Dans l'édition de 1729 : < Il va se confiner
F. xi] LIVRE I.
0 8 j voit, il se fôche ; et ses yeux irrités Pensent apercevoir une chimère vaine, n fait tout ce qu'il peut pour éviter cette eau ; Mais quoi ? le canal est si beau Qu'il ne le quitte qu'avec peine.
On voit bien où je veux venir.
Je parle à tous ; et cette erreur extrême Est un mal que chacun se plaît d'entretenir. Notre ame, c'est cet homme amoureux de lui-même ; Twt de miroirs, ce sont les sottises d'autrui, 9 S
Miroirs, de nos défauts les peintres légitimes ; Et quant au canal, c'est celui Que chacun sait, le livre des Maximes ''•
7. Le Itrre de la Rochefoucauld arait eu en France deux éditions «ceenÎTet, en i665 et en 1666, quand la Fonuine publia cette &Ue. La première édition ftit réimprimée jusqu'à trois fois l'année ■^ où elle parut. Les Mmmes circulèrent d^ailleurs longtemps pimi les amis de la Rochefoucauld, avant d'être données au public. Vojeice que dit la Rochefoucauld, dans sa préface de x665, d*une copie qui avait passé en Hollande; ce qu'il ne dit pas, c'est qu'elle J «Tsit été imprimée en 1664 ; M. Gilbert l'ignorait quand il a i^édigé sa note sur ce passage de cette préface (tome I, p. a6); on
• depuis découvert cette édition. — a Ce n'est point là une fable, <pMn qu'en dise la Fontaine. C'est un compliment en vers adressé
* M. le duc de la Rochefoucauld sur son livre des Mûsimes, Un ^^nÊûm qui 8*«ifuit dans le désert pour ériter des miroirs, c'est ^ vue idée assem bizarre, et une invention assez médiocre de la Foattioe. » (Cbamfobt.) — « C'est moins une UhXt, dit Walcke- DMr, qu'un éloge ingénieux du célèbre livre des Maximes, » (Histoire ^leFomtaine^ livre II, édition de i858, tome I, p. 209.)
FABLE XII
LE DRAGON 1 PLU81BURS TâTBS, ET LS DRAGON A PLUSIEURS QUEUES.
L*hiitorieii penan Mirkhond, dans n Fîe de DjeHghiz^Khêm (Ai> tolre universelle^ y* partie), met cette allégorie dans la bouche <h conquérant mogol, qui s'en sert pour exhorter ses fils à rimioB : « Pour leur persuader daTantage qu^ik deroient Tirre dam cette union, il leur disoit encore : «Un jour qu'il fiusoît grand froid, ai « serpent à plusieurs têtes ronlut entrer dans un trou, pour le « mettre à oourert et s'empêcher d'être gelë. Mais, à chaque troa a qu'il reocontroit, les têtes sVmbarrassoient tellement l'une «tce c Fautre, qu'il lui fut impossible d'entrer dans aucun, et qa*& h « fin, ayant été contraint de demeurer à Tair, le froid le sutk et « le fit mourir. Dans le même temps, nn autre, qui n'avoit qii*iae a tête et plusieurs queues, se fourra d'abord, arec tontes ses que«i, « dans le premier trou qu'il rencontra, et saura sa rie. • No« empruntons cette traduction, et nous n'en connaissons pas d'aaténeure, au lirre de Galland intitulé : Les Paroles remarqmaèles,,,. ia Orientaux (p. 176). Cet ourrage n'ayant paru qu'en 1694, cencit pas U que le fabuliste a pu prendre son sujet. Lui arait-il été conté par quelqu'un de ses doctes amis? ^- Les deux Dragons^ bien qn'âs ne soient pas d'Ésope, étaient représentés dans le Lahjrriniks àt Versailles (royez ci-dessus, p. 61); ils sont le sujet du xxxi* qtttrain de Benserade, dans l'édition de 1677 î ^^ i*xit« dans celle de 1678. o Ce récit, dit Chamfort, ne peut pas s'appeler une fidtle; e'etf une petite bistoire allégorique qui conduit à une rérité moiale. Toute fable suppose une action. »
Un envoyé du Grand Seigneur Préféroit, dit l'histoire, un jour chez TEmpereur, Les forces de son maître à celles de TEmpire.
Un Allemand se mit à dire :
« Notre prince a des dépendants ^
f. xn] LIVRE I. 95
Qui, de leur chef, sont si poissants Qae chacun d'eux pourroit soudoyer une armée. »
Le chiaoux\ homme de sens.
Lui dit : « Je sais par renommée Ce que chaque Électeur peut de monde fournir; i o
Et cela me fait souvenir D'une aventure étrange, et qui pourtant est vraie, rétois en un lieu sûr, lorsque je vis passer Les cent tètes d'une Hydre ' au travers d'une haie.
Mon sang commence à se glacer; 1 5
Et je crois qu'à moins on s'effiraie.
le n'en eus toutefois que la peur sans le mal :
Jamais le corps de l'animal Ne put venir vers moi, ni trouver d'ouverture.
