‹ Œuvres de J. Delille (volume 2)Chapitre 6 sur 17 · DU LIVRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

DU LIVRE DEUXIÈME

{') Et, loi de qui la main vint m'ouvrir la barrière.

J'ai rapproché dans le texte et dans ma traduction ces deux invocations , que d'iiabiles commentateurs ont cru avoir été mal-à-propos séparées.

(^) Les uns, sans implorer des soins infructueux.

Il y a dans le texte , nuUis liominum cogentibus, ipsœ sponte sua veillant. Quelques commentateurs ont faussement accusé Virgile en cet endroit d'une erreur de physique. Virgile veut dii'e qu'il y a des arbres qui viennent , non pas sans semence* mais seulement sans avoir été semés de mains d'homme. Il est ridicule d'imaginer que Virgile et les Romains, qui vivoient si habituellement à la campagne, et qui observoient si bien la nature, aient méconnu les siliques du genêt, les chatons du saule, du peuplier, de l'osier, lesquels sont d'autant plus apparents, que les fleurs paroissent avant les feuilles , et ornent la nudité de l'arbre , avant qu'il ait recouvré sa verdure.

(^) D'autres furent semés

Il y a dans le texte, posito de semine. Le mot posito éclaircit ce que j'ai dit plus haut; il signifie une semence déposée, non par le hasard, mais par l'homme.

(^) Ainsi le cerisier aime à voir sous son ombre S'élever ses enfants

Le cerisier étoit un arbre nouveau parmi les Romains du

temps de Vir{;ile. Pline nous apprend que Lucullus ie transporta du Pont en Italie, après la défoite de Mithridate.

(^) Tels , sans les soins de l'art , d'elle-même autrefois La nature enfanta les vergers et les bois.

VirjTfile a marqué les trois manières naturelles dont les arbres peuvent naître, ou d'une semence que le hasard a fait germer, ou d'une semence déposée par l'homme, ou enfin de rejetons: maintenant il va parler des manières artificielles de multiplier les arbres.

(^) Un aride olivier, surpassant ces prodiges.

Des éclats d'un vieux tronc pousse déjeunes tiges.

Lacerda assure qu'il a été témoin de cette reproduction merveilleuse en Espagne, où il écrivoit son commentaire sur Virgile. On a remarqué près d'OUioule, qui est à une lieue de Toulon , et sur la route de Toulon à Hières , que la plupart des oliviers sont des rejetons des anciennes tiges qui moururent dans l'hiver de 170g.

(") Couvrons de pampre Ismare, et Taburne d'olives.

L'Ismare est une montagne de la Thrace, et le Taburne ^ine montagne de la Campanie. La première étoit fertile en excellents vins; la seconde en oliviers. On la nomme aujourd'hui Taburo.

(^) L'arbre né de lui-même ,

Virgile, après avoir décrit les manières naturelles et artificielles dont se multiplient les arbres, revient maintenant à ceux qui naissent naturellement , et nous apprend comment l'art peut les rendre fertiles.

(9) ilais chacun d'eux exige un art qu'il faut connoître.

Virgile , après avoir dit comment il faut perfectionner les arbres nés naturellement, revient aux movens artifi-

ciels , et nous apprend lequel de ces moyens convient plus particulièrement à chaque espèce d'arbres : ainsi les uns veulent être provignés , d'autres transplantés , d'autres greffes.

('") De tronçons enfouis l'olivier veut renaître.

Columelle a dit de même, Afellus tnmcis quam planus olivetiini constituitur. J'ai rendu truncis par tronçons, parcequ'en latin truncus ne signifie pas seulement le corps, mais encore les différentes parties d'un arbre; et Columelle l'emploie dans ce sens. Truncus dans ce vers est opposé à propagine.

(") D'un rameau sort un myrte agréable à Vénus.

Il y a dans le texte soliclo de robore, qui veut dire, je crois, une forte branche. Au reste, tout ce morceau est différemment interprété par les différents commentateurs. Quelques agriculteurs assurent, contre le sentiment de Virgile, que le chêne, le sapin, le palmier, ne peuvent venir que de semence. Cependant il ne faut pas accuser trop légèrement Virgile d'erreur; il vaut mieux croire que la différence de climat et de culture a fait regarder mal-à-propos comme impossible, ce qui étoit praticable chez les Romains.

('^) L'arbre de Jupiter, celui du fils d'Alcmène

Le premier de ces arbres est le chêne, et le second le peuplier. Virgile a dit dans une de ses églogues :

Populus Alcida; gratissima.

('^) D'autres seront greffés

Ce morceau a été très critiqué pour la partie agronomique. On prétend qu'on ne peut greffer un arbre que sur un arbre de la même espèce ; qu'un frêne ne peut pas porter de poires, ni un orme de glands. Plusieurs expériences récentes prouvent le contraire , et justifient Virgile. La

seule difficulté qui s'oppose à cette alliance d'arbres de différentes espèces , c'est que la sève est plus hâtive dans les uns, et plus tardive dans les autres. Si donc on peut accélérer ou retarder la sève dans les sujets selon le besoin , leur union deviendra possible : or c'est ce qu'on a pratiqué souvent avec succès.

('^) Sur les planes stériles

Le platane est ainsi appelé de rXy-Jz , lar(je , à cause de la largeur de ses feuilles. Les anciens avoient pour cet arbre une espèce de vénération, jusqu'à larroser de vin.

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