T. V. ENÉIDE. UI. I
Dai danidae lacrimas ; ante omnes pulcher lulus ;
Atque animuin patriae strinxit pietatis imago.
Turn sic effatur:
'( Spondeo digna tuis ingentibus omnia cœptis.
Namqiie erit ista mihi genetrix, nomenqiie Creusae
Solum defuerit; nee partum gratia talem
Parva manet; easus factum quicumque sequentur,
Per caput hoc juro, per quod pater ante solebat;
Quae tibi polliceor reduci, rebusque secundis,
Haec eadem matrique tua? générique manebunt. «
Sic ait inlacrimans : humero simul exuit ensem Auratum , mira quern fecerat arte Lycaon Gnosius, atque habilem vagina aptarat eburna, Dat Niso Mnestheus pellem horrentisque leonis Exuvias : galeam fid us permutât Aletes. Protenus armati incedunt ; quos omnis euntis Primorum manus ad portas juvenumquc senumque Prosequitur votis : nee non et pulcher lulus, Ante annos aniraumque gerens curamque virilem , Multa patri portandadabat mandata; sed aurae Omnia discerpunt, et nubibus inrita donant.
Egrcssi superant fossas, noctisque per umbram Castra inimica petunt, multis tamen ante futuri
Il dit, elles Troyens laissent couler leurs larmes; Mais Ascagne sur-tout, partageant ses alarmes, N'entend pas sans pleurer ces touchants entretiens; Et les regrets d'un fils renouvellent les siens : « Eh hien, dès ce moment je Tadopte pour mère; Oui, je deviens son fils, et tu deviens mon frère : Eh ! qui peut trop chérir la mère d'un tel fils ! Tout ce que les Troyens par ma voix t'ont promis, Tout ce que je réserve à ton retour prospère. J'en jure par mes jours, par qui juroit mon père, Ne dépend plus du sort : quel que soit le succès, Ta mère, tous les tiens sont siirs de mes bienfaits. »
11 dit, et de ses pleurs baigne son beau visage, Lui donne son épée, ingénieux ouvrage Dont le fourreau d'ivoire et l'acier brillant d'or. De l'art de Lycaon s'embellissent encor. D'un lion dépouillé de sa large fourrure Mnesthée offre à Nisus la sauvage parure ; Et, pour son jeune front, Alête en l'embrassant Détache avec plaisir son casque éblouissant. A travers les regrets, et les vœux, et les larmes, Ils partent, i*e vêtus de leurs brillantes armes. Femmes, enfants, vieillards, capitaines, soldats, Aux portes de la ville accompagnent leurs pas. D'Ascagne cependant la précoce prudence, Devançant les leçons, 1 âge et l'expérience, A son père envoyoit mille avis importants : Vain espoir! ses discours sont le jouet des vents.
Ils sortent; des fossés ils passent la barrière, Dans l'ombre de la nuit poursuivent leur carrière;
228 iENEIDOS LIB. IX. v.3,g.
Exitio. Passim somno vinoque per herbani Corpora fusa vident; adrectos litore currus, Inter lora rotasque viros , simul arma , jacere, Vina simul. Prior Hyrtacides sic ore locutus : i< Euryale, audendum dextra : nunc ipsa vocat res. Hac iter est : tu , ne qua manus se adtoUere nobis A tergo possit, custodi, et consule longe. Haec ego vasta dabo, et lato te limite ducam. »
Sic memorat , \ ocemque prenait : simul ense superbum Rhamnetem adgreditur, qui forte tapetibus altis Exstructus toto proflabat pectore somnum ; Rex idem , et régi Turno gratissimus augur : Sed non augurio potuit depellere pestem. Tris juxta famulos temere inter tela jacentis, Armigerumque Rémi premit, aurigamque subipsis Nactus equis, ierroque secat pendentia colla.
Vers le camp qui sommeille ils dirigent leurs pas : Mais combien d^ennemis iiiunolés par leurs bras Vont marquer leur passage et leurs traces san^jlantes 1 Parmi les traits, les cbars, et les rênes pendantes, Les vases renversés et les vins répandus , Les soldats au basard sommcilloieut étendus. « Cber ami ! dit Nisus, voici 1 beure propice, Faisons sur notre route un sanjjlant sacrifice ; Voici notre chemin. De ce camp endormi Prends garde que soudain un perfide ennemi Ne fonde sur nos pas; et, prudent sentinelle, De loin autour de nous jette un regard fidèle; Moi, dans des flots de sang je te fraie un cbeniin. >
A ces mots, il s'élance, et, le glaive à la main, Perce le fier Rbamnès. Sur la pourpre opulente Des carreaux que pressoit sa mollesse indolente, Le fier Rbamnès, bercé par des songes trompeurs, Du sommeil à grand bruit exbaloit les vapeurs : Le bandeau du pontife et celui du monarque De son double pouvoir offroient la double marque. Turnus le consultoit; mais son savoir divin Lut tout dans l'avenir, excepté son destin. PcU-mi les chars oisifs et les rênes traînantes, Trois des siens sommeilloient sur ces plaines sanglantes Tous trois sont immolés. Deux guerriers de Rémus, Dont les yeux assoupis ne se rouvriront plus, Dès long-temps partageoient ses exploits, ses alarmes; L'un guidoit ses coursiers, l'autre portoit ses armes; Le premier, qui dormoit penché sur ses chevaux, Du carnage en mourant va grossir les monceaux.
230 ^NEIDOS LIB. IX. v.3j.
