‹ Œuvres de J. de La FontaineChapitre 28 sur 379 · auprès de Jean Racine^ tome I, p. 3 17 et 3s · texte numérisé non relu

auprès de Jean Racine^ tome I, p. 3 17 et 3s

4. Antoine Poignant, né le 97 ayril i6s8, et dont parle ici Louis Racine, n*était pas seulement ami, mais parent de son père. Il était fils de Nicolas Poignant et de Jeanne Chéron. Celle-ci était SQBur de Marguerite Chéron, grand*mère de Jean Racine. Le père de Jeanne et de Marguerite était Émery Chéron, qui, du cAté maternel, descendait de Pierre Orouart, un ancèm de notre Marie Héricart. Poignant était donc, quoique à on degré éloigné, parent aussi de Mlle de la Fontaine.

SUR LA FONTAINE. xxxy

àet satisfitcliOQ, Tëpëe à la main, à celui qui nous déshonore : « Ih bienl dit la Fontaine, je la demanderai. » Il va le lendenain, à quatre heures du matin, chez M. Poignan, et le trouve au lit : « Lève-toi, lui dit-il, et sortons ensemble. » Son ami lui demande en quoi il a besoin de lui, et quelle affiûre pressée l'a rendu si matineux : « Je t'en instruirai, répond la Fontaine, quand nous serons sortis. » Poignan se lève, s'habille, sort avec lui, et le suit jusqu'aux Chartreux^, en lui demandant toujours où il le mène : « Tu vas le savoir, » répondit la Fontaine, qui lui dit enfin, quand ils furent derrière les Chartreux : « Mon ami, il faut nous battre. » Poignan surpris lui demande en quoi il l'a offensé, et lui repré* sente que la partie n'est pas égale : « Je suis un homme de « guerre, et toi tu n'as jamais tiré l'épée. » — « N'importe, « die la Fontaine, le public veut que je me batte avec toi. j> PcMgnan, après avoir résisté inutilement, tire son épée par complaisance, se rend aisément le mattre de celle de la Fontaine, et lui demande de quoi il s'agit. « Le public prétend, « lui dit la Fontaine, que ce n'est pas pour moi que tu viens « tous les jours chez moi, mais pour ma femme. — Ehl a mon ami, répond Poignan, je ne t'aurois pas soupçonné « d'une pareille inquiétude, et je proteste que je ne mettrai a plus les pieds chez toi t — • Au contraire, reprend la Fon- « taine en lui serrant la main, j'ai fait ce que le public voua knt : maintenant je veux que tu viennes chez moi tous les « jours, sans qn(H je me battrai encore avec toi. x>

La scène est excellente, et n'eût-on pas la caution de Louis Racine, <m y crcHrait encore. Furetière (nous sommes presque ^boofteox de parler des calonmies de ses haineux factums) a voulu fiadre de la Fontaine un mari qui, non content de souffirir avec patience les coquetteries de sa femme, y trouvait peut-être avantage. Il insinue que, dans le conte de la Coupe emhaïuée, il vante si bien ce que les maris trompés peuvent gagner à leur malheur, qu'il y a apparence que du sien il a tiré bon parti*. C'était lui faire payer un peu cher un badinage

I. Cette désignation dn lien de la rencontre suppose, si nous ne Boot trompons, que la scène se passa à Paris. On en est un peu étonné.

s. Steomdfaetam (AflOMterdam, 1694), p. aga.

xxxTi NOTICE BIOGRAPHIQUE

trop gaalois que d'y chercher matière à une si odieuse et si absurde accusation. Dans l*anecdote du plaisant duel nous ayons le vrai la Fontaine, non certes un jaloux, il n'en avait pas l'étoffe; pas davantage, si débonnaire qu'il fût, un homme sans honneur. Quant à sa femme, elle n'est pas là sérieusement compromise; on voit seulement qu'il lui manque d^être protégée contre les méchantes langues par ce respect dont l'affection fidèle da mari entoure le foyer domestique. Cette protection eût mieux valu que celle de i'épée, si étonnée d'être à la main du bonhomme.

Essayons de connaître un peu Mlle de la Fontaine. Noos avcms entendu d'Olivet dire qu'elle « ne manquoit ni d'esprit, ni de beauté ^ » Fréron lui donne la même louange*. De sa beauté nous jugerions difficilement par le portrait que l'on attribue au pinceau de Mignard'. Nous n'en connaissons pas la date; mais il ne semble pas celui d'une jeune femme* Il ne serait donc pas étonnant que les attraits vantés ne s'y trouvassent plus guère. Quelques personnes ont cm y reconnaître la désagréable dame Honesta; ce ne serait pas du moins en se rappelant que la Fontaine a dit de celle-ci qu'elle était belle. Au reste il ne nous paraîtrait pas équitable de concevoir, à la vue de cette image retracée trop tard, et qui semble un peu maussade, aucun préjugé contre la beauté que la tradition attribue à Mlle de la Fontaine, ni contre l'agrément de son caractère dans ses jeunes années.

Quant à ce caractère, dont il est surtout intéressant de tâdier de se faire une juste idée, on ne saurait mieux s'adresser qu'à la Fontaine lui-même, pour en trouver quelques traits. Il nous les fournit dans les lettres qu'il adressait à sa femme, en i663, après quinze ans de mariage.

On y chercherait en vain quelque indice de cette verta acariâtre, qui expliquerait, à en croire d'Olivet, l'éloignement de son mari. Ce qu'il lui reprochait, c'éuit d'avoir les goûts

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