MONSEIGNEUR LE DAUPHIN
Je chante les héros dont Ésope est le père,
Troape de qui Thistoire, encor que mensongère,
G)Dtient des vérités qui servent de leçons. .
Tout parle en mon ouvrage, et même les poissons* :
Ce qu'ils disent s'adresse à tous tant que nous sommes ; 5
Je me sers d'animaux pour instruire les hommes.
Illustre rbjbton d'un prince aimé des cieux,
Sur qui le monde entier a maintenant les yeux,
Et qui faisant fléchir les plus superbes têtes,
Comptera désormais ses jours par ses conquêtes', i o
I. Yojez ci-detsiis, p. i, la note i de Vtpùre dédieaioire en prose.
3. C*ett, dit Gerosez, une a allofion au prorerbe : Muet comme mpoiuom, »
3. En 1667, Louis XIV en personne arait conquis la Flandre, tjint Turenne sous ses ordres, a Cette campagne s^appelle la «amfÊgjie éU Lille, Prise de Charleroi par M. de Turenne le i juin ; le mârëchal d*Aumont prend Armentières le a8 mai, Saint-Vinox le 6 jab, et Fumes le i a. Le Roi prend Ath le 16, et Tournai le a4, Douai et le fort de Scarpe le 6 juillet. Le maréchal d^Aumont prend Conrtrai le 18, et Oudenarde le 3i. Le Roi prend Lille en neuf joon, le «7 août, où il s^exposa assex pour que M. de Turenne le nenaçât de se retirer, s*il ne se ménageoit pas davantage. Le comte de Martin et le prince de Ligne, qui venoient au secours, sont battus pirMH. de Créqui et de Bellefonds, le 3 1.... M. de Turenne prend ■ Alost le 1 1 septembre. » (Abrégé chronologique de P histoire de France^ ferle président Hénault^ nouvelle édition, corrigée, etc., par C. A. Wtlckenaer, Paris, 1811, tome III, p. 865.) — Au moment même oà la Fontaine écrivait cette épitre, le Roi venait, pendant l'hiver
56 ÉPiXRE.
Quelque autre te dira d'une plus forte voix
Les faits de tes aïeux et les vertus des rois.
Je vais t'entretenir de moindres aventures,
Te tracer en ces vers de légères peintures;
Et si de t*agréer je n'emporte le prix, 1 5
J'aurai du moins Thonneur de l'avoir entrepris^.
de 1668, de conquérir, arec le grand Condé, tonte la Franche- Comté, en moins d*un mois. Bientôt le traité d*Aix4a-ChapeUe, tifiié le s mai, allait faire de Louis XIV Tarbitre de TEurope. On Toit, par tous ces faits, que les rers de la Fontaine ne sont pas une Ttiae flatterie.
4. Voltaire, dans son Catalogue des écripoint français du siècle iê Louis XIF (tome XIX des OEupres, p. ia8), reprend bien sérèrement ces deux derniers vers : a On sent assez, dit-iJ, qn^il n*j aurait nul honneur k ne pas emporter le pris d*mgréer, La pensée est aussi fausse que Texpression est mauraise. » L^expression pourrtit, ce nous semble, se défendre; et quant à la pensée, Voltaire la défigure : n*est-il pas honorable, lors même qu^on échoue, d*aToir tenté une louable entreprise, surtout quand on Ta tentée arec une auMÎ légitime confiance que le pouvait faire la Fontaine?