Turn caput ipsi aufert domino, truncumque reliriquit Sanguine singultantem : atro tepefacta cruore Terra torique madent. Nee non LamyrumqueLamumque. Et juvenem Serranuni, ilia qui plurima nocte Luserat, insignis facie, niultoque jacebat Membra deo victus : felix, si protenus ilium /Equasset nocti ludum, in lucemque tulisset! Inpastus ceu plena leo per ovilia turbans, Suadet enim vesana fames, manditque trahitque Molle pecus, mutumque metu ; frémit ore cruento.
Nee minor Euryali caedes : incensus et ipse Perfurit, ac multam in medio sine nomine plebem , Fadumque,Herbesumquesubit,Rhœtumque,Abarimque, Ignaros; Rhœtum vigilantem et cuncta videntem, Scd magnum metuens se post cratera tegebat : Pectore in adverso totum cui comminus enseni Condidit adsurgenti, et multa morte reccpit Purpureum : vomit ille animan» , ct cum sanguine mixta '
De leur maître bientôt, sa siiperljc conquête, Sur leurs corps mutilés iSisus abat la tête; Et son sang, qui s'échappe en longs élancements, Rougit rherbe et son lit de ses ruisseaux fumants. Sur Lamus et Lamyre il assouvit sa rage. L'aijnable Serranus, dans la fleur de sou âge, S'endorinoit, sans s'attendre à ce fatal réveil; Il venoit de quitter le jeu pour le sommeil : Hélas ! il va dormir d'une nuit étemelle. Trop heureux s'il eût pu jusqu'à l'aube nouvelle, Prolonger dans la nuit et sa veille et le jeu ! Avec moins de fureur, terrible et l'œil en feu, Au seia d'une nombreuse et vaste bergerie , Un lion, dont la faim excite la furie, Des muettes brebis et des tremblants agneaux Saisit, déchire, emporte, engloutit les lambeaux; Et, frémissant de rage et la gueule écumante. Répand au loin le sang, la mort et l'épouvante.
Avec non moins d'ardeur son jeune compagnon Immole à sa fureur mille guerriers sans nom. Herbésus , Abaris roulent dans la poussière ; Pour la dernière fois Fadus voit la lumière. Rhétus le suit de près, sans voir venir la mort : Tout ce peuple endormi se veille au sombre bord. Rhétus, plus malheureux, veilloit, voyoit l'épée Dans le sang du Rutule à tout moment trempée ; Derrière lui large vase en silence tapi, A chaque mouvement il frissonne pour lui ; Il se lèvent veut fuir l'atteinte meurtrière, Mais l'épée en son corps se plonge tout entière :
252 iENElDOS LIB. IX. v 35o
Vina refert nioriens : hie furto fervidus instat. Jamque ad Messapi socios tendebat, ubi ignem Deficere extremuni, et religatos rite videbat Garpere granien equos; breviter quum talia Nisus, Sensit enini niniia caede atque cupidine ferii, « Absistamiis , ait; nam lux inimica propinquat. Pœnarum exhaustum satis est; via facta per hostes. >'
Multa virum solido argento peifecta relinquunt Arniaque, craterasque siniul, pulchrosque tapetas. Euryalus pbaleras Rbaninetis et aurea bullis Cingula (^) ; Tiburti Remulo ditissimus olini Quae mittit dona, hospitio quum jungeret absens, Gaedicus ; ille suo moriens dat habere nepoti : Post mortem bello RutuU pugnaque potiti.
Haec rapit, atque humeris ncquidquam fortibus aptat. Turn galeam Messapi habilem cristisquc decoiam Induit. Excedunt castris, et tuta capessunt.
ÉNÉrDE, LIV. IX. 235
La mort entre avec elle, et le saufj et le vin En lon^js ruisseaux pourprés s'échappent de son sein. Euryale poursuit, enivré de carnage :
Jusqu'au camp de Messape entraîné par sa rage, Il s'avance , il regarde , il voit de tous cotés Languir des feux mourants les dernières clartés; Il voit ses fiers coursiers paissant les molles herbes, Et liés à son char baisser leurs fronts superbes. Il s'élançoit sur lui, quand Nisus moins ardent Arrête par ces mots son courage imprudent : « C'en est assez : bientôt vient l'aurore ennemie ; Laissons pour d'autres temps cette foule endormie; Marchons, et traversons ces rangs ensanglantés. » Ils marchent: For, l'argent, épars de tous côtés, Les riches boucliers et les armes brillantes , Leur présentent en vain leurs pompes séduisantes. Euryale lui seul saisit avidement Des coursiers de Rhamnès le superbe ornement. Son riche baudrier qu'un art savant décore. Que des globes dorés embellissent encore. Auprès de Rémulus, Cédicus autrefois.
De l'hospitalité sollicitant les droits, Envoya de sa foi ce brillant témoignage ; Le prince son neveu le reçut en partage ; Celui-ci, par sa mort, de ce précieux don Au Rutule vainqueur fit le triste abandon : Euryale le voit, le saisit, et s'en pare. Avec la même ardeur sa jeune main s'empare Du casque de Messape, où d'un panache altier L'ondoyante parure ombrageoit son cimier.
234 iENEIDOS LIB. IX. v a^;;
Interea praemissi équités ex urbe Latina , Cetera duni legio canipis instructa nioratur, Ibant, et Turno regis responsa ferebant, Tercentuni, scutati onines, Volscente niagistro. Janique propinquabant castris, niurosque subibaiit, Quum procul bos laevo flectentis Umite cernunt ; Et galea Euryaluni subhistri noctis in umbra Prodidit inmenioreni , radiisque adversa refulsit. Haud temere est visum, conclamat ab agmine Volscens: « State, viri; quae causa vise? quive estis in armis? Quove tenetis iter? » Nibil illi tendere contra; Sed celerare fugam in silvas, et fidere nocti.
Objiciunt équités sese ad divortia nota
Hinc atque bine, omnemque abitum custode çoronant.