Je revois à cette aventure, 9 o
Quand un autre Dragon, qui n'avoit qu'un seul chef, Etbien plus d'une queue *, à passer se présente.
Me voilà saisi derechef
D'étonnement et d'épouvante.
Ce chef passe, et le corps, et chaque queue aussi : a S Rien ne les empêcha; l'un fit chemin à l'antre.
Je soutiens qu'il en est ainsi
De votre empereur et du nôtre. »
I. On appelait en tore tehaouch (en Algérie on prononee ehaoueh) det lerriteors de la cour, des espèces dliuissiers 00 d*appariteiurt (il j en arait près de sept cents), que la Porte ottomane employait coame messagers, comme enrojës. Meninski, dans son Tréior tUs An^Mc ùrigmtmlef^ arabe, persan et tare (la i** édition est de 1680), àÂài ainsi ce terme : Fammius aulieuâ^ ndgo CUmsims^ i. «. stator^ fa» Portm ottomtaùca md mandata dtftrtmda aut ecmmUsianet alias penh i»dasutUur^^uaieêeireUer6^ numéro esse soient, «- On lit dans les Mémoires de Saint-Simon (tome XIV, p. 81) : c Un ohiaous, dépèce par le Grand Seigneur, arrim en France. »
s. « D'an Hydre, 9 dans les éditions de 1688 et de 1719.
3. Le second dragon de Versailles et de Benserade n'a qu'une tête et qu'une queue.
96 FABLES. [r. un
FABLE XIII
LES VOLEURS BT l'InE.
Ésope, fab. 39, Aiciivxa\'ÀpxT0c(Con7, p. a5eti6); Âia0V,lpxm m\ ^jSjbKTjH (Coray, p. 199). — Haudent, i« parde, hb, 5i, /» Mulet €t de deux FUteurs; i^ partie, £d>. 87, éPim Otmetdmlf» et iTun Dain, — Corroiety fab. io3y de deux Comfgnonê et £u*Juu. — LafSd>le étopique, «juenoua avons sons deux formes, et la £d>k37 de la i>^ partie de Haudent ont au fond le même sajet, buôs la personna^ sont tout différents : le Lion et TOursse dispoteaCMe proie ; ils se battent, tombent épuisés ; le Renard surrient et i*cB> pare de l'objet do combat.
Mythologie utopiea Nepeleti^ p. laa.
Pour un Ane enleTe deux Voleurs se battoient : L'un vouloit le garder, l'autre le voulott vendre.
Tandis que coups de poing trottoient, Et que nos champions songeoient à se défendre.
Arrive un troisième larron S
Qui saisit maître Aliboron ^
L'Âne, c^est quelquefois une pauvre province ' : Les voleurs sont tel ou tel prince,
I. Somom de TAne, fréquemment appliqué, dans nos ▼îeax aateurs, aux bommes ignoranu et stupidrâ. Dans on ivcueil de tiù» plaisanUy intitulé Democritus ridene (Amsterdam, i655, p. x4o), noneii que Robert a quelquefois rapproché de nos ûdJes, la fin <hi récit a une rariante, heureuse pour le Baudet : pendant qa*oa le k dispute, il s'esquive. Le Mulet fiiit de même dans la pfemière «kt deux fables de Haudent indiquées ci-dessus.
a. On connaît le vers d*Ajidrieux, dans le Memmier de Sun^Seuei:
On respecte un moulin, on vole une province*
r. xm] LIVRE I. 97
Comme le Transylvain *, le Turc^ et le Hongrois.
An lieu de deux, j'en ai rencontré trois : 1 o
U est assez de cette marchandise.
De nul d'eux n'est souvent la province conquise : Un quart * voleur survient, qui les accorde net En se saisissant du Baudet.
3. Da onzième au seizième «iède, la Transylvanie ayait suiyi, pitsqne sans interruption, le sort de la Hongrie, k laquelle les Turcs U disputaient souTent. En i58a, Jean Zapoly, ayant été frustré, par Tcmpereur Ferdinand I^, de la couronne de Hongrie, se rendit indépoiduit en Transylvanie» ayec le secours du Sultan. Ses successeurs régnèrent, tous la suzeraineté des Turcs , sur ce pays , et sur divers coButito de la Hongrie orientale , jusqu*à ce qu'en 1699 l'empereur Léopold I«r rangea définitivement la Transylvanie sous la domina* tioD aatrichienne. Fréquentes étaient, on le conçoit, les contesutious entre les trois voisins. Turcs, Hongrois, Transylvains; firéquentes •«û les occasions où l'Empereur, que le fabuliste passe finement •00s silence, et qui était à la foû roi de Hongrie et souverain de rAniriche , pouvait parfois jouer le rôle de troisième ou quatrième luTon. — Le choix d'une telle af&bulation peut étonner d'abord , ■sis on se l'explique aisément en parcourant la Gazette dans les «noées qui précédèrent la publication des Fables. De 1660 à x668, 00 voit se reproduire dans les articles datés de Raab, de Presbourg, <le Vienne, des faiu qui pd|(nent de la manière la plus saisissante Tétat déplorable des provinces limitrophes de l'Empire et de la Tnrquie, et la lutte de ces deux puissances, qui se disputaient alors U Transylvanie. La part que six mille auxiliaires français avaient prise k la rictoire de Saint-Gothard, remportée sur les Turcs par Momecneuli , le i^ août 1664, «^ait appelé tout particulièrement rattention et l'intérêt de la France sur les événemenU dont ces contrées étaient le théâtre.
