‹ Œuvres de J. de La FontaineChapitre 151 sur 379 · Qu'on enfermât, > dans le texte de Walokeoaer · texte numérisé non relu

Qu'on enfermât, > dans le texte de Walokeoaer

Googk

mîêrg de la république. Il demanda temps^, et eut reoom à son oracle ordinaire : c'étoit Esope. Celui-ci lui conseiBi de le produire en public, parce que, s'il rencontroît faiei, rhonneur en seroit toujours à son mattre; sinon, il n'y auroit que Fesdave de blâmé. Xantus approuira la chose, et le fit monter à la tribune aux harangues. Dés qu on k Tit, chacun s'éclata de rire : personne ne s'imagina qii'3 pût rien partir de raisonnable d'un honune fait de oettf manière. Ésope leur dit qu'il ne falloit pas considérer h Corme du vase, mais la liqueur qui y étoit enfermée. Les Samiens lui crièrent qu'il dit donc sans crainte ce (ja'il jugeoit * de ce prodige. Esope s'en excusa sur ce qu'il n osoit le faire. « La Fortune, disoit-il, avoit mis un d^t de gloire entre le mattre et Tesclaye : si l'esclave disok mal, il seroit battu ; s'il disoit mieux que le mattre *, il seroit battu encore. » Aussitôt on pressa Xantus de TafinDdiir. Le philosophe résista longtemps. A la fin le prévM de ville le menaça de le faire de son office, et en verta di pouvoir qu'il en avoit comme magistrat : de fiiçon q^e le philosophe fut obligé de donner les mains * . Gela &it, Esope dit que les Samiens étoient menacés de servitude par oe prodige ; et que l'aigle enlevant leur sceau ne signifiait autre chose qu'un roi puissant qui vouloit les assujettir.

Peu de temps aprà, Crésus, roi des Lydiens, fit dénoncer à ceux de Samos qu'ils eussent à se rendre set tributaires : sinon, qu'il les y forceroit par les armes. la

I. Walckenacr écrit : c II demanda du temps, » kçmi qd neie troatre tjae dam llmprtttioD de 1678 A.

a. Jugerait^ dans les deux éditions de 1668 et dans krâapression de 1669.

3. « Qoe son maitre, • dans Tédition de 1719, qui, trois ligaes pins loin, donne : « de la tille, s pour c de Yille. »

4. SuiTsnt une antre tradition, oe ne fut pas Xantus, mais Jadaoa de Samos, qui rendit la liberté à Ésope. Voyei rabriàms^ Bitëêtheê grmea, tome I, p. 618.

TU D'éSOPB. 4S

phput étoient d'avis qu'on lui obétt. Ésope leur dit que k Fortune présentoit deux chemins aux hommes : l'un, de liberté, rude et épineux au commencement, mais dans la fuite très-agréable ; l'autre, d'esclavage, dont les commnieements étoient plus aisés, mais la suite laborieuse. Cétoit conseiller assez intelligiblement aux Samiens de défendre leur liberté. Ds renvoyèrent l'ambassadeur de Crésns avec peu de satisfaction.

Crésus se mit en état de les attaquer. L'ambassadeur lu dit que, tant qu'ils auroient Esope avec eux, il auroit peme^ à les réduire à ses volontés, vu la confiance qu'ils afoient au bon sens du personnage. Crésus le leur envoya demander, avec la promesse de leur laisser la liberté s'ils le loi livroient. Les principaux de la ville trouvèrent ces conditions avantageuses, et ne crurent pas que leur repos lear coûtât trop cher quand ils l'achèteroient aux dépens d'Ésope. Le FÎirygien leur fit changer de sentiment en leur contant que les loups et les brebis ayant fait un tnité de paix, celles-ci donnèrent leurs chiens pour ouges. Quand elles n'eurent plus de défenseurs, les loapt les étranglèrent avec moins de peine qu'ils ne (aisoient. Cet apologue fit son effet : les Samiens prirent une délibération toute contraire à celle qu'ils avoient prise. Ésope voulut toutefois aller vers Crésus, et dit qu'il les serviroit plus utilement étant près du Roi, que ifi demeuroit à Samos.

Quand Crésus le vit, il s'étonna qu'une si chétive créature loi eût été un si grand obstacle. « Quoi? voilà celui J/i &it qu'on s'oppose à mes volontés! » s'écria-t-il. Siope se prosterna à ses pieds. « Un honmie prenoit des Mterelles, dit-il; une cigale lui tomba aussi sous la ittûn. n s'en alloit la tuer comme il avoit fait les saute-

1* Dtnt rédition de 1719 : c il auroit de la peine. >

46 VIE D'ÉSOPB.

relies. Que vous ai-je (kit? dit-elle à cet homme : je ne ronge point vos blés, je ne vous procure aucun dommage; vous ne trouverez en moi que la voix, dont je me sers fort innocenmient. Grand Roi, je ressemble à cette cigale : je n'ai que la voix, et ne m'en suis point servi pour vous offenser. » Crésus, touché d'admiration et de pitié, non-seulement lui pardonna, mais il laissa en repos les Samiens à sa considération.

