LA VIEILLB ET L£8 DEUX SERVANTES
Éfope, fid>« 79, Vwii ta\ 8ef^hntcy«t (Cony, p. 47i p* 3i6). — Handent, i** partie, fid>« 6s , éTtm Coq €t des ChamBeriêres. — Goito* ict, hb. ee^éleU rkiUêét de $•* Ckamàrieru. » Pantaleo Gandiduf a auMÎ traité ce sujet eo Ters latins îambiques ; o*est sa fable 55.
Mythologia msopica Nepeieti^ p. i54*
< Voici une ùMe, dit Chamfort, où la Fontaine retrouye ses pinceaux et sa poésie, ce mélange de tours et cette Tariëté de style qui loi est propre. La peinture du trarail des Serrantes, celle de l'instant de leur réreU, sont parfidtes. » — Voyez la fin de la note 9.
Il étoit une Vieille ^ ayant deux chambrières * :
Elles filoient si bien que les sœurs filandières '
Ne faisoient que broiiiller^ au prix de celles-ci.
La Vieille n'avoit point de plus pressant souci
Que de distribuer aux Servantes leur tache. 5
Dès que Téthys' chassoit Phébus aux crins dorés,
I. c Une femme Teure amie du trayail, 0 disent les fables grecques : Fuv^ ^vjpa çiXtpYé^.
9. Chambrières est, comme on le Toit dans la notice, le mot qu'emploient aussi Haudent et Corrozet.
3. Les Parques. — M. Taine(p. aaS et suirantes) fait, à l'occasion de ce passage et d'autres semblables, d'ingénieuses remarques sur le goût de la Fontaine pour la mythologie ; sur sa dérotion aux Dieux, dont « il parle. . . . sans cesse et souTcnt sans besoin, comme Homère ; s sur la manière, habile à la fois et naïve, dont il a su accommoder son a tout petit Olympe » au genre de la fable.
4. SrouiÛêr^ absolument, trarailler d'une façon irrégulière, feire de la mauTaise besogne, des ouvrages où les fiU se brouillent.
5. Déesse de la mer, femme d'Oceanus. Il ' ne faut pas la confondre avec ThétUj la mère d'Achille,' divinité marine également, mais d'un rang inférieur. Les poètes anciens nous représentent firé-
3i% FABLES. [r. n
Tourets * entroient en jeu, fiiseanx étoient tirés ;
Deçà, delà, vou8*en aurez "^ :
Point de cesse, point de relâche.
Dès que TÂurore, dis-je, en son char remontoit, i« Un misérable Coq à point nommé chantoit ; Aussitôt notre Vieille, encor plus misérable, S'affubloit d'un jupon crasseux et détestable *, AUomoit une lampe, et couroit droit au Ut Où, de tout leur pouvoir, de tout leur appétit, i s
Dormoient les deux pauvres Servantes.
L'une entr'ouvroit un œil, Tautre étendoit un bras ;
Et toutes deux, très-malcontentes.
Disoient entre leurs dents : « Maudit Coq, tu mourras*. »
qnemment Phâ>u8 (le soleil) sortant de l'Océan le matin, et s*j replongeant le soir : Toyez Vlliade^ lirre VH, rers 4ia. Gliez C>ride (Miiamorpkotes^ lirre II, rers 1 55- 157), c^est Téthys elle-même qoi le matin lui ourre la barrière. — L*ancienne langue, comme dit M. Littrë dans son Dictionnaire, k la fin de l'article Qbim^ employait ce mot dans le meilleur style pour signifier les cheveux de l'homme ou de la femme.
6. Tourei^ qui, dans dirers mëtiers^ signifie une sorte de petite roue, et, en termes de cordier, une espèce de bobine (voyez le Dtetiomîûire de Trévoux)y s*emploie quelquefois, dit rAcadëmie dans set deux dernières étions (le mot manque dans les précédentes), pour dire un rouet à filer.
7. a Deçà, delà, » de tous côtés, en tous sens. Nous retrou rerons cette locution au rers 14 de la fable ix du livre V, où elle est expliquée par Taddition de partout, — a Vous en aurez, a on yous en donnera, à savoir de Touvrage ; dans cette Êimilière apostrophe il y a encore une de ces vives ellipses qui abondent chez la Fontaine et dont nous avons déjà relevé plusieurs exemples.