Silva fuit late dumis atque ilice nigra ' •
Horrida , quam densi complerant undique sentes ;
Rara per occultes ducebat semita callis.
Euryalum tenebrae ramorum onerosaque prseda
Inpediunt , flillitque timor regione viarum.
Nisus abit: jamque inprudens cvaserat bostis,
Ad lucos qui post, Albae de nomine, dicti
Albani; turn rex stabula aUa Latinus.habcbal.
Ils sortent. Cependant un escadron d'élite, La fleur d'un corps nombreux qu'elle laisse à sa suite, En ordre s'avançoit des miu^s de Latinus, Et portoit un message au superbe Turnus ; Volscens le conduisoit. Déjà d'un pas agile Ils approcboient du camp et découvroient la ville, Quand son regard, perçant au fond de la foret, A vu de loin, fuyant par un sentier secret. Avec son cher Nisus le charmant Euryale. Vain espoir! Un rayon de l'aube matinale Vient tomber sur son casque, et de ce jour douteux Le perfide reflet les a trahis tous deux. « Je ne me trompois pas ; arrétcz-vous, s'écrie L'inflexible Volscens. Quelle est votre patrie? De quel lieu venez-vous? oii portez-vous vos pas? Quels sont vos noms, vos chefs? parlez, jeunes soldats. » Ils ne répondent rien ; et se glissant dans l'ombre De la nuit protectrice et de la forêt sombre, Ils implorent du lieu la double obsciuité. Mais aux détours connus, placés de tout coté. De nombreux cavaliers ferment chaque passage. Dans la noire épaisseur de ce profond ombrage, A travers les taillis, les rameaux buissonneux, Coupés de loin en loin de sentiers épineux, Euryale poursuit sa route embarrassée.
De son pesant butin sa force harassée Cède à ce riche poids ', et la nuit et la peur Ont égaré ses pas dans un sentier trompeur. Nisus vole, et s'échappe enhn sur la colline Qui de Rome au berceau ^^t la noble origine,
236 ^NEIDOS LIB. IX. v.38y.
Ut stetit, et frustra absentem respexit aniicuni:
« Euryale , infelix qua te regione reliqui ?
Quave sequar? » Rursus perplexuni iter omne revolvens
Fallacis silvae, siniul et vestigia retro
Observata legit , duniisque silentibus errât.
Audit equos, audit strepitus et signa sequentum.
Nec longuni in medio tenipus, quum clamor ad aures
Pervenit, ac videt Euryalum, quem jam manus omnis,
Fraude loci et noctis, subito turbante tumultu,
Oppressum rapit et conantem plurinia frustra .
Quid faciat? qua vi juvenem, quibus audeat armis Eripere? an sese medios moriturus in enses Inférât, et pulcbram properet per volnera mortem? Ocius adducto torquens hastile lacerto , Suspiciens altam Lunam, sic voce precatur: "Tu , dea, tu praesens nostro subcurre labori , Astrorum decus, et nemorum Latonia custos ! Si qua tuis umquam pro me patcr Hyrtacus aiis Dona tulit ; si qua ipse meis venatibus auxi,
Riche domaine alors du monarque ennemi.
Il s'arrête, il se tourne, il cherche son ami ;
11 ne le trouve plus : « O mon cher Euryale !
Où t'ai-je donc laissé? Par quelle erreur fatale
As-tu quitté mes pas? Comment t'ai-je perdu?
Oui faut-il te chercher?... » Tremblant, pâle, éperdu,
Il part, s'enfonce encor sous ces épaisses voûtes.
De la foret muette interrojje les routes;
Et, suivant avec soin la trace de ses pas,
Appelle son ami qui ne lui répond pas :
Par-tout la solitude et son morne silence.
Tout-à-coup il entend Tescadron qui s'avance ,
Il entend des chevaux les pas précipités.
Et des cris menaçants jusqu'à lui sont portés.
Il regarde, ô douleur! il voit son Euryale
Traîné par des soldats ; l'obscurité fatale
Et l'excès de son trouble et l'erreur des chemins.
Malgré de longs efforts l'ont laissé danë leurs mains.
Malheureux! que tenter? que résoudre? que faire?
Ira-t-il, provoquant une mort volontaire.
De ces cruels soldats affronter le courroux.
Leur arracher leur proie , ou tomber sous leurs coups?
Soudain d'un javelot ai^mant sa main guerrière ,
Il invoque des nuits la brillante courrière :
« Toi qui pares les cieux, toi qu'adorent les bois.
Si de leurs habitants mon père mille fois
Vint offrir à tes pieds les dépouilles sanglantes;
Si moi-même souvent, de mes mains triomphantes.
Au faîte de ton temple, à tes sacrés autels.
J'ajoutai mes tributs aux tributs paternels,
258 iENEIDOS LIB. IX. v. 408.
