‹ Œuvres de J. de La FontaineChapitre 54 sur 379 · X.XXYIII NOTICE BIOGRAPHIQUE · texte numérisé non relu

X.XXYIII NOTICE BIOGRAPHIQUE

Turenne, avait reçu (i65i) les duchës de Ghâteaa-ThieiTj et d'Albret en échange de sa principauté de Sedan. De nouvelles provisions de Tacte d'échange avaient été données à son fils Godefroy-Maurioe, en 1661, l'année même ou il épousa nmt des niè<^s de Mazarin, Marie-Anne Mancini, la jeune duchesse dont nous parlons. Cette signora Anna avait aux hommages de la Fontaine d'autres titres encore que ceux de sa seigneurie de Champagne. Nous avons dit qu'elle aimait les vers; ^ puis, notons ces deux points auxquels notre poète n'était p(Mnt indifférent, -elle était jolie et sans pruderie. On sait que le temps ne se fit pas beaucoup attendre où elle n'en eut vraiment pas assez. Il y avait plaisir à lui faire sa cour. Dans une lettre mêlée de vers, que lui écrivit la Fontaine en 1671^, le poète vantait familièrement sa vivacité aimable, son « pied Umk et mignon, » sa <c brune et longue tresse, 30 qui hû paraissait «c un charme. » La dédicace à la même duchesse des Amouits dt Psyché (1669) est d'un autre style tout à fait respectueux, le seul assurément qui là ne îùx pas déplacé. On pourrait cepeiH dant aussi avoir à tenir compte de la différence des deux dates et croire que le poète ne fut pas tout d'abord au degré de faveur qui, plus tard, en 1671, autorisait ce langage de la galanterie :

La mère des Amours et la reine des Grâces, C'est Bouillon, et Vénos lui cède ses emplois*.

I. Elle Alt publiée à la Haye en 1694. Ces vers de la lettre : Peat-KNi ft'eiBeyOT «m det Heaz Honorét par let pat, éclairés par les yenz D^ane aimable et tîto princesse...,

ont été répétés par la Fontaine dans la fable des Deux Pîgeoru :

. , . . . . les Ueux

Homorét par let pat, édairét par let yem

De PaimaUe et jeooe bergère

Pour qui, sont le filt de Cythère,

Je terris engagé par mes premiers aermentt.

Là, 81 on lit tout le passage, la Fontaine, dans un langage ému, parle (chose rare chez lui) d'un sérieux amour. Mais, de l'emprunt qu*ii s*est lait à lui-même, il ne faudrait pas conclure que la bergère, si tendrement aimée, ait été la duchesse de Bouillon. Aucun fait connu ne justifierait cette supposition.

a. Lettre à BIme la duchesse de Bouillon, juin 1671.

Googk

SUR LA FONTAINE. lxxh

Vofli toot œ que Ton peat recueillir de certain sur les pre- ■icrci rdatkms de la Fontaine avec le château voisin de son kgîs. n fiant s'y tenir, et se garder des fables dont le retour éo voyage de limoges a été l'occasion. Frëron, par exemple, qoe MoDtenaiilt a eu soin de copier, parle ainsi ^ : « La fameuse dudiesae de Bouillon..., ayant été exilëe à Château-Thierry, voohit ocmnottre la Fcmtaine.... Gomme elle avoit l'esprit badin et enjoué, elle l'engagea à composer des poésies dans le genre qui la flattoit le plus. Telle fut, dit-on, l'origine des Comtes. Rappelée à Paris, elle y amena la Fontaine, qui trouva dans cette ville un de ses parents...^ fiavori de M. Foucqwt. » Ce sont des anachronismes ridicules. Quand Fréron n'eât pas placé avant la présentation du poète à Foucquet nnstoire qu'il a imaginée, que signifie cet exil de la duchesse de Bouillon ? La première fois qu'il fallut prendre une mesure de sévérité contre elle, ce fut en 1675, lorsqu'on l'enferma dana un ooovent à Montreuil. Cinq ans plus tard, au temps de Faffidre des poisons, elle fut exilée à Nérac, puis, en 1686, à l'abbaye de Saint-Martîn-de-Pontoise ; elle ne le fut jamais dans son duché. De ces erreurs, si faciles à reconnaître, il est resté dans beaucoup d'esprits l'assertion sur lorigine des Comtes. Elle soutient mal l'examen. Pour mettre an plus tard la composition des contes de la Fontaine, ils furent écrits peu après soD retour de Limoges, lorsque la duchesse de Bouillon n'était pas encore âgée de quinze ans. Au mois d'avril i66a, date de son mariage, elle n'avait guère que douze ans et demi. Saint-Simon la fait nattre en 1646* ; mais un témoignage de grande autorité' nous apprend qu'elle fut baptisée à Rome le i3 septembre 1649. Loret est d'accord : il annonce dans sa lettre en vers du 29 janvier 16S6 que Blarie-Anne Mancini vient d'arriver dltaUe à la cour de finance,

N^ayant.... atteint que Tâge De tix ans, et pas darantage.

Ce serait une femme encore si jeune au retour du voyage de la Fontaine, qui lui aurait alors demandé ses premiers contes !

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