‹ Œuvres de J. de La FontaineChapitre 152 sur 379 · Yae. : c qo« sans antre enqoéte s. (1668, 1669 et 17S · texte numérisé non relu

Yae. : c qo« sans antre enqoéte s. (1668, 1669 et 17S

4S YIB D'ÉSOPE.

QoâDt à la lettre du roi d'Egypte, il n^en fit qve rire, et nuudda qu'il envoiroit ^ ao printemps les architectes et le répondant à tontes sortes de questions. Lycéms remit Ésope en possession de tous ses biens, et lui fit litrer Ennus pour en faire cd qu'il Toudroit. Esope le reçot comme son enfant; et pour toute punition, lui reconn manda d'honorer les Dieux et son prince; se rendre terriUe à ses ennemis, facile et commode aux autres; bien traiter sa femme, sans pourtant lui confier son secret; parler peu, et chasser de chez soi les babillards; ne se point laisser abattre aux malheurs* ; avoir soin du lendemain, car il vaut mieux enriclnr ses ennemis par sa mort que d'être importun à ses amis pendant son virant; snrtout n'être point envieux du bonheur ni de la vertu d'aitmi, d'autant que c'est se faire du mal à soi-même. Ennus, touché de ces avertissements et de la bonté d'Ésope, comme d'tm trait qui lui auroit pénétré le cœVt mourut peu de temps après.

Pour revenir au défi de Necténabo, Ésope choisit dei aiglons, et les fit instruire (chose difficile à croire), il ki fit, dis-je, instruire à porter en l'air chacim un panier, dans lequel étoit im jeune enfant. Le printemps venn, i s'en alla en Egypte avec tout cet équipage; non suu tenir en grande admiraUon et en attente de son dessein les peuples chez qui il passoit. Necténabo, qui sur le bruit de sa mort avoit envoyé l'énigme, fut extrêmement surpris de son arrivée. U ne s'y attendoit pas, et ne se At jamais engagé dans im tel défi contre Lycéms, s'il eût cru Ésope vivant. H lui demanda s'il avoit amené Us

I. Telle est la leçon des anciennes éditions» même encore de la réimpression de 1729. U y a etwojeroit dans celle de 1678 A.

a. Les éditions modernes , y compris Walckenaer et CrapdeC» écnTcnt : t au malheur. » LÛ éditions anciennes donnent tootts : « aux malheoTS. 9

architectes et le répondant. Ésope dit que le répondant étoit lui-même, et qu'il feroit voir les architectes quand il seroit sur le lieu. On sortit en pleine campagne, où les aigles enlevèrent les paniers avec les petits enfants, qui crioient qu'on leur donnât du mortier, des pierres, et du bois. « Vous voyez, dit Ésope à Necténabo, je vous ai trouvé les ouvriers* ; fournissez-leur des matériaux. » Necténabo avoua que Lycérus étoit le vainqueur*. Il proposa toatefois ceci à Ésope : a J'ai des cavales en Egypte qui conçoivent au bannissement* des cbevaux qui sont devers Babylone. Qu'avez-vous à répondre là-dessus ?» Le Phrygien remit sa réponse au lendemain, et retourné qu'il fut au logis, il commanda à des enfants de prendre un chat, et de le mener fouettant par les rues. Les Égyptiens, qui adorent cet animal, se trouvèrent extrêmement scandalisés du traitement que Ton lui faisoit. Ils TaiTacbèrent des mains dés enfants, et allèrent se plaindre au Roi. On fit venir en sa présence le Phrygien. « Ne savez-vous pas, lui dit le Roi, que cet animal est un de nos dieux ? Pourquoi donc le faites-vous traiter de la sorte ? — C'est pour l'offense qu'il a commise envers Lycérus, reprit Ésope ; car, la nuit dernière, il lui a étranglé un coq extrêmement courageux, et qui chantoit à toutes les heures. — Vous êtes un menteur, repartit le Roi : comment seroit-il possible que ce chat eût fait en si peu de temps un si long voyage ? — Et comment est-il possible,

1. L*édîtio«i de Barboa, celle de Renoaard, in-ia, 1811, donnent : c des oaTrien ». Le rrai texte «tt : « les ouTriers ».

a. Vab. : que Lycérus remporloit. (1668, în-4o.) Notre leçon se tronre dans IVdition in-ia de 1668 et dans tontes les suivantes.