Suspendive tholo , aut sacra ad fastigia fixi :
Hiinc sine me turbare globum , et rege tela per auras. »
Dixerat; et toto connixus corpore ferrum Gonjicit: hasta volans noctis diverberat umbras, Et venit aversi in tergum Sulmonis, ibique Frangitur, ac fisso transit praecordia iigno. Volvitur ille \ omens calidum de pectore flumen Frigidus, et longis singultibus ilia pulsat. Diversi circumspiciunt. Hoc acrior idem Ecce aliud summa telum librabat ab aure: Dum trepidant, iit hasta Tago per tempus utrumque, Stridens, trajectoque liaesit tepefacta cerebro. Saevit atrox Volscens, nee teli conspicit usquam Auctorem, nee quo se ardens inmittere possit. « Tu tamen interea calido mihi sanguine pœnas Persolves amborum, » inquit. Simul ense recluso Ibat in Euryalum. Tum yero exterritus, aniens, Gonclamat Nisus ; nee se celare tenebris Amplius, aut tantum potuit perferre dolorem : « Me, me; adsum qui feci; in me convertite ferrum, O Rutuli ; mea fraus omnis : nihil iste nee ausus. Nee potuit ; cœlum hoc et conscia sidera testor : Tantum infelicem nimium dilexit amicum. » Talia dicta dabat; sed viribus ensis adactus Transabiit castas, et Candida pectora rumpit. Volvitur Euryalus leto, pulchrosque per artus
ÉNKIDE, LIV. IX. 259
Diane ! entends ma voix! que ma jnain raffermie Dissipe sous ses coups cette foule ennemie; Viens de mon javelot j^iiider le vol heureux! » • Il dit : de tout Teffort de son bras vigoureux Le trait part, fend les airs, siffle dans Tombre obscure, Rencontre, atteint Sulmon d'une large blessure : Sur le trait qui se brise il tombe, et de son flanc La vie en longs sanglots s'échappe avec son sang. On regarde par-tout, on s'étonne, on se trouble: D'audace et de vigueur l'adroit Nisus redouble; Et, du haut de son front, par sa main balancé Un trait non moins fatal à Tagus est lancé : De l'une à l'autre tempe, en traversant la tête, Dans le cerveau fumant le trait mortel s'arrête. Furieux, incertain d'où sont partis ces coups, Volscens ne sait sur qui doit tomber son courroux : « Eh bien, de ces deux morts tu porteras la peine. » Soudain s'abandonnant au courroux qui l'entraîne, n fond sur Eurvale. Ji cet aspect affreux, Egaré, hors de lui, son ami malheureux Ne peut plus supporter sa pénible contrainte; Il se montre, il s'écrie, enhardi par la crainte : « Moi, c'est moi 1 sur moi seul il faut porter vos coups; Cet enfant n'a rien fait, n'a rien pu contre vous; Arrêtez ! me voici , voici votre victime ; Epargnez l'innocence et punissez le crime. Hélas! il aima trop un ami malheureux; Voilà tout son forfait; j'en atteste les dieux. » Durant ce vain discours, par la lance mortelle Déjà frappé de mort Euryale chancelle;
240 ^NEIDOS LIB. IX. v. 434.
It cruor, inque hunieros cervix collapsa recumbit(7). Purpureas veluti quuiii flos, succisus aratro, Languescit nioriens ; lassove papavera collo Deniiscre caput, pluvia quuin forte gravantur. At Nisus ruit in niedios, solunique per oninis Volscenteni petit, in solo Volscente nioratur. Queni circum glonierati hostes Iiinc conmiinus atque liinc Proturbant : instat non secius, ac rotat enseni Fuhnineuni ; donee Rutuli clamantis in ore Condidit advcrso, et nioriens animani abstulit hosti. Tuni super exanimum sese projecit aniicum Confossus, placidaque ibi denium morte quievit.
Fortunati anibo! si quid mea carmina possunt. Nulla dies uniqfeani meniori vos eximet aevo, Dum donius iEneae Gapitoli inmobile saxum Adcolet, imperiumque pater Romanus babebit.
Victores praeda Piutuli spoliisque potiti, Volscenteni exanimum fientes in castra ferebant. Nee minor in castris luctus, Rliamnete reperto
Il tombe : un sang vermeil rougit ce corps charmant;
Il succombe, et son cou, penché languissamment,
Laisse sur son beau sein tomber sa jeune teto :
Tel languit un pavot coutbé par la tempête;
Tel meurt, avant le temps sur la terre couché,
Un lis que la charrue en passant a touché.
Nisus court, Nisus vole, aussi prompt que l'orage;
C'est Yolscens que choisit, que demande sa rage.
On Tentoure, on s'oppose à ses transports fougueux :
Inutiles efforts; le glaive furieux
Tourne rapidement dans sa main foudroyante :
Yolscens pousse im grand cri; dans sa bouche béante
Le fer étincelant plonge, et finit son sort.
Ainsi rheureux Nisus donne et trouve la mort :
Percé presque à l'instant de la lance fatale,
il se jette mourant sur son cher Euryale:
De son dernier regard cherche encor son ami;
Meurt, et d'un long sonnneil s'endort auprès de lui.
Couple heureux! si mes vers vivent dans la mémoire, Tant qu'à son roc divin enchaînant la victoire L'inmiortel Capitole asservira les rois.
Tant que le sang d'Enée y prescrira des lois , A ce touchant récit on trouvera des charmes. Et le monde attendri vous donnera des larmes.
Le Rutule vainqueur, de dépouilles chargé, Rapporte son butin et son chef égorgé.
Et baigne de ses pleurs un guerrier qu'il honore. Mais le deuil dans le camp est plus affreux encore :
T. V. ENÉIDE, m. i6
242 iENEIDOS LIB. IX. v 453
Exsangui, et primis una tot caede perenitis, Seiranoque, Numaque; ingens concursus ad ipsa Corpora, seniinecesque viros, tepidaque recentem Gœde locum, et pleno spumantes sanguine rivos. Adgnoscunt spolia inter se, galeamque nitentem Messapi, et multo phaleras sudore receptas.