8. Au sujet de ce vers on peut renuurquer encore une fois, avec M. Taine (p. ^99), conmie notre fabuliste applique intrépldamtnt anx a objets vulgaires » les a expressions vulgaires. »
9. Dans Corrozet la menace est rendue de même en discours direct:
Voyantz doncques ce fiucheux tour £t ce très ennuyeux resueil
F. Ti], LIVRB V. 383
Ck>mme elles Tavoient dit, la béte fut grippée ^^ : 3 o
Le réveille-matin** eut la gorge coupée. Ce meurtre n'amenda nullement leur marché*' : Notre couple, au contraire, à peine étoit couché, Que la Vieille, craignant de laisser passer Theure, Couroit comme un lutin par toute sa demeure. a S
C*est ainsi que le plus souvent, Quand on pense sortir d'une mauvaise affaire,
On s'enfonce encor plus avant :
Témoin ce couple et son salaire.
La Vieille, au lieu du Coq, les fit tomber par là 3o
Qai les excitoit àa sommeil,
Dont le Coq ohantoit la yraye heure,
Dirent ensemble : c II fanlt qu'il meure. »
Lors selon lenr condosion
Du Coq feirent ocdsion;
Mais leur malice en yain labeure.
— M. Taine (p. %^6 et 347)9 comparant le joli morceau qui s'étend du TCTS 10 au yers 19, à la froule peinture d'Ésope, iroit dans celleci, non pas un tableau, mais le sujet d*un tableau, et ajoute : c La Fontaine Ta fait {ce tableau) arec des couleurs aussi vraies, aussi familières, aussi franches, que Van Ostade et Téniers. > Puis il dit encore très-justement en note : c Le poète remplace ici les couleurs du peintre par des mots passionnés qui font plaindre Us pauvres SernaUes, Il montre Tàme au lieu du corps; c'est la différence de la poésie et de la peinture. >
10. Saisie (avec la griffe, ou comme avec la griffe, dit M. Littré). t Quand la Fontaine vous dit que le Coq fut grippé^ involontairement tous écartez les doigts et vous en faites des crochets comme pour saisir. » Cest encore une remarque de M. Taine (p. 997) ; le spirituel critique a donné, on le voit, une attention toute particulière à cette fable.
11. Dans le second vers du Uoretum, poème attribué, fort anciennement déjil, à Virgile, le coq est nommé, par une autre figure, c Toiseau sentinelle, s excubitor aies. Voyez le Lexique,
la. N'améliora nullement leur condition. Marché dans le sens général d'affaire, de rapports avec autrui, de la position que nous font ces rapports.
384 FABLES. >. ti
De Gharjbde eu Scylla ^'.
i3. Lft Fontaine parait aroir emprunté Tapplication qa^il fût ici de ce proTcrbe à Corrozet. On Ut an bas de la gravare qui accompagne la fable de celni-ci {de la yieUle et de ses Ckamèrieres) : c Qui veûlt fnyr et euiter le gouffre de Caribdia, qaand il vient près de fat, tonnent il tnmbe au gouffre de Silla, auquel plna grand danger et péril souffre. » — Walckenaer met ici en note :
f Incidii in Scjrlktm eupiens v'iiare Ckarjrhdim.
C Ce vert, si sonvent cité comme étant d*un ancien, est de Gautbicr de Chàtillon, poëte du douzième siècle. » — c Cest, dit M. Edouard Foumier {T Esprit des autres^ 4« édition, p. 34), le 3oi* du lirre V de tJlexandréide, » Nous arons eu occasion de parler de ce poêne dans la notice de la fahU xii du liTre IV, ci-dessus, p. 3i9. -- L*adage, dont la source première est le vers i35 du lirre XII de VOdyssée^ est cité en grec dans les Proverbes de Michael Apostolios (centurie xyi, n» 49) : Tvjv X^u6Siv ètçu-fàiv, Tf! Sx6XXi) r^tixsOTv. On peut Toir dans le commentaire de M. de Lentsdi {PmvsmiùgtÊf phi grmcif Gcettingue, iSSi, tome II, p. 673 et 673) diTers pa«ages d'auteurs grecs et latins oii sont prises au figuré soit Charjbde cl Scylla, oomme dans notre &ble, soit Qiarybde et les Syrtes.
vji] LIVRE V. 385
FABLE VIL
LB SATYRE BT LE PASBÂNT.
Ésope, fab. ii6» 'AvSpconoc xa\ Sécupo^ (Goraj^p. 68, p. 319). — ÀTianus, ùh, 19, Saijrrtu et Fiator. — Faëme, fab. 58, Satjmu et Homo, — Haadent, !'• partie, fiib. 11, tPun Satire et dun Homme, — Le Noble, hh, 80, du Pitaud et du Bouquin^ La langue doubU,
Mjrthologia msopica Neveleti, p. 189, p. 476.