4* Un quatrième, quartus.
J. DB Là FoVTAUrB. 1
98 > FABLES. [r.xn
FABLE XIV
SIMONIDB PRBSERVé PAR LES DIEUX.
Phèdre, Uttc IV, (kb. 14, Simonides a Diis seivatuj, — Goéroo, ite Oratoref lÎTTe H, diapître lxxxti. — Quindlien, tle InstUutmt oratoria, livre XI, chapitre n, 1 1-17. — Valère Maxime, lirre I, cb* pitre Tui.
Mjrthologia msopica NepeUti^ p. 44>*
M. Saint-MaroGirardin (vn^ leçon, tome I, p. 194 et iqS) rapprodie de eette lable le fabliau des deux Aveugles et Philippe le Bel^ que Bobert, dans ton introduotion (p. cxiix), a tiré du yienx poëmeilrttart le contrefait^ et qui met en action, d*ane manière bien plos gtie et pins piqoante cpe le récit empnmté aux anciens, cette pens^ qne c Dieu récompense même ici-bas ceux qui soutiennent sa caïue et qoi glorifient son nom. >
On ne peut trop louer trois sortes de personnes : Les Dieux, sa maîtresse, et son roi.
Malherbe^ le disoit; j'y souscris, quant à moi : Ce sont maximes toujours bonnes.
La louange chatouille et gagne les esprits : ^
Les faveurs d'une belle en sont souvent le prix^.
Voyons comme les Dieux Tout quelquefois payée.
I. Malherbe, le réformateor de la poésie française, né i Caeo en i555, mort à Paris en i6a8. La Fontaine professait pour Malhei^ une y'vwt admiration ; 'voyez ce qu'il dit de lui dans son èpttn m (▼ers 93-96), adressée à Monseigneur Vévêque de Soîssons , en Im JoHMtt un Quintilien de la traduction {TOraxio Toscanella; voyez aussi la Éd>l« > du livre Ul.
1. M. Saint-Marc Girardin, dans sa vii« leçon (tome I, p. i^ ^ I94)f ci^ <^s sue premiers vers comme un exemple de ces c ca«series, • de ces < digressions charmantes v par lesquelles notre poét« « donne aux moindres choses un agrément infini. > Voyez aoitt ^
r.sY] LIVRE I. 99
Sîmonide* avoît entrepris Lek^e d'un Athlète; et la chose essayée. Il trouva son sujet plein de récits tout nus. i o
Les parents de F Athlète étoient gens inconnus; Son père, un bon bourgeois; lui, sans autre mérite;
Matière infertile et petite *.
Le poète d'abord parla de son héros.
Après en avoir dit ce qu'il en pouvoit dire, 1 5
Il se jette à côté, se met sur le propos De Castor et PoUux ; ne manque pas d'écrire Qae leur exemple étoit aux lutteurs glorieux' ; Ëlèye leurs combats, spécifiant les lieux Où ces firères s'étoient signalés davantage : ao
Enfin reloge de ces dieux
Faisoit les deux tiers de Touvrage.
qveit dit danf la !■« leçon (même tome, p. 19-ax) de la maxime attribuée k Malherbe, et de l*honiiéte ûiçon, naUemeiit égoïste, dont h Fontaine la mettait tn pratique.
3. Simonide, poète grec, né dans Tile de Céos; on place sa uinuioe à Tan 558 ayant J. C, sa mort à l'an 468. Il avait composé àes âégies et des poèmes lyriques; il ne nons reste de loi que de conts fragments, entre antres les plaintes de Danaé abandonnée sur lX)eéan a^ec son fils. — Qointilien, à Tendroit cité en tête de la fable, prfnd la peine de nous dire qu'il regarde comme fabuleuse Tintervcntion des Tyndarides (Castor et Pollnx); il nous apprend que Sbuonîde n'arait nulle part mentionné le fait, « et certes, sUl eût été TO, il n'aurait point passé sous silence une si grande gloire. • Quant à rérénement même, de la chute de la salle, des conyiyes écrasés, <hi poète préserré, Qnintilien parait le tenir pour yéritable ; il dit <n>c c grande était la dissension des auteurs sur le nom du lien (Pbtfsale on Cranon) où la chose a dû se passer ; » comme aussi sur ie nom de Tathlète (Qnintilien en nomme quatre) qui avait refusé de P«y«r le prix couTenu. — Chez Gcéron et chez Valère Maxime, Tathlète se nomme Scopais, et le lieu est Cranon, en Thessalie.