3. Yak. : qui conçoÎTent sur le seul hannissement. (1668, in-4«, et 1799.) — La Fontaine écrit toujours honnir^ hannissement^ bien que, dès son temps, ces mots prissent d*ord inaire un e : voyez les Diction^ mires de tAetidémie (1694) et de Furetière (1690). Richelet (1680) éent kanir,

J« DB lA FOSTAISE. I 4*

5o VIE D'ÉSOPE.

reprit Ésope, que vos juments entendent de si loin nos chevaux bannir, et conçoivent pour les entendre ? »

En suite de cela, le Roi fit venir d*Héliopolis certains personnages d*esprit subtil, et savants en questions énigmatiques. Il leur fit un grand régal, où le Phrygien fiit invité. Pendant le repas, ils proposèrent à Ésope diverses choses, celle-ci entre autres : a II y a un grand temple qui est appuyé sur une colonne entourée de douze villes, chacune desquelles a trente arcboutants^; et autour de ces arcboutants se promènent. Tune après Tautre, deui femmes, l'une blanche, l'autre noire. — Il faut renvoyer, dit Ésope, cette question aux petits enfants de notre pays. Le temple est le monde ; la èolonne, Tan ; les villes, ce sont les mois; et les arcboutants, les jours, autour desquels se promènent alternativement le jour et la nuit. »

Le lendemain, Necténabo assembla tous ses amis. « Souffrirez-vous, leur dit-il, qu'une moitié d'homme, qu'un avorton soit la cause que Lycérus remporte le prix, et que j'aie la confusion pour mon partage ?» Un d'eux s'avisa de demander à Ésope qu'il leur fît des questions de choses dont ils n'eussentjamais entendu parler. Ésope écrivit une cédule par laquelle Necténabo confessoit devoir* deux mille talents à Lycérus. La cédule fut mise entre les mains de Necténabo toute cachetée. Avant qu'on l'ouvrît, les amis du Prince soutinrent que la chose contenue dans cet écrit étoit de leur connoissance. Quand on l'eut ouverte, Necténabo s'écria : « Voilà la plus grande fausseté du monde ; je vous en prends à témoin* tous tant que vous êtes. — U est vrai, repartirent-ils» que nous n'en avons jamais entendu parler. — J'ai donc satisfait à

I. Ceftt ainsi que ce mot est écrit dans toutes les éditions puMîées du Tirant de la Fontaine.

1. Dans Fédition de la Haye, 1688 : « confessoît de deToir». â. a A témoins 9, au pluriel, dans le texte de Walckenaer.

VIE D'ÉSOPE. 5i

Totre demande, » reprit Ésope. Necténabo le renvoya comblé de présents, tant pour lui que pour son maître.

Le séjour qu*il fit en Egypte est peut-être cause que quelques-uns ont écrit qu'il iiit esclave avec Rhodopé, celle-là qui, des libéralités de ses amants^, fit élever une des trois pyramides qui subsistent encore, et qu'on voit avec admiration : c'est la plus petite, mais celle qui est bâtie avec le plus d'art*.

Ésope, à son retour dans Babylone, ftit reçu de Lycéms avec de grandes démonstrations de joie et de bienveiDance : ce roi lui fit ériger une statue. L'envie devoir et d'apprendre le fit renoncer à tous ces honneurs. Il quitta la cour de Lycérus, oh il avoit tous les avantages qu'on peut souhaiter, et prit congé de ce prince pour voir la Grèce encore une fois. Lycérus ne le laissa point partir sans embrassements et sans larmes, et sans le faire prcNnettre sur les autels qu'il reviendroit achever ses jours auprès de lui.

Entre les villes où il s'arrêta, Delphes fut une des principales. Les Delphiens l'écoutèrent fort volontiers ; mais ils ne lui rendirent point d'honneurs. Ésope, piqué de ce mépris, les compara aux bâtons qui flottent sur l'onde : on s'imagine de loin que c'est quelque chose de considérable; de près, on trouve que ce n'est rien. La compa-

I. DajoM la réimprettion dé 1799 : « celle-là qui, de ce que lui donnoient ses amants ».

s. Méxiriac (^i> tT Ésope ^ p. 186) ^dopte la tradition qui fait Ésope eselave du philosophe Idmon ou Jadmon, de Samos, et le eompagnon d'esclaTage de a la £uneuse courtisane Rhodopis, qui, SBienée en Egypte, se fit aimer de Charaxus, frère de la poétesse Sappho, qui, pour la racheter, employa tous ses moyens et se réduisit à la plus extrême pauTreté. » Voyez Hérodote, livre II, chapitres cxxxiT et cxxxT. Méziriac ajoute : a Ce fut aussi Rhodopis qui, du fimit de son conunerce, fit bâtir une des pyramides, etc. ^ Mais Hérodote, à Tendroit cité, soutient que ce dernier fait est faux.

Googk

Sa VIE D'ÉSOPE.

raison lui coûta cher. Les Delpbiens en conçurent une telle haine et un si violent désir de vengeance (outre qu'ils craignoient d'être décriés par lui), qu'ils résolurent de Tôter du monde. Pour y parvenir, ils cachèrent parmi ses hardes un de leurs vases sacrés, prétendant que par ce moyen ils convaincroient Ésope de vol et de sacrilège, et qu'ils le condamneroient à la mort.