Cet apologue est raconté dans les Proverbes d'Érasme, sons la mbrique Ineonstantim ^ Perfidi», Fersutim (édition de GenèYe, 1606» ool. 894)) et dans tÉtjrmolope ou Explication ties proverbes françois^ par Fleury de Bellingen (la Haye, i656, p. 171 et 171, lirre II, chapitre xit) ; rafTabnlation, qui forme, dans ce dernier ouvrage, le titre da diapitre, est : c II ne se faut point fier à ceux qui soufflent le froid et le cbaud. » — Voltaire, comme nous TaTons déjà tu faire plus d'une IbtSy semble reprocher à la Fontaine l'invention même de la fable, quoique le cadre et les personnages en montrent bien l'antique origine. Sana considérer que ce vieux conte roule tout entier' sur ce jeu de mots par antithèse : c Souffler le froid et le chaud, • et que la présence même du Satjre, avec sa rude et primitive ignorance*, du Sauvage, comme dit la Fontaine (vers i3), nous avertit de ne point passer la fable au crible d'une rigoureuse et pédante vérité, il la juge d'après les lois de la physique et de l'humaine expérience : 0 Un Satyre qui reçoit chez lui un passant, dit-il dans le Dictionnaire philosophique (tome XXIX des OEuvres, p. 3o[) , ne doit point le renvoyer sur ce qu'il souffle d'abord dans ses doigts parce qu'il a trop frt>id, et qu'ensuite, en prenant PécueUe aux dents ^ il souffle sur son potage qui est trop chaud. L'Homme avait très-grande raison, et le Satyre était un sot. > — Chamfort prend la chose au sérieux comme Voltaire, par le côté exact et logique : c Cette fable, dit-il, est visi-
I. r^(K o^8avQ>v 2ar6pci>v xa\ ^pjxovocfY^v, dit Hésiode (fragment 94, édition Gcettling, p. ii5), c la race des Satyres, sans valeur, sans aptitude aucune, i — Benserade {quatrain ocxx) remplace le Satyre par un Villageois.
J, DE lA FowsAan, i s 5
366 FABLES. [f. vu
blement une des plus mauyaiset de la Fontaine. On a déjà remarqué que le Passant fait une chose très-sensée en se serrant de son hakine pour réchauffer ses doigts, et en sonfflant sur sa soupe afin de h refroidir; que la duplicité d'an homme qui dit tantôt une chose et tantôt une autre, n*a rien de commun a^ec cette conduite, et qa'kiiiii il £dlait trouYcr un antre emblème^ une antre allégorie pour exprimer ce que la doplioité a de tU et d'odieux. >
Au fond d'un antre sauvage * Un Satyre et ses enfieints Alloient manger leur potage, Et prendre Técuelle aux dents'.
On les eût vus sur la mousse, 5
Lui, sa femme, et maint petit ^ :
Ils n'avoient tapis ni housse *,
1. Arianus est le seul, avec la Fontaine, qui place ainii k Saljre dans un antre (vert 5 et 6) :
Hune nemorum eustoi fertur mUeratus in mmtro Exceptum Saiyrus contimsuse tuo.
Sa (able et celle de le Noble sont les seules où le nuunrais leaps, comme dans notre strophe 3, force le Passant de cherdier un tt* fuge. Dans les autres fables, ce n*est pas une renoootre fbitnîte; elles mettent en scène un Homme et un Satyre qui soDt liés d'amitié.
3. f On ne prend point l'écuelle aux dents, i dit sévèrement Voltaire à l'endroit cité. Mais cette locution signifie simplement, coome Texplique M. Littré, c se mettre à manger. • On peot ajouter, je crois, à son explication : c en portant l'écuelle à sa bouche. > Dui la fable de le Noble, les choses se passent d'une manière moins pnmîtive : il n'a garde d'oublier c napet, serviette, plats, cniOife à pot. »
4. Dans l'apologue de le Noble, la femme du Satyre (c Dame Boaquine, Caprine ») figure également, et joue même un grand rôle. — Quant aux petits^ ils nous rappellent les satyres enfiints, TÎgooreDt rondelets, qui sont représentés dans diverses oeuvres d'art antiqws : voyez le Manuel <U P Archéologie de tort de C. O. MûUer, 3« psrtie, I, B, hy % 385.
5. Ni tapis couvrant le sol, ni housse couvrant les meoMes, e*cità-dire ni sièges couverU de housses.
Googk
F. m] LIVRE V. 387
Mais tous fort bon appétit.
Pour se sauver de la pluie.
Entre un Passant morfondu. 10
Au brouet on le convie :
Il n'étoit pas attendu.
Son hôte n'eut pas la peine
De le semondre* deux fois.
D'abord avec son haleine c 5
n se réchauffe les doigts.
Puis sur le mets'' qu'on lui donne.
Délicat, il sou£Ete aussi*.
Le Satyre s'en étonne :
« Notre hôte, à quoi bon ceci? ao
— L'un refroidit mon potage ; L'autre réchauffe ma main*.
— Vous pouvez, dit le Sauvage, Reprendre votre chemin.