Et jam prima novo spargebat lumine terras Titlioni croceum linquens Aurora cubile ; Jam sole infuso, jam rebus luce retectis, Turnus in arma viros, armis circumdatus ipse, Suscitât, seratasque acies : in prselia cogit Quisque suos , variisque acuunt ruraoribus iras. Quin ipsa adrectis, visu miserabile! in hastis Prrefigunt capita, et multo clamore sequuntur, Euryali et Nisi.
iEneadœ duri murorum in parte sinistra»
Opposuere aciem, nam dextera cingitur amni, Ingentisque tenent fossas, et turribus altis Stant mcesti : simul ora virum praefixa movebant, Nota nimis miseris, atroque fluentia tabo. Intcrca pavidam volitans pennata per urbem
Rhamnès et Serranus, leurs membres palpitants, Les lits de leur massacre encor tout dégouttants. Ces longs ruisseaux de sang, monument de carnage, D'une nuit désastreuse épouvantable image; Enfin tant de héros à-la-fois moissonnés , Attachent tristement leurs regards consternés. Ailleurs on s'applaudit, on revoit avec joie Le butin reconquis sur les héros de Troie; Ce casque, les harnois qu'arracha Fennemi A Rhamnès expfrant, à Messape endormi.
Mais déjà, se jouant dans les airs qu'elle dore, Des bras du vieux Tithon sortoit la jeune Aurore, Et, dans Tair répandant ses premières lueurs, Eendoit à l'univers la vie et les couleurs. Turnus l'a devancée : en son ardeur extreme 11 arme ses soldats, il s'est armé lui-même ; Chacun a pris son rang: de sa noble valeur Chacun à ses guerriers a transmis la chaleur. Au bout d'un fer sanglant à leurs yeux on étale Les fronts décolorés de Nisus, d'Euryale: Déplorable trophée, effroyable débris.
Que leur barbare joie insulte par des cris.
Les Troyens toutefois, ranimant leur vaillance. Sur la gauche du camp redoublent leur défense; Le fleuve ceint la droite : aux postes menacés Une foule nombreuse investit les fossés ; D'autres, du haut des tours, sil^fés piques sanglantes Contemplent à regret ces tctes dégouttantes, Que voudroient vainement méconnoître leurs veux. Cependant la déesse aux regards curieux,
244 iENEIDOS LIB. IX. v 474
Nuntia Fama ruit, matrisque adlabitur auris
Euryali : at subitus miserae calor ossa reliquit;
Excussi manibiis radii, révolu taque pensa :
Evolat infelix , et feinineo ulula tii ,
Scissa comam, muros aniens atque agmina cursu
Prima petit: non ilia viruni, non ilia pericli,
Telorumque memor ; cœluni dehinc questibus implet ;
« Hunc ego te, Euryale, adspicio? tune, ilia senectae Sera meae requies , potuisti linquere solani, Crudelis? nee te, sub tanta pericula niissum, Adfari extreniuni miserae data copia niatri?
Heu ! terra ignota, canibus date praeda Latin is,
Alitibusque jaces! nee te, tua funera, mater
Produxi, pressive ocjilos, aut volnera lavi,
Veste tegens; tibi cpimm noctes festina diesque
LTrgebam, et tela curas solabar anilis !
Quo sequar? aut quae nunc artus, avolsaque membra ,
Et funus lacerum tellus habet? Hoc mihi de te,
A la bouche indiscrète, à la course légère,
D'Euivale immolé vient accabler la mère.
Soudain, sans mouvement, sans chaleur et sans voix,
Elle tombe : Taiguille échappe de ses doigts.
Et le lin déroulé fuit de sa main tremblante.
Tout-à-coup, ranimant sa force languissante.
Se meurtrissant le sein, arrachant ses cheveux,
Malheureuse, elle part avec des cris affreux;
Fend les rangs des soldats, vole au haut des murailles.
La pudeur, le danger, l'appareil des batailles.
Sa douleur brave tout; puis élevant la voix :
« Euryale ! Euryale ! est-ce toi que je vois,
Toi le dernier espoir de ma triste vieillesse?
Cruel! as-tu bien pu délaisser ma foiblesse,
Me laisser seule ici sur des bords étrangers?
Eh quoi ! quand tu partois pour de si grands dangers ,
Ta mère n'a donc pu t'exprimer ses alarmes,
Pour la dernière fois te baigner de ses larmes !
Hélas ! par les oiseaux, par les chiens dévoré.
Dans quelque affreux désert ton corps gît ignoré !
Ta malheureuse mère autour de ces murailles
N'a pu les yeux en pleurs suivre tes funérailles,
Ou laver ta blessure, ou te fermer les yeux !
En vain donc j'apprètois ces tissus précieux.
Qui, le jour et la nuit hâtés par ma tendresse,
Consoloient ma douleur et charmoient ma vieillesse !
Où courir? où chercher ton malheureux débris,
Et tes lambeaux sanglants, et tes restes flétris?
O mort ! ô désespoir! ô spectacle funeste !
O mon cher fils ! de toi voilà donc ce qui reste !
246 ^NEIDOS LIB. IX. v 493.
Nate , refers ? hoc sum terraque marique secuta ? Figite nie, si qua est pietas ; in nie omnia tela Gonjicite, o Rutuli; me primam absumite ferro. Aut tu, magne pater divum, miserere, tuoque Invisum hoc detrude caput sub Tartara telo, Quando ahter nequeo crudelem abrumpere vitam. »
Hoc fletu concussi animi(^), mœstusque per omnis It gemitus : torpent infractae ad praelia vires. Illam incendentem luctus Idaeus et Actor, IHonei monitu, et multum lacrimantis luli, Gonripiunt, interque manus sub tecta reponunt.
At tuba terribilem sonitum procul aere canoro Increpuit : sequitur clamor, cœlumque remugit. Adcelerant, acta pariter testudine, Yolsci, Et fossas implere parant, ac vellere vallum. Quaerunt pars aditum, et scabs adscendere muros , Qua rara est acies, interlucctque corona Non tarn spissa viris. Teiorum elFunderc contra Omne genus Teucri, ac duris detrudere contis, Adsueti longo muros defendere bello.
ENÉIDE, LIV. JX. 247
Voilà ce qui tlevoit me payer tant de maux,
Mes courses, mes dangers sur la terre et les eaux !
