I. Histoire de VAcadénde^ p. 33o et 33l
SUR LA FONTAINE cxci
£kfaaix. Elle n'impKque nul doute sur le sincère et ferme propos. QooUioe la Fontaine, en d'autres temps, ait eu de bonnes rëiohitions qui ne se trouvèrent pas assurées contre son inconstaiM^, juger que celles d'alors ne promettaient pas de Tètre davantage et qu'une plus longue vie en aurait ébranle la solidité, n'était et n'est le droit de personne. Le fait est qu'il eut encore plus de temps à vivre que l'on n'avait cru, pour éprouver sa sincérité et sa persévérance, et qu'il persévéra.
Pour l'amener là, on avait eu certainement à le faire revenir de loin, mais non d'une disposition d'esprit absolument opposée. lyOlivet a dit : « Jamais la Fontaine n'avoit été impie par principes; mais il avoit vécu dans une prodigieuse indolence aor.la religion, comme sur le restée » Cest en effet l'idée qu'il parafi juste de se faire de lui, quand on examine sa vie. Il convient d'ajouter que, formé à l'école de nos vieux poètes, dont il coQtinaa la tradition, il imita beaucoup de leurs traits indévots. On le voit dans ses contes, dans ses lettres, quelquefois même dans ses fables. Son passage à TOratoire cependant, quelque court qu'il ait été, montre qu'il y eut chez lui, de bonne heure, des accès de ferveur religieuse. Nous n'en avons pas noté un très-fort lorsqu'il écrivit son poème de Saint'- Mole; et toutefois, lorsqu'il accepta la pénitence que lui avaient imposée Messieurs de Port-Royal, ne fallait-il pas que leurs exhortations eussent un moment touché son cœur, au moins son imagination? Il accompagnait quelquefois Racine dans ses dévodons; témoin le jour où cet ami, étant avec lui à Ténè- )i>reSy lui mit dans les mains les petits Prophètes. Il trouvait, il est vrai, l'office un peu long, et Racine lui donna le saint livre pour l'occuper. L'essentiel est que la lecture fit merveille. La Fontaine y devint admirateur enthousiaste de Ramch; et, pendant quelques jours, il ne rencontra plus un ami sans lui dire : « Avez-vous lu Raruch? Cétoît un beau génie^. » Nous ne trouvons pas à faire beaucoup plus longue ni I^s significative l'histoire de ses sentiments pieux jusqu'à sa conversion.