‹ Œuvres de J. de La FontaineChapitre 255 sur 379 · I . Voyez plus bas la note dn vers ao · texte numérisé non relu

I . Voyez plus bas la note dn vers ao

F. xy] livre III. a45

ne toit tenté de croire qne la Nature a révélé ton aTenture an sublime la Fontaine, en même temps qu'elle lai inspiroit cet Tert. Si les fiid>les n'étoient pas Thistoire des hommes, elles seroient encore pour moi on supplément à celle des animaux. »

Autrefois Progné Thirondelle

De sa demeure s'écarta,

Et loin des villes s^emporta Dans on bois où chantoit la pauvre Çhilomèle. « Bla sœur, lui dit Progné, comment Vous portez-vous? 5 Voici tantôt mille ans que Ton ne vous a vue : Je ne me souviens point que vous soyez venue, Depuis le temps de Thrace *, habiter parmi nous.

Dites-moi, que pensez-vous faire?

Ne quitterez-vous point ce séjour solitaire ? i o

— Ah ! reprit Philomèle, en est-il de plus doux? » Progné lui repartit : « Eh quoi? cette musique,

Pour ne chanter qu'aux animaux ,

Tout au plus à quelque rustique ' ?

"t^Le désert est-il fait pour des talents si beaux * ? 1 5

»• c La Fontaine a rendu ayec autant de bonheur que de fidélité nue expression grecque ((Ut3t Bp^v, Bahriia, vers 8 au manuscrit, pers 6 éians IfeçeUt, eic), que Tyrwhitt (un des éditeurs des frag^ memts Je Gainas ou Baèrias, Londres, 177^), tout versé qu'il était dans eette langue, a mal comprise, et que les interprètes latins ont readne d'une manière inintelligible, tant il est vrai que le génie est me espèce de diTin^tion bien supérieure à l'érudition. » (Thubot, Mercure de France^ avril, 181 1, p. i5, note, dans un article sur Vtsape de Coray.)

3. Nous avons déjà vu rustique employé ainsi substantivement au livre I, fiible ix, vers 11.

4. c La lable de Phiiamèie et Progné, dit Thurot à l'endroit cité, est imitée et presque traduite littéralement de Babrias ; c'est la même grftee, la même naïveté touchante dans le dialogue, et le peu qne la Footaine y a ajouté lui donne un nouveau charme; entre autres ce ven qui n*est pas dans le poète original :

Le désert est-il fait pour des talenU si beaux? >

146 FABLES. [p. xt

Venez fieiire aux cités* éclater lears merveilles.

Aussi bien, en voyant les bois, Sans cesse il vous souvient que Térée autrefois,

Parmi des demeures pareilles, Exerça sa fureur sur vos divins appas • . « «

— Et c'est le souvenir d'un si cruel outrage Qui fait, reprit sa sœur, que je ne vous suis pas :

En voyant les hommes, hélas !

Il m*en souvient bien davantage ''. »

5. Dans la fable de Babrias, telle que la Fontaine Ta connoe, ce n'est pas dans les d//j, mais, plus délicatement peut-être, au Tilbgf, que Progné isTite sa soenr à venir demeurer : c Où tu ehanteras, loi dit-elle, aux laboureur^ et non aux bètet sauvages. »

Ce joli vers grec n'est point dans le manuscrit du mont Athos, qui, en allongeant la fable, Ta bien plutôt gâtée qu*embellie, et à b tit* sion duquel s^applique beaucoup moins bien qu'à Tancienne fonne «n treize vers le jugement de Tburot que nous avons rapporté daas la note précédente.

6. Térée, roi de Thrace, après av^ir outragé Philomèle dans aa t>ois écarté, lui coupa la langue et Teuferma. Progné ou Procné, sœur de Philomèle et femme de Térée, délivra sa sœur, et la venges en tàant son propre fils, Itys, qu'elle fit manger à son père. Elle fat métamorphosée en hirondelle, Philomèle en rossignol, et Térée ts huppe (selon d'autres en ^pervier). Voyez les Métamorphoses d^Onàtf livre VI, vers 4^2-676.

7. Dans la fable grecque (vers as et )3 au manuscrit, vers is et i3 des anciennes éditions), Philomèle dit de même :

OTxoc U (Aot naiç {{ xs (xf^tç h^wùjsm Mvi^[xY]v 7caXai£«v outi^opÔv dvo^fvci.

