La scène ix
SUR LA FONTAINE. cxlt
père Philippe. A-t-il mis plus directement la main à cet acte en proee ? à le lire, c'est peu vraisemblable.
Oa n'a da Feau perdu^ représente le a a août 1689» que l'analyse qm en a ëtë faite dans V Histoire du Théâtre français. Là il est dît que le public l'attribuait à la Fontaine, quoique inscrit sur les registres sous le nom de Ghampmesié. Ce sont encore deox contes de notre poète mis en action : le Villageois qm cherche son veauy et ia SennuUe justifiée^ mais non pas la Gageure des trois commères^ comme le veulent en oatre les firères Parlaict.
La comédie : Je pous prends sans 9ert^ malgré son insertion dans les Pièces de théâtre de M, de la Fontaine^ imprimées en 170a, et dans les (ouvres diverses de 1729, a très-probablement été écrite par Champmeslé sans aucun secours de la Fontaine. Nous ne voyons pas ce qui a pu faire penser que notre poète y ait eu quelque part, si ce n'est que le dénouement en est tiré du conte du Contrat, La raison serait fort mauvaise; car ce conte, attribué à la Fontaine par de très-médiocres connaisseurs, est de Saint-Gilles. Un des personnages de la petite comédie raconte ^ une fable que l'on pourrait intituler : la Tourterelle veupe du HOfou et ie Moineau, U semble que si la Fontaine a écrit là quelques vers, ce doive être ceux de la fable, et que rien ne se peut rencontrer dans la pièce où il dût être plus aisé de le reconnaître. Or rien de plus pauvre, de plus insi(nde que cet apologue. Je vous prends sans vert fut joué pour la première fois le i*' mai 1693. Cest après la conversion de la Fontaine, et, par conséquent, trop tard pour admettre qu'il n'eût pas encore renoncé au trè»-peu digne ménage littéraire qu'Û avait eu la fiaûblesse de faire quelque tempe avec le sieur de Champmeslé.
An résumé, dans ces comÀiies, à quelques-unes desquelles on est trop assuré qu'U n'est pas resté tout à fait étranger, il n'y aura jamais moyen de bien savoir ou l'on peut à sa plome complaisante atûnbuer quelques traits, où U a laissé aller seule cdle de son collaborateur; il y a seulement certitude en Civenr de celui-ci, lorsqu'on rencontre des inepties. Ce prétendu théâtre comique de la Fontaine manque donc même de
!• Dans la scène xi*
Là PovTAin. I I
exLTi NOTICE BIOGRAPHIQUE
Fintërtt qa'fl pourrait offrir^ si, dairemeat et francliMBeiit, 3 nous mettait à même de mesurer une erreur de ton talent; et le seul qui lui reste est un intérêt biographique. Il témoigne des UaisoQS dans lesquelles il se compromettait.
On a peut-être fait atteoticm que la première en date de ces piices était dans sa nouveauté tout juste au moment où la Fontaine fut reçu à F Académie. Il était heureux qu'elle fllt donnée sous le nom seul de Champmeslé. Se présenter, escorté de Mf^ gêiin^ dans l'illustre Compagnie, n'eét pas été d'un bon effet pour notre poète, quand on l'invitait à laisser ses Coma à la porte, malgré le charme et le goût si fia de leur style.
La F<»rtaine, à cela près qu'il était à surveiller dans ses écarts, fut toujours très-aimé delà plupartde ceux qui Tavaieot fait siéger au milieu d'eux. Lui-même se plaisait beaucoup dans leurs assemblées. H trouvait même, et il l'a dit, qu'on s'y anmsait*, bien que l'on y dormît quelquefois :
Nous.... dormons comme d'autrety
Aux oaTrtget d^autmî, quelquefois même aux nôtres*.
Cela n'était pas pour lui être désagréable. PaviUon, cntjron^ mantf suivant son expression, une de ces assemblées, disait :
La Fonuine n*y peut parler, Ddort»
U se réveillait pourtant, quand il le fidlait. Nous le trouvons même, lui d'ordinaire très-paisible, mêlé à deux querelles de rAcadémie, où il fit bien son devoir. Dans l'une d'elles, fl kd édmt de recevoir tout particulièrement les coups. Ce îat dans celle de Furetière.
Elle éclata très-peu de temps après la réception de la Fontaine. L'abbé Furetîère, par son Dictionnaire^ qui était un attentat contre le privilège de sa compagnie, dE>tenu le a8 juin 1674, se mit en guerre avec elle. Après avoir en vain n^|ocîé avec le confrère révolté, l'Académie décida son exclusion dans
X. Lettre à Maucroix, du 10 féTrier 169$. a. Lettre à M. de Bonrepaux, 3f août 1687. 3. Lêttnà M. takhé Ftireiièr€,dMnê\f OEmnu d'ÉtUmêê Pmmilm^ Amsterdam, X7S0, in-is, i** partie, p. 144.
SUR LA FONTAINE. exLrn
hséuiee da ai janvier i6S3. La Fantaine y ëtait préseat II étmi ain da coupable ; mais il sentit très-bien que l'amitië ne de- ▼aitpas prévaloir contre le droit, pins ou moins £lcheux, mais certain, de son corps ; et ileat la fermeté de voter pour TexcliH sion. Cest toutefois de faiblesse, si l'on en croyait Brossette', que Faurak accusé Boileau, pour n'avoir pas tenu compte d'une andeime liaison; et c'est à Toccasioa de cet acte de bon académkîen, et en pensant à l'esprit de société qu'on s'accordait à refuser an poète, qu'il aurait dit :
Que les rers ne soient pas Totre étemel emploi ; Coltirez tos amis, soyez de bonne foi.
Cest peu d*être agréable et charmant dans un lirre, n ftHittavoir encore et converser et vivre*.
a On dit pourtant, pour la justification de la Fontaine, ajoute le commentateur dans la même note, qu'il avoit bien résolu d'être favorable à Furetière, mais que, par distraction, il lui avoit donné une boule noire. » Refusons, avec Matiiieu Marais', d'ajouter foi à ce double conte de la désapprobation de Boileau et de l'erreur sur la couleur de la boule. Furetière ne se serait pas livr^ à tant de fureurs contre notire poète, s'il n'avait cru qu à une maladresse de sa rêverie. Nul doute qu'il n'ait su très-volontaire la boule noire. Nous avons eu déjà plusieurs occasions de citer des passages de ses odieux factums. Il aurait pu (tre intéressant comme victime d'un ridicule monopoFe ; ses grossières injures n'ont plus laissé voir en lui qu'un Zolle. La FooCaine se contenta de répondre à Tune des moindres accusations de l'atrabilaire par une épigramme et à un malhonnête sonnet, écrit par lui sur bouts-rimés, par un semblable jeu d'esprit, qui n'était pas plus charitable. Furetière, dans ce duel de satires, trouva des seconds. On cite une épigramme contre la Fontaine ou il est comparé à Judas, comme
on semblable traître,
Qui vend son bon ami pour gagner trois jetons*.
I. Dans sa note sur le vers xsi du ohant nr de VJrt poétifuê^ CÊmns de M, BûUeau-Dêsprétms,... (Genève, 17 16), tome I, p. 34^. 9« jÉre peéiifuê^ vert ISI-X14.