‹ Œuvres de J. de La FontaineChapitre 166 sur 379 · I. Voyez ci-dessus, p. 7a, fable v, vers 17, et note · texte numérisé non relu

I. Voyez ci-dessus, p. 7a, fable v, vers 17, et note

a. On appelait tapit de Turquie, de Perse ou du Levant, des

86 FABLES. [r. ix

Le couvert se trouva mis.

Je laisse à penser la vie Que firent ces deux amis.

Le régal fut fort honnête :

Bien ne manquoit au festin ; i o

Mais quelqu'un troubla la fête

Pendant qu'ils étoient en train.

A la porte de la salle *

Us entendirent du bruit :

Le Rat de ville détale ; iS

Son camarade le suit.

Le bruit cesse, on se retire :

Rats^ en campagne aussitôt;

Upis fabriqués en France à Timitation de TOrient. La manabcUut, installée d*abord au Louvre par Henri IV, fut tranqiortée pu* Louis XIII dans la maison de la Savonnerie, près de Chaillot, pois réunie aux Gobelins par Louis XIV. Voyez Lacordaire, Notice bistorique sur Us manufactures impériales de tapisseries des GohelMS ei if tapis de la Savonnerie (Paris, i855), notamment aux pages 36, 38, 4<' Lorsqu*en 1617 un arrêt du conseil accorda à Pierre du Pont et à Simon Lourdet la fabrique et manufacture de toutes sortes de tt- ]HS, autres ameublements et ouvrages du Levant, etc., une des conditions imposées aux entrepreneurs fut que : € Dans toutes ^» ^r^ du royaume où ils s'établiraient , ils seraient tenus d^instruire dtns leur art un certain nombre d*enfants pauvres à eux confiés par I0 administrateurs des hôpitaux. Ces enfants, au nombre de cent pour la ville de Paris, seront logés dans la maison de la Savonneriei etc.i

3. Dans Fédition in-4o de x668, et dans celle de 1681, Tofèographe du mot est, comme dans Richelet et Furetière, sale^ qui n"^ à rœil avec détale: mais Téditiou in-xa de 1668, celles de 1669 et de 1678, de la Haye (1688), de Londres (1708), etc., écrivent ton»» comme 1* Académie dès 1694, salle,

4. Katf au singulier, par erreur, dans l'édition de 1678 A, ^** une autre faute à la dernière strophe :

Mais rien ne me vient interrompre.

F. u] LIVRE 1. 87

Et le citadin de dire :

« Achevons tout notre rôt. ao

— G^est assez, dit le rustique ; Demain vous viendrez chez moi.

Ce n'est pas que je me pique ' De tous vos festins de roi;

Hais rien ne vient m'interrompre : ^ 5

Je mange tout à loisir.

Adieu donc. Fi du plaisir

Que la crainte peut corrompre ! »

S. c Se piquer de quelque chose, 1 &ire profesâon, fidre vanité de le diitiogoer par quelque choie, d'en avoir l'habitude.

88 FABLES. [r.

LE LOUP ET l'àGHBÀU.

Ésope, lab. 119, Auxo^ xa\ "Apç (Goray, p. i5o et i5i» p. 878; comparez aussi la fab. 6, AD^oupoç xa\ 'AXextpmûv , p. 7). — Babrius, feb. 89, AiSxoç xai *Apviov. — Phèdre, livre I, fab. i, Lapus et Agnus, — Romulus, livre I, Lupus et Agnus* — Marie de France, fab. 1, dou Leu et de rA'mgnUl, — Haadent, i** partie, &b. ii3, d^un Loup et d'un Aigneau; a« partie, fab. 19, même titre. — Corrozctt fiib. 1, du Loup et de r Aigneau, — Boursaalt, les Fables tttsope^ acte V, scène m, le Loup et t Agneau, — Le Noble, fab. 94, du Lvf et de V Agneau. La violence,

Mjrthologia msopica Neveleti, p. 90, p. 274» p« 374» p. 389, P* ^^7*

itanuscrits de Conrart (tome XI, p. 533), et Bfanuscrii de Samte* Geneviève, ^~ Cette fable a été reproduite dans le Recueil de poéàes chrétiennes et diverses^ tome III, p. 367 (par erreur, pour p. 371).

