyages , visitait volontiers les offices et les cuisines des auberges , pour entendre ce qu'on y disait ; et il assurait qu'il n'en était presque jamais dorti sans y avoir appris quelque chose. C'est à ce désir insatiable de savoir que M. Lanjuinais devait la connaissance d'un grand nombre de particularités peu remarquées dans l'histoire, et surtout de celle des opinions humaines , pour lesquelles il professait une tolérance qu'on pourrait dire universelle et que Ton peut considérer comme la conséquence d'un goût prononcé pour les généralités, qui lui faisait honrorer toutes le» , sciences, aimer tous les hommes, et rechercher les scmimités et les antiquités de l'ordre social , plutôt que ses spécialités. En littérature même, un sujet ne l'attirait que par la multiplicité de ses applications. C'est à ces vues que l'on peut rapporter son travail pour la nouvelle édition qu'il donna, en i8i5, d'un ouvrage presque oublié de Court de Gébelin. Mais le titre de cet ouvrage annonçait F Histoire naturelle de la Pa-rolej et un Précis sur l'origine du Langage et de la Grammaire universelle; ce n'était pas non plus une spécialité que les recherches qu'il lut à

SUR J.-D. LANJUINAIS. io3

l'Académie^ en 1^24 ^ sur la bastonnade et la flagellation infligées par les lois , puisque^ selon M. Lanjuinais, peu de pleuples anciens ou modernes auraient échappé dans leur enfance à ce singulier moyen d'administration publique.

C'est aussi à l'année 1824 q^^ remonte l'examen historique et moral du chapitre du Contrat âSoc/a/ relatif à la religion naturelle, autre question à laquelle on ne peut contester une trèshaute importance. L'esprit de M. le comte Lanjuinais avait besoin d'un grand espace pour se mouvoir, et s'il ne le remplissait pas toujours entièrement, il le parcourait du moins avec une vivacité qui procure quelquefois d'heureuses: rencontres.

Ainsi s'écoula la vie de M. le comte Lanjuinais^ caractérisée par soixante années d'agitation, de périls souvent voués a l'utilité de ses concitoyens. Cet amour du bien public l'inspira dans l'exil , comme dans ses foyers où il trouvait des cœurs intimement liés à ses sentimens , et l'on peut dire k son courage; car ce fut celui de sa digne Compagne, M""* la comtesse Lanjuinais, secondée par une domestique fidèle , qui le sauva du poignard des factions en le cachant, au péril de leur vie , après le 3i mai 1795, dans la retraite qui le déroba a la mort. Ce sublime dévoûment a fourni à l'un de nos poètes les plus justement estimés , quelques beaux vers du poème ou il

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a si bien chanté le mérite des femmes. M"** la comtesse Lanjuinais et Julie Poirier sont les héroïnes de ce touchant épisode^ et la poésie parle ici le langage de Thistoire.

Celle de notre tems sera juste envers M. le comte Lanjuinais y en honorant ses vertus publiques et privées ; son dévoûment inaltérable k tout ce qui lui paraissait utile pour tous, avantageux à la société y favorable à la civilisation placée sous la sauve-garde de la religion et des lois. Sa mort, survenue le 14 janvier 1827 , a privé la France d'un excellent et illustre citoyen ; et TAcadémie de Tun de ses membres les plus dignes de regrets , et dentelle respectera et chérira toujours la mémoire.

ŒUVRES

DE

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