Rutules, c'est à vous de finir ma misère :
Assassins de mon fds, exterminez sa mère;
Frappez ! que ma douleur obtienne un prompt trépas !
.rinvoque tous vos traits, j'implore tous vos bras !
Ou toi, grand Jupiter! par pitié prends ta foudre;
Que ce corps malheureux tombe réduit en poudre !
Oui, tonne, anéantis mes misérables jours,
Puisque enfin ma douleur n'a pu finir leur cours. »
Tout s'émeut, tout gémit à ce triste langage; La pitié ralentit le plus ardent courage, Leurs bras restent sans force : Ascagne, tout en pleurs, Même en les partageant, redouble ses douleurs; Et, touché du destin du fils et de la mère, La fait porter mourante à son toit solitaire.
Mais la trompette sonne, et des cris menaçants Se mêlent dans les airs à ses rauques accents: Les Latins, vers les murs se frayant une route. Joignent leurs boucliers en une épaisse voûte; Déjà leurs main s'apprête à combler les fossés, De leur palis aigus vainement hérissés.
Aux lieux où, promettant des accès plus faciles. Des soldats moins serrés s'éclaircissoient les files, Ils tentent leur approche; et, l'échelle à la main, Hasardent dans les airs un périlleux chemin. liCs Troyens, à leur torn*, animent leur audace : L'un repousse et défend, l'autre attaque et menace. Instruits par un long siège à braver les assauts, Les Troyens ont pour eux leins antiques travaux :
248 iENEIDOS LIB. IX. >. 5„.
Saxa quoque infesto volvebant pondère, si qua
Possent tectam acieni pen umj3ere : quum tamen omnes
Ferre juvat subter densa testudine casus.
Nee jam sufficiunt; nam, qua globus inniinetingens,
Inmanem Teucri molem volvuntque ruuntque,
Quae stravit Rutulos late, armorumque resohit
Tegmina : nee curant caeco contendere Marte
Amplius audaces Rutuli , sed pellere vallo
Missilibus certant.
Parte alia borrendus visu quassabat Etruscam
Pinum, et fumiferos infert Mezentius ignes.
At Messapus, equuni domitor, Neptunia proles,
Rescindit vallum, et scalas in mœnia poscit.
Vos, o Calliope, precor, adspirate canenti; Quas ibi tunc ferro strages, quae funera Turnus Ediderit; quern quisque virum demiserit Oreo; Et mecum ingentis oras evolvite belli : Et nieministis enim, divae, et memorare potestis-
Tantôt de pieux ai{^us ils fonnent leur défense;
Tantôt, de leurs rochei's roulant la niasse immense
Sur répaisse tortue et ses mobiles toits,
De leurs larges éclats précipitent le poids.
Des boucliers unis l'airain impénétrable
Quelque temps en soutient le choc épouvantable;
Mais enfin ces secours sont rendus impuissants.
Aux lieux où les Latins deviennent plus pressants,
Avec peine roulé par les enfants de Troie ,
Un énorme rocher eu tombant les foudroie :
Enfonce, désunit leurs boucliers brisés,
Et tombe, en bondissant, sur leurs rangs écrasés.
Alors abandonnant ces abris infidèles.
Les Tvatins ont recours à des armes nouvelles;
Des orages de traits, de flèches et de dards,
Pour chasser les Troyens pleuvent sur leurs remparts.
Terrible par son air comme par sa vaillance ,
Le feu, le fer en main, marche l'affreux Mézence ;
Par le feu, par le fer il poursuit ses assauts ;
Tandis que ce guerrier, enfant du dieu des eaux,
Messape, des remparts méditant Tescalade,
Arrache, foule aux pieds leur vaine palissade.
Et, plantant son échelle, ardent, audacieux,
Ressemble à ces géants qui inenaçoient les cieux.
Vous, muses des héros, déesses de mémoire. Vous qui savez garder et raconter leur gloire, Venez; retracez-moi ces terribles assauts, Et de ces grands combats déployez les tableaux. Dites par quels exploits, par quel affreux carnage L'indomptable Turnus signala son courage.
250 iENEIDOS LIB. IX. v. s^o.
Turris erat vasto suspectu , et pontibus altis , Opportuna loco , sunimis qiiam viribus onmes Expugnare Itali, summaque evertere opuni vi , Gertabant: Troes contra defendere saxis, Perque cavas deiisi tela intoi qiiere fenestras.
Princeps ardenteni conjecit lampada Turnus, Et flanimani adfixit lateri, quae plurinia vento Gonripiiit tabulas , et postibus haesit adesis. Turbati trepidare intus, frustraque malorum Velle fugam(9j: dum se glomerant, retroque résidant In partem quae peste caret ; turn pondère turris Procubuit subito , et cœlum tonat onine fragore.