Dans une fable orientale, toute différente d'ailleurs, le Faacoa, voulant manger la Perdrix, lui fait également, pour parler comiBe le vieux traducteur, c une querelle d'Allemand. > Voyez le Vm des lumières ou la Conduite des Roys , composé par le sage Pilpiy Indien, traduction pseudonyme de Gaulmin, Paris, 1644» P- aoo-so3. — c Cette fable est connue de tout le monde , même de ceux qui ne connaissent que celle-là. Ce qui en fait la beauté, c'est la T^it^ du dialogue. Plusieurs personnes ne semblent voir dans cet apologue qu^une vérité triviale , que le faible est opprimé par le fort. Ce M serait pas la peine de faire une fable. Ce qui fait la beauté de oelle^'t c'est la prétention du Loup qui veut avoir raison dans son injustice, et qui ne supprime tout prétexte et tout raisonnement que lorsqo'il est réduit à l'absurde par les réponses de l'Agneau. > (Chakfovt.)— L'intention marquée ici par Chamfort est indiquée au commencement et i la fin de la première des trois versions, données par Coray, de It fable ésopique. — Voyez ci -après la note i se rapportant à la morale.

La raison du plus fort est toujours la meilleure^ :

I. c U est bon, en lisant la Fontaine, de se laisser aller un pcaà

Googk

F. x] LIVRE I. 89

Nous l'allons montrer tout à Theure*.

Un Agneau se désaltérmt

Dans le courant d'une onde pure.

Un Loup survient* à jeun, qui cherchoit aventure, 5

Et que la faim en ces lieux attiroit.

« Qui te rend si hardi de troubler mon breuvage ?

Dit cet animal plein de rage :

Tu seras châtié de ta témérité.

— Sire, répond T Agneau, que Votre Majesté 1 o

Ne se mette pas en colère ;

Mais plutôt qu elle considère

Que je me vas^ désaltérant

la pente des TéflexiDOS qu'il suggère, «t de ne pat toujours s'arrêter à Itkttre de ses moralités. Il y a telle fable et telle moralité qui, au praaier coup d*oril, paraissent favorables aux mauvais et aux petits sentiments, et qui le sont, au contraire, aux bons et aux grands. Il faut, avec la Fontaine, saroir ce que parler veut dire. Prenons, par exem- 1^, U Loup et r Agneau :

c La raison du plus fort est toujours la meilleure. •

(La Fontaute et les Fabulistes^ xn« le^on, tome I, p. 417.)

Voyfz à la suite la piquante analyse par laquelle M. Saint-Marc Ginutlin montre que la Fontaine est bien loin de nous peindre le Loup en beau, et qu*on n'est nullement tenté de conclure de la fable que le mccès justifie tout. Nous nous contenterons de citer ici cette fin éloquente (p. ^19) : € Mangez TAgneau, sire Loup, mais ne cberchez pas à lai prouver que vous avez raison. Soyez injuste et violent, mais ne soyez pas sopbiste et hypocrite. N*abnsez pas contre la justice des formes de la justice : c'est le pire outrage qu^on puisse faire à la cooseience bomaine. » — Les deux vers de morale manquent dans le Manmserit de Sainte^Genevièpe,

s. Celte locution signifiait soit, comme ici, c sur Theure, à Tiustam même» (voyez les Dictionnaires de Richelet et de Furetière) ; soit f dans un moment » (voyez le Dictionnaire de l^jécadémie de 1694).

3. Dans le Manuscrit de Saintc^Geneviève f c survint ; et au vers 11 : t point, » au lieu de pas,

4. ^aâ, dans les deux Manuscrits de Conrart et de Sainte-Geneviève.

90 FABLES. [f. x

Dans le ooturant.

Plus de vingt pas au-dessous d'Elle' ; i s

Et que par conséquent, en aucune façon, Je ne puis troubler sa boisson.

— Tu la troubles, reprit cette béte cruelle ; Et je sais que de m<M tu médis Tan passé*.

— Comment Taurois-je fait si je n'étois pas né ? ao

Reprit TAgneau ; je tette encor ma mère ^.

— Si ce n'est toi, c'est donc ton frère. — Je n'en ai point. — C'est donc quelqu'un desdens; Car vous ne m'épargnez guère.

Vous, vos bergers, et vos chiens. «5

On me Ta dit : il faut que je me venge. » Là-dessus, au fond des forêts Le Loup l'emporte, et puis le mange, Sans autre forme de procès.

5. Ily a ainii Elle, arec cette respectueuse majuscnlcy dansleisBcîennes éditions (excepté 1678 A), bien que plus haut, au Tcrs iSt eUes écrivent elle, avec une minuscule.

6. Au lieu de ce vers et des sept qui sairent, on lit dans les Jfsmucriu de Comwi :

Ne me cherche point de raison; Car tout à l'heure il faut que je me venge. Là-des8usy etc.

C'était peut-être une premièro ébandie, reprise ensuite et développée par la Fontaine.

