LIVRE I
Lai tînt à peu près ce langage :
« Hé ! bonjour. Monsieur du G>rbeau*.
Qae vous êtes joli! que vous me semblez beau! Sans mentir, si votre ramage Se rapporte à votre plumage,
Vous êtes le phénix des hôtes de ces bois*. »
A ces mots le G)rbeau ne se sent pas de joie ; Et pour montrer sa belle voix,
n ouvre un large bec, laisse tomber sa proie ^.
Qai cuide estre auenant et biau, Tenoit en son bec un fourmage.
On y lit un peu plos loin, dans le discours du Renard : c Si tous dianties comme chantait rotre père,
le cuid* qu*en tout le bois n*éust Oisel qui tant à tout pléust. 9
1. Vojez lÎTre XII, (able xr, Ters ii8. — On lit dans Rabelais (livre II, chapitre iv, tome I, p. su) : « Monsieur de TOurs; » et fvee «D nom de personne (liTre I, chapitre xxxni, tome I, p. I2«) : • Lepaonre Monsieur du Pape. » — Le Manuscrit de SaUtt&'^neviève porte: « Monsieur le Corbeau. )»
3. Ce Ters a trouvé grâce aux yeux de Voltaire ; il en fait remarqwr l'élégance (tome XXXIX, p. aao). — - Apulée, à Tendroit cité, Kid ainsi la même idée : tam pulchra ales^ qum ex omni avitio longe fmctUU, — La Fontaine rappelle lui-même, dans la Cable x du Kvie II (Ters 36 et 87), ces flatteries de maftre Renard :
Ce sont des contes plus étranges QuW Renard qui cajole un Corbeau sur sa Toix.
4* t Ce Ters est admirable : Tharmonie seule en fait image. Je toîs va grand vilain bec ouTert ; j'entends tomber le fromage à traTers Wi branches. 1 (J. J. Roitssbau, Émile^ livre II.) — Benserade, dans Mw xn* quatrain, Tise également à Pharmonie imitatiTe, et nous ■outre
.... le malheureux Corbeau (^ de son bec ouTcrt laissa choir un fromage.
— ipolée est imiutif aussi dans sa prose : Oèûttu offidm^ qnam mot- ^i(w rei'uu6ût^ toio rictu hiavU,
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Le Renard s'en saisit, et dit : « Mon bon Monsieur, Apprenez que tout flatteur Vit aux dépens de celui qui Técoute : i5
Cette leçon vaut bien un fromage, sans doute'. »
Le G>rbeau, honteux et confus*, Jura, mais un peu tard, qu'on ne Vy prendroit plus.
5. « U est plaisant de mettre la morale dans la boncbe de cdoi qui profite de la sottise : c^est le Renard qui donne la leçon i criai qu^il a dupé, oe qui rend cette petite scène, en quelque sorte, thâtiak et comique. » (Chàhport.)
6. Ce yers se lit ainsi dans le Manuscrit Je Sainte-Genenhe :
Le Corbeau tout pique, tout honteux, tout confus.
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FABLE III