I. Mme du Plessis Bellière
s. M. Paul Lacroix (OEuvres inédites de Jean de la Fonttùne^ p. 9S-106) attribue à la Fontaine une autre élégie : Sur la prison de Foucquet^ qui a étë imprimée dans les Œuvres diverses de PeU- Uêson, La nourelle attribution lui paraît justifiée par le fait que Varin a mis Tune et Tautre élégie sous le nom de la Fontaine dans la table du Recueil des manuscrits de la famille Amauld, parmi lesquels se trouve la copie des deux pièces. Une autre raison très-forte, à ses yeux, de rendre à la Fontaine les vers que Ton a crus de Pellisson, c^est qu^iis seraient supérieurs à ceux de Félégie Au* Nymphes de T^aus. Si Ton doit se servir de cette pierre de touche, une indication contraire sortirait pour nous de Tépreuve. Le style de celle des deux pièces qui est certainement de notre po^te porte, à notre sentiment et en nous défendant de toute prévention, la marque d'un bien autre génie. L^autre, dans son ampleur un peu délayée, n^est pas sans un certain mérite. Pellisson, qui maniait bien la langue poétique, était fort capable de
SUR LA FONTAINE. lxxiii
muB OB peu plus lard, à la Fontaine nne ode jeu Boi^ qui esl loin de la valoir, mais dont quelques vers cependant ne manquent pas de souffle lyrique. Composée en i663, elle est un témoignage de la constance du poète dans son dëvouement à Finfortime. Foucquet, en recevant cette ode dans sa prison, y fit des apostilles, par lesquelles il réclamait quelques changements. Il y avait, selon lui, des passages trop poétiques pour plaire au Roi ; mais ce qu'il voulait surtout, c'était plus de fierté. Il croyait qu'il n'eût pas fallu demander <c si humblement, r> il disait même : a si bassement, » que sa vie fût épargnée. La Fontaine, dans une lettre où nous trouvons ces détails, lui répondit que la poésie de son ode était moins pour le Roi que pour le Parnasse, très-attentif au sort du prisonnier; et, quant à la grâce sollicitée, qu'il avait parlé en son nom, et ne mettrait jamais dans la bouche du surintendant que des paroles dignes de sa grandeur d'âme. Il promettait cependant quelques corrections; nous ignorons s'il les fit, il ne s'en trouve pas de traces.
A l'histoire des malheurs de Foucquet se rattache le voyage quen i663. Tannée même de l'ode, la Fontaine fit, avec son 'ade Jannart, dans le Limousin, et dont nous avons la relation dans les lettres à sa femme. Ce voyage doit être expli- «jué. Remarquons d'abord quelques vers de l'épitre Au duc fie Bottil&my écrite par la Fontaine en i66a, à propos de Taffaire d'usurpation de noblesse dont nous avons parlé*, et de cette condamnation à une forte amende, où il peut être permis de soupçonner une intention de punir trop d'attachement à PoQcquet. La Fontaine énumère là tous ses chagrins :
L'ennui me vient de mille endroits divers : Dn Parlement, des Aides, de la Chambre,
s^élever jusque-là. Mais nous cherchons en vain dans l'élégie dont la paternité donne lieu à contestation, un vers, nn seul vers qui soit miment beau; et Ton en citerait tant de Tautre élégie I L'auteur des vers sur la prison de Foucquet annonce, dans un passage, Tambition d'écrire un jour les merveilles de Thistoire du Roi, qn'tl égalera « à celle des Césars, n Or, la Fontaine n'a jamais dû rêver on semblable dessein ; mais Peilisson, après la campagne de 1667, fut pensionné comme historiographe de Louis XIY. I. Voyez ci-dessus, p. vi.
Lxxiv NOTICE BIOGRAPHIQUE
Da Ueu fiuBeitxpar le sept de •eptemlve*» De la Bastille, et puis du fiTmosin*.
La Bastille était alors la prison de Pellisson; et quant an limousin^ voici de quoi il s'agissait : le surintendant, dans un passage de ses Mémoires et Remarques^ ^ à la suite de quelques détails sur son arrestation, en 1 66 1, ajoute : « et incontinent ma femme reçut un commandement de partir et de s'en aller à Limoges. » A son tour, Jannart y alla au mois d'août i663;non, comme on pourrait le croire d'abord, pour y voir Mme Foucquet et concerter avec elle la défense de son mari, mab, dit Walckenaer*, exilé aussi par une lettre de cachet, que Colbert avait obtenue. Voici, en effet, un passage de la première des lettres de la Fontaine à sa femme (i5 août i663) qui montre bien que Jannart ne voyageait pas volontairement : ce Nous partîmes.... de Paris le a 3 du courant, après que M. Jannart eut reçu les condoléances de quantité de personnes de condition et de ses amis.... Quand il eût été question de transférer le quai des Orfèvres, la cour du Palais et le Palais même, à Limoges, la chose ne se seroit pas autrement passée. Enfin ce n'étoit chez nous que processions de gens abattus.. •• Avec tout cela, je ne pleurai point, ce qui me fait croire que j'acquerrai une grande réputation de constance dans cette affaire. La fantaisie de voyager m'étoit entrée, quelque temps auparavant, dans l'esprit, comme si j'eusse eu des pressentiments de l'ordre du Roi. » On ne saurait mettre plus de bonne grâce dans le dévouement et moins chercher à le faire valoir. De Paris, il n'avait songé jusqu'alors qu'au voyage de Saint- Cloud, ou de Charonne*, et voilà qu'il s'agit de se faire le fidèle compagnon d'un disgracié, de le suivre dans une province éloignée. Cest avec un gai courage, et même avec son ordinaire malice» qu'il parait ne raconter qu'une partie de
I. De Nantes, où Foucquet fut arrêté. La Fontaine n*a-t-îl pas Toulu écrire « le cinq de septembre » ? a. Vers 38-4i.
3. Dans la Conelusion des défenses de M, Fouquet (i vol. in-is, i668),p. 361.