Seniineces ad terram, inmani mole secuta , Confixique suis telis , et pectora duro Translossi ligno, veniunt. Vix unus Helenor, Et Lycus elapsi ; quorum primaevus Helenor, Maeonio regi quern serva Licymnia furtim Sustulcrat, vetitisquc ad Trojam miserat ariui*
ENÉIDE, lAW fX. 251
Une tour^ élevée en étages nombreux, Joignoit à ses liants murs l'avantage des lieux; Contre elle des Latins la force est rassemblée, Pour elle des Troyens Tardeur est redoublée, Et, des profonds abris des remparts entr'ouverts , D'une grêle de traits ils noircissent les airs. De Turnus le premier la main impatiente Fait voler sur la tour une torcbe fumante : La flamme siffle, vole, et s'attache à ses flancs ; Le vent au loin la roule en tourbillons brûlants ; Sur ses ailes de feu sa fureur se déploie. Et d'étage eu étage elle poursuit sa proie. Aux rapides progrès du vaste embrasement Ses défenseurs troublés s'opposent vainement. Tandis que, loin des murs que laflannne dévore, Vers celui que les feux n'ont pas atteint encore Leurs flots tumultueux se pressent à-la-fois ; Sous cette charge immense ajoutée à son poids , La tour avec fracas éclate, croule et tombe. Tout reste enseveli sous cette vaste tombe : Les uns poussent des cris sous les toits embrasés; Sous ses débris fumants d'autres sont écrasés ; Percés de bois aigus, ou de leur propre lance. D'autres au pied dc> murs suivent sa chute immense. Dans sa masse croulante ensemble enveloppés , Hélénor et Lycus seuls se sont éc happés; Hélénor, qu'en secret l'esclave Licymnie Fit naître des amours du roi de INléonie; Lui-même , jeune esclave, armé malgré les lois, 11 courut des Troyens partager les exploits ;
252 ^NEIDOS LIB. IX. r. 548.
Ense levis nudo, pannaque inglorius alba. Isque ubi se Turni media inter millia vidit, Hinc acies atque hinc acies adstare Latinas ; Ut fera, quae, densa venantuni saepta corona, Contra tela furit, seseque baud nescia morti Injicit, et saltu supra venabula fertur : Haud aUter juvenis medios moriturus in hostis Inruit; et, qua tela videt densissima, tendit.
At pedibus longe melior Lycus, inter et bostis, Inter et arma, fuga muros tenet, altaque certat Prendere tecta manu, sociumque adtingere dextras.
Quem Turnus, pariter cursu teloque secutus, Increpat bis victor : «Nostrasne evadere, démens, Sperasti te posse manus? » Simul adripit ipsuni Pendcntem, et magna mûri cum parte revellit : Qualis, ubi aut leporcm , aut candei^ti corpore cycnum
N'ayant pour lui ni rang, ni titre, ni victoire, Ses armes n'ont encor nulle marque de gloire, Et son simple pavois, son glaive sans honneur, Sans illustrer son nom, ont armé sa valeur. Dans le camp ennemi son ardeur enfeimée S'étonne de se voir seule contre une armée. Par-tout des traits, par-tout une enceinte de fer. Pareil au léopard qui, menacé, mais fier, Quand de ses ennemis les toiles Temprisonnent, Au-dessus des chasseurs, des pieux qui l'environnent, D'un bond hardi s'élance; et, certain de son sort. Appelle le danger et provo({ue la mort : Tel frémit ce guerrier; tel il court, plein de rage. Oil les traits plus pressés irritent son courage.
Tandis qu'il a pour lai son intrépidité. Devançant les éclairs par sa rapidité.
Parmi les traits, les feux, et cette foule immense, Lycus, d'un pied léger, part, s'échappe et s'élance Au rempart protecteur dont il est descendu. Vers les bras des Troyens son bras est étendu ; Il cherche à les atteindre : inutile ressource ! Turnus, non moins léger, l'a suivi dans sa course; Et déjà l'approchant de sa terrible main : « Misérable ! à tes pieds tu te fiois en vain; Pcnsois-tu m'échapper par ta fuite prudente? » Il dit, saisit dans l'air sa tunique pendante.
Et des murs, qui déjà lui nioutroient leurs abris, ^^^
Entraîne avec sa proie lui innnense débris. Tel ce terrible oiseau qui porte le tonnerre Par ses ongles tranchants enlève de la terre
254 iENEIDOS LIB. IX. v. 564
Sustulit alta petens pedibus Jovis aimiger uncis; Qiiaesitum aut matri multis balatibus agnum Martins a stabulis rapuit lupus. UncUque clamor Tollitur : invadunt, et fossas aggere complent; Ardentes taedas alii ad fastigia jactant.
Ilioneus saxo atque ingeuti fragmine montis Lucetium , portae subeuntem , igiiisque ferentem ; Ematbiona Liger, Gorynaeum sternit Asylas,; Hie jaculo bonus, liic longe fallente sagitta; * Ortygium Gaeneus, victorem Gaenea Turnus, Turnus Itym , Gloniumque , Dioxippum , Promolumque , j Et Sagarini, et summis stantem pro turribus Idan ; Privernum Gapys : bunc primo levis hasta TemillaE) 8trinxerat: ille manujn projecto tcgmine deraens Ad volnus tulit ; ergo alis adlapsa sagitta , Et laevo adfixa est lateri manus, abditaque intus Spiramenta animae letali volnere runipit.
Le cygne au blanc plumage, ou le lièvre peureux : Tel du dieu des combats l'animal valeureux Ravit lui foible agneau qu'au vallon solitaire Par de longs bêlements redemande sa mère. On s'écrie, on s'élance, on comble les fossés; Au faîte des remparts des flambeaux sont lancés.
Du fier Lucétius l'audace pétulante Avançoit, secouant une torche brûlante; Ilionée attend et le laisse approcher; Sur lui fond tout-à-coup un énorme rocher. Asylas foule aux pieds Gorynéus qui tombe; Attaqué par Liger, Ématliion succombe :
De ce couple vainqueur l'un sait avec plus d'art Guider un trait ailé, l'autre lancer un dard. Ortygius périt par la main de Cénée ; De Cénée à son tour la vie est moissonnée, Turnus est son vaiiMjueur; Turnus immole Itys, Dioxippe, Clonus, Promolus, Sagaris; Idas du haut des tours descend au sombre abîme. Priverne est de Capys la sanglante victime : De Témille d'abord le bras mal assuré L'avoit percé d'un trait, ou plutôt effleuré; L'imprudent, pour porter sa main sur sa blessure, Jette son bouclier : une flèche plus sûre, Sur son aile légère élancée en sifflant, Frappe, et perce sa main attachée à son flanc; Et, pénétrant plus loin, d'un même coup déchire Les organes secrets par qui l'homme respire ; Il tombe, perd son sang, pousse encore un soupir, Et du dernier sommeil la mort vient l'assoupir.