En ce temps-là, le Phrygien composa ses fables, lesquelles il laissa au roi de Lydie, et fut envoyé par lui vers les Samiens, qui décernèrent à Ésope de grands honneurs. D lui prit aussi envie de voyager et d'aller par le monde , s'entretenant de diverses clK>ses avec ceux qœ Ton appeloit philosophes. Enfin il se mit en grand crédit près de Lycérus^, roi de Babylone. Les rois d'alors s*eii*

I. c Certes je rejette comme faox et coDtroové à plaisir tout ce qne PUnades rapporte des Toyages qa'iEsope fit en Babylone H ci iEgypte, parce qa*il y entremêle des contes tout à fait ineroTibki, et y ajoute des droonstances qui répugnent à la yérité de Tbistoiit, ou renTersent entièrement Tordre des temps. Je me contenterai de remarquer deux faussetés signalées, sur lesquelles il bâtit tout le teste de sa narration. Il dit que le roi qui régnoit en Babyloie lorsqu'iEsope y alla s'appeloit L3roérus. Mais qui ouït jamais piri« de ce roi? Qu*on Toie le catalogue de tous les rois de Babjlooe depuis Nabonassar jusques à Alexandre le Grand , on n'en troaten pas un qui porte un nom approchant de Lycérus. Mais si Toa s'a^ rète à la plus exacte chronologie, on Teira qne du temps d*i£iopeil n'y put aToir point d'autres rois en Babylone que Nabuchodonosor et son père Nabopolassar, attendu que Nabopolassar régna Tingt-et^ea ans, et Nabuchodonosor quarante-trois, qui mourut la même simée qu'iEsope, à savoir la première de TOlympiade cinqnante-qnatrièiM. n n*y a non plus d'apparence qu'iEsope soit allé en iEgypte du tenpi du roi Nectâiabo, comme dit Planudes, attendu que ce roi ne cobmtnça point à régner que deux cents ans après la mort d*jEsope, i saToîr en l'Olympiade cent et quatrième ; et il ne faut pas être guère savant en la chronologie pour assurer qu*i£sope vécut partie sotf le roi Apriès, partie sous son successeur Amasis. a (Mèêsêiâc, Tî» ^4^ope déjà dtée, p. a98-3oo.)

Googk

voyirâit les uns aux antres des problèmes à soiidre ^ sur tontes sortes de matières, à condition de se payer nne espèce de tribut ou d^amende, selon iju'ils répondroient bien on mal aux questions proposées : en quoi Lycérus, atfisté d*Ésope, avoit toujours Favantage, et se rendoit fllustre parmi les autres, soit à résoudre, soit à proposer. Cendant notre Phrygien s# maria ; et ne pouvant tvoîr d'enfants, il adopta un jeune homme d'extraction noble, appdé Ennus. Celui-ci le paya d'ingratitude, et fut a méchant que d'oser souiller le Ut de son bienfaiteur*. Ceh étant venu à la connoissance d'Ésope, il le chassa. L'antre, afin de s'en venger, contrefit des lettres par lesqadles il sembloit qu'Ésope eût intelligence avec les rois qui étoient émoles de Lycérus. Lycérus, persuadé par le eachet et par la signature de ces lettres, commanda à un de ses officiers, nonuné Hermippus, que sans chercher de phis grandes preuves*, il fit mourir promptement le traître Esope. Cet Hermippus, étant ami du Phrygien, hû aaova la vie ; et à l'insu de tout le monde, le nourrit longtemps dans un sépulcre, jusqu'à ce que Necténabo^ roid'Egypte, sur le bruit de la mort d'Ésope, crut à layenir rendre Lycérus son tributaire. Il osa le provofier, et le défia de lui envoyer des architectes qui raasent bâtir une tour en l'air, et par même moyen, un bomme prêt à répondre à toutes sortes de questions. Lyccms ayant lu les lettres et les ayant conununiquées aux pbshalnles de son État, chacun d'eux demeura court, ce (jni fit que le Roi regretta Ésope, quand Hermippus U dit qu'il n'étoitpas mort, et le fit venir. Le Phrygien fat très-lnen reçu, se justifia, et pardonna à Ennus.

1. Cett4-dîre, à résondre; c'est le sohere des Latins. Gnq lignes pbtt kts il y a résoudre,

s. Ce mot est écrit Bien- facteur dans les deux éditions de 1678. ^^dles de 1668 ont hienfaiUur.

Page 1