Epftre A M, le duc de Bouillon^ vers 106-iis
3. Les mêmes lettres en indiquent un autre dans[l*ëté de i658. Celui-ci est d*an temps que nous connaissons mieux, du temps du patronage de Foucquet.
Lvi NOTICE BIOGRAPHIQUE
plus secouraUe des ondes. Ce sont d'antres sonrenirs qui ont fait dire à la Fontaine dans le conte des Rémois :
n n*e8t cité que je préfère à Reims.
Son goût si Yif pour cette ville, il le devait aux charmes de Tamitiëy à ses joyeux entretiens, et, qui ne le penserait ? aux a charmants objets, » c'est-à-dire aux gentilles Rémoises. La société des deux amis était sans doute égayée par plus d'un bon compagnon. Parmi eux il faudrait compter le peintre Hélart, qui serait, suivant M. Louis Paris ^, le héros de ce conte des Rémois. On se hasarderait beaucoup, et peutrètre plus qu'on ne l'a fait pour la date de la fable du Meunier, son Fils et l'jine, si l'on plaçait à ce temps la composition du conte. Le souvenir de la très-négrillarde anecdote pourrait remonter jusque-là et les vers avoir été écrits plus tard. Nul doute d'ailleurs que, dès lors, la Fontaine et Maucroix prissent plaisir à une sorte de concours, plus gai que sérieux, de leurs muses fraternelles. M. Louis Paris a trouvé dans les manuscrits de Favart une petite chanson, très-libre et de mince valeur, faite par notre poète pour son ami, et qui serait de cette époque ^. Mais on ne s'imaginera pas que la Fontaine ne fût pas déjà occupé de travaux poétiques plus dignes de sa prochaine célébrité. Dans YJ^^riissement de son poème d'Adonis^ écrit à une date dont nous ne sommes pas éloignés, il dit : <c Quand j'en conçus le dessein,... je m'étob, toute ma vie, exercé en ce genre de poésie que nous nommons héroïque. » Par ces mots « toute ma vie,» il fait remonter très-haut, et l'on doit s'en rapporter à lui, ses études sérieuses de poète. Ce qu'il entend par le « genre héroïque » (celui qu'admet Téglogue quand elle élève la voix) nous est expliqué dans V Adonis même, et par ces vers du début :
Je n*ai jamais chanté qae Tombrage des bois. Flore, Écho, les Zéphyrs, et leurs molles haleines. Le vert tapis des prés et Fargent des fontaines.
Bien des essais tentés par lui dans ce sens sont donc à suppo-
1. Maucroix y Œuvres diverses y tome I, p. cxi-cxir. 1. Ibidem^ p. Qxn. ^ Voyex ci-dessus, p. xrn, note i, deux vers que nous avons cités de cette chanson.
SUR LA FONTAINE. lvii
ser. Rappelons que, dès l'année i654 *» ii avait publie la comédie de tEuRuque; et, sans doute, c'est en pensant à cette imitation, quel qu'en ait été le succès, d'un des plus purs modèles de l'antiquité, que Boileau nommait l'auteur de Jo^ coude « un homme forme, comme je vois bien qu'il l'est, au goât de Térence ; » il ajoutait même : « et de Virgile*. » Yoilà pourquoi nous ne devons pas croire qu'au milieu des dissipations de Reims, la Fontaine fût aussi paresseux qu'il se plaisait à le dire, ou qu'il n'exerçât son talent que dans des bagatelles. Il est vrai que, dans les fragments du Songe de Vaux^ de la composition desquels nous approchons aussi, il dit, se souvenant du Semper ego €Uiditor tantum ? de Juvënal :
Hâas I... pour moi, je n*ai rien fait encor: Je ne sois c|u*écoatant parmi tant de merveilles. Me tera~t-il permis d^ joindre aussi mes reilles?
Il pouvait ne se compter que parmi les simples écoutants^ puisque, à un âge où d'ordinaire les poètes ont conquis la renommée, il n'avait guère eu que quelques confidents de ses veilles. Mais tenons pour certain que ceux-ci connaissaient déjà bien des essais de son génie encore hésitant; et il est vraisemblable que plusieurs de ses tentatives étaient dirigées, comme \ Adonis^ du côté de la poésie l)rique et de la poésie héroïque, qui alors, dit-il dans \ Avertissement du Songe de Vaux^ étaient en vogue.
Plutôt entrevue et comme devinée jusqu'ici que bien connue (si l'on excepte la publication de V Eunuque)^ l'histoire des premiers écrits de la Fontaine va sortir de ce demi-jour, du moment où la protection de Foucquet aura conunencé à la mettre en pleine lumière. Le libéral surintendant n'avait qu'à choisir entre tous les écrivains en renom. Pour que la Fontaine soit devenu son pensionné, à titre de bel esprit, il faut donc que de bons garants aient pu dès lors répondre du talent qu'ils lui avaient reconnu. Une de ces cautions, son premier introducteur même dans la faveur de l'opulent Mécène, dut être Jannart. Nicolas Foucquet, en même temps que surinten-