• Toute maison et le commerce des hommes ravive en mok k souvenir de mes antiques malheurs. » Nous citons Tanciemie leçaa; l'édition de Boissonade offre une double variante, mais qui ne change point le sens.

r.xTi] LIVRE III. ««7

FABLE XVI

LA FEMME HOYEE.

Faëmef fab. 41, Vxor submena et Fîr, -^ Mfli4ë deFratiee, fab. 96 , JoM ViUms et de sa Famé. — Poggii facetim , de eo qui Uxorem in /immiite peremptam qumreàat (Bàle, i558y p* 4^)* -^ iVerdizotti , fob. 53 f d'un Marito che cercava al contrario del fiumt la \Mogue affo^ gâta.

Dans la fable, ou plutôt le fabliau, de Marie de France, dont on peolToir on extrait en prose dans le recueil de le Grand d*Au8sy {FabCuaix ou Contes, tome III, p. 181, 3^ édition, 1829), le récit a une première partie, omise par le Poge, ainsi que par la Fontaine , oà rctpm de oontradîctioo de la femme est mis pbdflamment en ac* tkm. — Voltaire, comme nous FaTons déjà tu fiire aiUeurs (p. 167, note s), critique la Fontaine au sujet de ce conte, comme s'il le rendait responsable de Tinvention : « Rien n^est plus insipidey dit-il dans le Dictionnaire philosophique (tome XXIX des Œuvres^ p. 3oi), que la Femme noyée, dont on dit qu^il faut cberober le corps en remontant le cours de la ririère, parce que cette femme arait été contredisante. » — c Cette historiette, dit plus équitablenleut Walckenaer, dans sa f* note sur cette fable, le tromire dan» Vo§e, dans nos anciens fabliaux, dans Marie de France, et dans presque tons les recueils de Contes ou joyeux devis ^des quinzième, seizième et dixseptième siècles ' : elle n'en est pas meilleure pour cela. » Pas meilleure, j'en conriens, c'est-à-dire ni bien spirituelle, ni bien délicate, mais, comme dit M. Soullié (p. i3o), la boutade est c piquante par son absurdité et son excès même, » et d'aiUeurs elle fait partie de ce fonds «ommnn de comique p^ulaire, de franc et gros rire» fU0 la Fontaine aimait et qu*il excelle à mettre en libres et gaies rimes.

Je ne sois pas de ceux qui disent : « Ce n'est rien, G'e^ une femme qui se noie. »

I. M. Soullié (p. SI 3 et 314) cite trois de ces recueils, Tun du •seizième et les deux autres du dix-scptîème siècle.

M^ FABLES. [r. xfi

Je dis que c'est beaucoup; et ce sexe vaut bien

Que nous le regrettions^ puisqu'il (tait notre joie*.

Ce que j'avance ici n'est point hors de propos, S

Puisqu'il s'agit en cette fable *,

D'une femme qui dans les flots Avoit fini ses jours par un sort déplorable «

Son époux en cherchoit le corps,

Pour lui i*endre, en cette aventure, i o

Les honneurs de la sépulture.

n arriva que sur les bords

Du fleuve auteur de sa disgrâce Des gens se promenoient ignorants* l'accident.

Ce mari donc leur demandant i5

S'ils n*avoient de sa femme aperçu nulle trace : « Nulle, reprit Tun d'eux; mais cherchez-la {dus bas;

Suivez le fil de la rivière. »

Un autre repartit : « Non, ne le suivez pas;

Rebroussez plutôt en arrière : to

Quelle que soit la pente et T inclination

Dont l'eau par sa course l'emporte,

L'eqprit de contradiction

L'aura fait flotter d'autre sorte. »

Cet homme se raiDoit assez hors de saison *. %i

a. M. Saint-Marc Girardin (xrii* le<^n, lome H, p. 89 et 90) die au sujet de cea quatre vert : c Les femmes ont senti que le fabolisle les aimait, et Toilà pourquoi elles lui ont beaucoup pardonné.... Comment se fldier contre le poète qui a dit :

Je ne sub pas de ceux qui disent : c Ce n*est rien, etc.? •

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