7. Il y a la même réponse dans Babrius (vers 9), maïs avec une autre intenti<m, plus conséquente peut-être : l'Agneau ne boit pss •■ ruisseau, il ne peut pas y boire, il tette encore :

0Y)X^ (Jis6u<jxii (Ai/pi vOv |U pjTpcjn].

a Jusqu'ici c'est la mamelle de ma mère qui m'enivre. 1

r. u] LIVRE I. 91

FABLE XI

l'homme et son image.

POUK M. L. D. D. L. B.*

L*origiiie de eette fable est inconnue; c'est sans doute une de ccUes dont Tinvention appartient k la F<mtaine. La laMe 8 du lirre III de Phèdre, intitulée le Frère et la Sœur, k laquelle renvoie DO commentateur, peut en avoir suggéré la première idée, mais ce ne Knit que de fort loin. Robert (tome I, p. 63) cite les deux morceux suivants, un peu moins éloignés, il est vrai, mais que la Fontaine sans doute n'a pas connus :

BobcTt Holkot, leçon en sur le Ltpre de la Sagesse : Sieut narratur Ji futdam turpi et defomâ Domieella : ista autem habmt tortam faciem ^ ohUmgam, et quotiems respexit spéculum^ doluit et offendebatur : de^ farmitatem tamen suant semper imputabat speculo; unde plura spécula freg^ quam omnes mulieres de patria,

Baldi, Jpologue 96 : Un' huomo distorto di vaccu. UiC huomo di 9oltc siorto specckiandasij riprese lo specehio di falsità : il ehe foeoUo pim çolte eon piU specchiy sempre ineolpb loro : al fine ^bettutosi in uno specehio storto, che gU drizzb la stortexxa délia t^ceia, tutto Heto disse : c Pur ne tropai uno al fine, che mi scoperse il fera, t

Noos avons vu dans le cabinet de M. Boutron-Charlard une copie ^ ectlc &ble qui est signée De ia Fowtaikr (sic) : voyex la Notice ^*^liograpkique. Cette copie n'ofiie aucune variante pour le texte ; eUe a seulement, k la seconde ligne du titre, de même que l'édition

i. Nous reproduisons cette ligne telle qu'elle se lit dans toutes les étions que la Fontaine a données. Dans l'édition de 1719, il y a, ^ toates lettxes : foue m. im doc db jjl RoCHBronciAUU). Les initiales, ^'•a que le dernier vers de la fid>le, désignaient assez clairement Tmécw des Maximes, François duc de la Rochefoneanld, né en i^i3, et mort en i68o« La Fontaine lui a encore dédié la fable xv «inlÎTreX.

g% FABLES. [r. xi

de 17S9, les mott entiers tu lieu des initiales (royez It note i de la fable).

Un homme qui s'aimoit sans avoir de rivaux* Passoit dans son esprit pour le plus beau du monde : Il accusoit toujours les miroirs d*étre faux, Vivant plus que content dans une erreur profonde. Afin de le guérir, le sort officieux $

Présentoit partout à ses yeux Les conseillers muets dont se servent nos dames ' : Miroirs dans les logis, miroirs chez les marchands,

Miroirs aux poches des galands,

Miroirs aux ceintures des femmes ^« to

Que fait notre Narcisse ' ? U se va confiner • Aux lieux les plus cachés qu il peut s'imaginer, N'osant plus des miroirs éprouver Taventure. Mais un canal, formé par une source pure,

Se trouve en ces lieux écartés : î5

9. Nullum ultra verbum aut operam insumebat intmem^ Quin sïne rivait teque et tua solus amares,

(HoBACEy Art poétique^ yers 443 et 444<)

3. Cette périphrase a bien, ce semble, nn air de famille arec celles dont Molière s'est moqué dans ses Précieuses; mais une prot^ pointe d*iroDie vieot peut-être à propos avant rénumération qui soit. — Dans U Grand dictionnaire des Pretieuses ou la Clef de la Unpi ^ ruelles (fMLT Somaize), publié en 1660, sans nom d'auteur, lescîitoo* locutions et les figures qui désignent le miroir sont € le conseiller des grâces, le pdntre de la dernière fidélité, le singe de la natoxet^ caméléon. • (Édition Livec, i856, tome I, p. u.)

4. Cétait la mode dès i635. Dans la Place royale de CoineiUet représentée cette année, Alidor présente à Angélique t nn miroir qu'eUe porte à sa ceinture > (acte II, scène u, après le yers Zf])-

5. On connaît l'histoire de Narcisse, condamné k dcTenir vavof^ de sa propre image pour avoir méprisé l'amour de la nymphe f^^ et qui finit par se nojer dans la source où il se contemplait. Voyff les Métamorphoses d'Ofidc, livre III, vers SSg-Sio.

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