L*acheT^ d*imprimer est du is mars i67i
SUR LA FONTAINE. lix
il dit, dans son Avertissement ^ l'avoir entreprise « il y a enviroo douze ans. J'y consumai près de trois années. Il est depuis arriré des choses qui m'ont empêché de continuer. » Trois anoées avant la chute de Foucquet, ce serait bien en i658. Quelques-uns des fragments de ce Songe de Faux sont dans b manière da poème d^ Adonis, La poésie lyrique et l'héroïque, la Fontaine le dit lui-même, y devaient régner ; non partout cependant : il y aurait eu variété de ton. Des vers sur la métempsycose ont déjà le caractère qui sera celui du style de la Fontaine, devenu maître de son génie; et Mathieu Marais a en raison de nommer l'aventure du Saumon et de TEsturgeon « une préparation aux fables que nous avons vues...» depuis. » On y pourrait relever des traits comme celui-ci ;
Si les gens nouf mangeoient, nous mangions les petits, Ainsi que l'on fût en France.
A la même année appartient incontestablement la Ballade sur le siège soutenu par les Augustins le a3 août i658. Brossette, dans sa Remarque sur le vers 48 du premier chant du Lutrin^ ^ où il donne de curieux détails sur l'histoire de ce siège, cite le commencement et la fin de la Ballade, que Boîleau avait assez goûtée pour en garder quelques vers dans la Dfeémoire, et qui, depuis seulement, a été retrouvée tout entière. Dans cette querelle du Couvent et du Parlement, la Fontaine était trop ami du procureur général et de son substitut, pour être favorable aux moines : il ne leur épargne pas, dans ses vers, une raillerie mordante. Mathieu Marais' avait entendu conter qu*il avait été rencontré sur le Pont-Neuf, quand il courait voir la bagarre, et qu'il répondit à ceux qui lui demandaient où il allait : « Je vais voir tuer des Augustins. » Il y aurait dans ce mot, dont l'authenticité n'est pas certaine, plus de dureté que de naïveté piquante. En tout cas, la Ballade vaut mieux.
La Fontaine, en 1659, n'était pas seulement bien reçu à Taux; il en était devenu le poète attitré. Ne nous armons
I. OEmn-es de M. BoUeau^ Despréau» (Genève, 17 16), tome I, p.36i.
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Lx NOTICE BIOGRAPHIQUE
pas contre lui, avec une rigueur injuste, des vers où BcMleau a stigmatisé
. . , cet amas d^ouTrages mercenaires,
Stances, odes, sonnets, ëpîtres liminaires,
Où toujours le héros passe pour sans pareil^.
Il y a vraiment assez de ces hyperboles dans le tribut poétique dont la Fontaine avait, à cette époque, très-volontiers accepté la charge ; mais tels étaient encore les us et coutumes du Parnasse. Un traité fut passé entre la Fontaine et son protecteur. Pellisson, premier commis de Foucquet, et avec qin le poète s'était lié d'amitié, en fut comme le garant. Familier luimême avec les Muses, il avait qualité pour leur donner acquit de leurs hommages. Nous avons Tépître que la Fontaine lui adressa pour le prendre à témoin de ses engagements. U n'y parle d'autre payement que de celui qu'il fera lui-même en monnaie du Dieu des vers. Quant aux conditions du marché^ du côté de Foucquet, deux lignes de prose, qui précèdent répître à Pellisson, les colorent avec délicatesse : « M*** (Foucquet^) ayant dit que je lui devois donner pension pour le soin qu'il prenoit de faire valoir mes vers, j'envoyai, quelque temps après, cette lettre à M*** (Pellisson), » U a volontairement laissé dans l'expression assez de vague pour qu'il fût possible d'entendre que faire valoir ses vers, ce n'était pas leur procurer un bon placement, les bien renter, mais, par son suffrage, les recommander à la renommée ; et il semblerait, à Fentendre, que le protégé, non le protecteur, payât une pen- ■ sion. Il promettait de servir exactement sa rente annuelle, en quatre termes égaux, style de bail : pour la Saint-Jean madrigaux, en octobre petits vers, en janvier une ballade, à Pâques quelque sonnet dévot. Les articles sont rédigés, dans l'épître à Pellisson, avec toute la gentillesse de maître Clément, dont on