256 iENEIDOS LIB. IX. t ^s.
Stabat in egregiis Arcentis filius arniis, Pictus acu chlamydeni, et ferrugine clarus Ibera, Insignis facie, genitor queni miserat Arcens, Eductum Matris luco , Syniaethia circum Flumina; pinguis ubi et placabilis ara Palici. Stridentem fundani, positis Mezentius bastis, Ipse ter adducta circuin caput egit babena; Et media adversi liquefacto tempora plumbo Diffidit, ac multa porrectuni extendit arena.
Turn prinium bello celerem intendisse sagittam Dicitur, ante feras solitus terrere fugaces, Ascanius, fortemque manu fudisse Numanum, Gui Piemulo cognomen erat; Turnique niinorem Germanam nuper tbalamo sociatus babebat.
Is primam ante aciem, digna atque indigna relatu('°) Vociferans , tumidusque novo praecordia regno Ibat, et ingentem sese claniore ferebat :
« Non pudet obsidione iterum valloque teneri, Bis capti Phryges, et Marti prœtenderc miîros? En, qui nostra sibi bello connubia poscunt! Quis dcus Italian!, qua; vos dementia adcgit?
ENÉIDE, LFV. IX. 2r)7
Un jeune fils d'Arccns, fier de sa riche armure, * Brillant par sa beauté, brillant par sa parure, Que Taiguille a brodée, où d'un sombre incarnat La poiuprc d'Ibérie étalé oncor Téclat, Naquit dans la foret au dieu jN^firs consacrée, Aux rives du Syméthe, oh-, saj^s cesse adorée , Diane incessamment sur ses riches autels Reçoit et les présents et les vœux des mortels; Il brilloit au milieu des défenseurs de Troie : Mézence à sa fureur destine cette proie, Et, désarmant son bras de sa lance d'airain, En cercle fait siffler la fronde dans sa main Le plomb mortel lattcint dans sa course brûlante; Il tombe, et rend son ame à Tarène sanglante. Jusqu'à ce jour Ascagne à là guerre des bois Avoit borné riionneur de ses jeunes exploits. D'un plus noble triomphe obscur apprentissage; Mais sa main aujourd'hui pour uji plus digne usage Tendit son arc fidèle, et le trait emporté Du fougueux Numanus terrasse la fierté.
AUié de Turnus, fier de cette alliance , Devant les premiers rangs sa 'superbe arrogance Exhaloit sa fureur, et par d'indignes cris Aux Troyens insultés prodiguoit les mépris : « Les voilà ces guerriers, ces héros de Pergame, Qui, le fer à la main , démandent une femme ! Pour la seconde fois prisonniers dans vos murs, Croyez-vous aujourd'hui ces asiles plus sûrs? Quel dessein, ou plutôt quelle aveugle folie, Malheureux ! vous a fait aborder l'Italie !
T. V. ÉNÉinr.. III. I-
258 iENEIDOS LIB. IX. v. r>a..
Non hit Atridae, nee fandi fictor Ulixes. Durum ab stirpe genus, natos ad flumina primura Deferimus , saevoque gelu duramus et undis : Venatu invigilant pueri, silvasque fatigant : Flectere Indus equos, et spicula tendere cornu.
At patiens operum parvoque adsueta juventus Aut rastris terram domat , aut quatit oppida belle. Omne œvuni ferro teritur; versaque juvencum Terga fatigamus hasta : nee tarda senectus Débilitât vires animi, niutatque vigorem. Ganitiem galea preraimus ; semperque recentis Gomportare juvat praedas, et vivere rapto.
Vobis picta croco et fulgenti murice vestis ; Desidiae cordi ; juvat indulgere choreis j Et tunica? manicas et habent redimicula niitrae. O vere Phrygiae, neque enim Pbryges, itc,per alta
Vous n'aurez pas affaire, en ces nouveaux combats,
A Torateur Ulysse, à ce beau Ménélas,
Mais aux durs rejetons d'une race aguerrie.
A peine nos enfants arrivent à la vie,
D'un peuple vigoureux ces mâles nourrissons
Sont trempés dans les eaux, plongés dans' les glaçons;
La nuit sur les frimas l'enfant attend sa proie,
La suit avec ardeur, la rapporte avec joie :
Déjà sa main tend l'arc, dompte un coursier fougueux;
La peine est son plaisir, la fatigue ses jeux.
La jeunesse à son tour, sobre, laborieuse.
Tantôt des fiers combats revient victorieuse.
Tantôt soumet la terre à ses contres tranchants :
Le fer guerrier nous suit dans les travaux des champs.
Et dans nos fortes mains des taureaux qu'elle presse
La lance belliqueuse excite la paresse.
Chez nous point de vieillards : et le sang et le cœur
Gardent jusqu'à la fin leur robuste vigueur;
Le casque couvre encor notre tête blanchie ;
D'un butin tout récent chaque jour enrichie.
Notre table dédaigne un facile repas ;
Plus doux par les dangers ^ payés par les combats,
Nos tnets sont une proie, et nos biens des conquêtes.
Pour vous, usant vos jours en d'éternelles fêtes,
Dans la pourpre nourris, de myrtes couronnés,
Vous couvrez mollement vos bras efféminés.
Allez, vils Phrygiens, ou plutôt Phrygiennes;
Allez, au double son de vos flûtes tro venues,
Des cymbales d'airain, d'im buis mélodieux,
Fêter dans ses bosquets votre Mère des dieux :