Comme il fut sorti de Delphes, et qu'il eut pris le chemin de la Phocide, les Delphieus accoururent comme gens qui étoient en peine. Ils Taccusèrent d'avoir dérobé leur vase ; Ésope le nia avec des serments : on chercha dans son équipage, et il fut trouvé. Tout ce qu'Ésope put dire n'empêcha point qu'on ne le traitât comme uo criminel in(ame. Il fut l'amené à Delphes * chargé de fers, mis dans les cachots, puis condamné à être précipité. Rien uc lui servit de se défendre avec ses armes ordinaires, et de raconter' des apologues : les Delphieus s'en moquèrent. « La Grenouille, leur dit-il, avoit invité le Rat à la venir voir. Afin de lui faire traveraer l'onde, elle l'attacha à son pied. Dès qu'il fut sur l'eau, elle voulut le tirer au fond, dans le dessein de le noyer, et d'en faire ensuite un repas. Le malheureux Rat résista quelque peu de temps. Pendant qu'il se débattoit sur l'eau, un oiseaa de proie l'aperçut, fondit sur lui ; et l'ayant enlevé avec la Grenouille, qui ne se put détacher, il se reput de l'un et de l'autre. C'est ainsi, Delphiens abominables, qu'un plus puissant que nous me vengera : je périrai; mais vous périrez aussi. »

Comme on le conduisoit au supplice, il trouva moyen de s'échapper, et entra dans une petite chapelle dédiée

I . Nous nous conformons à la ponctuation des ëdîtîons originales. I^ plupart des éditeurs modernes (Walckenaer, Crapelet, etc.) mettent une virgule après Delphes^ ce qui change le sens.

a. Vab. : rapporter, (1678 A.)

i Apollon. Les Delphiens l'en arrachèrent, a Vousvîolez cet asile, leur dît-îl, parce que ce n'est qu'une petite chapelle, mais un jour viendra que votre méchanceté ne troavera point de retraite sûre, non pas même dans les temples ^ Il vous arrivera la même chose qu'à l'Aigle, laquelle, nonobstant les prières de TEscarbot, enleva un Lièvre qui s'étoit réfugié chez lui : la génération de l'Aigle en fut punie jusque dans le giron de Jupiter. » Les Delphiens, peu touchés de tous ces exemples, le précipitèrent*.

Peu de temps après sa mort, une peste très-violente exerça sur eux ses ravages. Us demandèrent à l'oracle par quels moyens ils pourroient apaiser le courroux des Dieux. L'oracle leur répondit qu'il n'y en avoit point d*autre que d'expier leur forfait, et satisfaire aux mânes (l'Esope*. Aussitôt une pyramide fut élevée. Les Dieux

1. \ar, : dedans les temples. (1668, iii-4*, et 1739.) — Dans est la leçon de Tin-ia de 1668 et des éditions suÎTantes.

3. Larcher, dans son Essai de chronologie éC Hérodote (tome YI de tt traduction, p. 5a6), place la mort d^Esope, d'après Tautorité d'Ëiuèbe, en Tan 56o avant Jésus-Christ, la quatrième année de la cinquante-quatrième olympiade. Méziriac, nous Tavons tu plus haut (p. 46, note i), la met à la première année de la même olympiade. Noos ayons dit ci-dessus (p. 39, note 5) ce que nous pensions de la chronologie relative à Ésope.

3. Sur la réponse de Toracle, les Delphiens « furent contraints d'enroyer [Air toutes les fêtes publiques et assemblées générales des Grfcs, faire proclamer à son de trompe, s'il y avoit aucun de la parenté d*i£sope qui voulut avoir satisfaction de sa mort, qu'il vint, et qu'il Texigeat d'eux telle comme il voudroit. Mais il ne se trouva personne qui prétendît avoir ce droit, jusqu'à la troisième génération, qu'il se présenta un Samien nommé Jadmon, petit-fils du premier Jadmon qui avoit été maître d'yËsope en l'ile de Samos; et let Delphiens, lui ayant fait quelque satisfaction, furent délivrés de lenis calamités, et dit-on que depuis ce temps-là ils transférèrent le npplice des sacrilèges de la roche d'Hyampie à celle de Nauplie. » (Màueuc, rie dPÉsope^ p. 3o6.)

ne témoignèrent pas seuls combien ce crime leur déplaisoit : les hommes vengèrent aussi la mort de leur sage. La Grèce envoya des commissaires pour en infcn^ mer, et en fit une punition rigoureuse^.

I. Les Athéniens ëlerèrent plus tard une statue à Ësope. Cette statue, qui était TouTrage du fameux Ljsippe, fut placée, dit-on, en ayant de celles des sept sages, lircdc oofcôv IpiscpoôOtv {jtmtkoUpe de Planiule, livre IV, 33a).

Msopi mgeniû statuam potuere jiuîei^ Servumque eollocarumt xterma in Aoji, Patere honoris seirent ut eunctis viam^ jNec ^eneri trihuiy sed virtutif gloriam,

(PnàDBS, liTre II, épilogue^ vers 1-4.)

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