‹ Œuvres de J. Delille (volume 3)Chapitre 13 sur 36 · TINEIDOS LIB. IX. v · texte numérisé non relu

TINEIDOS LIB. IX. v

Dindyma, ubi adsuetis biforem dat tibia cantum. Tympana vos buxusque vocant Berecyntia Matris Idaeae : sinite arma viris, et cedite ferro. »

Talia jactcintein dictis, *ac dira canentem Non tulit Ascanius ; nervoque obversus equino Intendit telum, diversaque bracbia ducens Gonstitit, ante Jovem supplex per vota precatus : « Juppiter omnipotens, audacibus adnue cœptis: Ipse tibi ad tua templa feram solemnia dona , Et statuam ante aras aura La fronte juvencum Candentem, pariterque caput cum matre ferentem, Jam cornu petat et pedibus qui spargat arenam. «

Audiit et cœli genitor de parte serena Intonuit laevum : sonat una fatifel* arcus. Effugit horrendum stridens adducta sagitta , Perque caput Remuli venit, et cava tempora ferro Trajicit. « I, verbis virtutem iniude supcrbis. Bis capti Phryges haec Rutulis responsa remittunt. »

Pour son riant Dindyme ou son vert Bérécvnte De nos pénibles lamps quittez, quittez renceiiite; Et, par vos longs bonnets noués sous vos mentons, Remplacez cet airain, trop pesant pour vos fronts; Mais n'affectez jamais d'etre ce que nous sommes. Gardez les jeux pour vous; laissez la guerre aux hommes » .

Ces discours furieux, ces propos insultants, Ascagne ne sauroit les souffrir plus long-temps. Sur le crin d'un coursier qui courbe un arc docile. En arrière amenant la flèche au vol agile, Il roidit ses deux bras l'un de l'autre éloignés; Et, prêt à venger seul les Troyens indignés, « O Jupiter, dit-il, contre un brigand barbare Seconde mon audace ; et ma main te prépare L'hommage d'un taureau fier de ses jeunes ans, A la corne dorée, au front large, aux poils blancs. Qui déjà vigoureux, levant sa tête altière, Sur le gazon natal marche égal à sa mère ; Frappe l'air de sa corne, et sous ses bonds fougueux Disperse au loin l'arène en tourbillons poudreux. »

Il dit; et tout-à-coup le maître de la terre A fait sous un ciel pur éclater son tonnerre. Ascagne lance au but le trait audacieux; L'arc en se détendant fait retentir les cieux; Et le trait, plus bruyant, plus prompt que la tempête. Déjà de Numauus a traversé la tête. « Insolent! dont l'aiidace insulte à des gnerriers, Reconnois ces Troyens par deux fols prisonniers : C'est ainsi que répond la bravoure à 1 outi-age. >> Le modeste vainqueur n en dit pas davantage :

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Hoc tantum Ascanius. Teucri clamore sequuntur, Tiaetitiaque freniunt, animosque ad sidera toUunt.

iEtlieria turn forte plaga crinitus Apollo Desuper Ausonias acies urbenique videbat, Nube sedens j atque bis victorem adfatur lulum : « Macte nova virtu te, puer ! sic itur ad astra , Dis genite, et geniture deos : jure omnia bella Gente sub Assaraci fato ventura resident : Nee te Troja capit. » Simul baec effatus, ab alto iEtbere se mittit, spirantis dimovet auras, Ascaniumque petit: formani turn vertitur oris Antiquum in Buten. Hie Dardanio Ancbisae Armiger ante fuit, fidusque ad limina custos; Turn comitem Ascanio pater addidit. Ibat Apollo Omnia longaevo similis, vocemque, coloremque, Et crines albos, et saeva sonoribus arma; Atque bis ardentem dictis adfatur lulum :

« Sit satis, iEneada, telis inpune Numanum Oppetiisse tuis : primam banc tibi magnus Apollo Concedit laudem, et paribus non invidet armis. Cetera parce, puer, bello. » Sic orsus Apollo Mortalis medio adspcctus sermone reliquit, Et j)rocul in tcnuem ex oculis evanuit auram.

iLnÉIDI:, LI v. IX. 20Ô

Tout le camp applaudit, et mille cris joyeux D'Asca(;ne ont célébré Tessai victorieux j Tous admirent Asca^ne et sa valeur naissante.

Et cependant le dieu qui dans les eaux du Xanthe Lave ses beaux cheveux, et du trône des airs De ses vastes regards embrasse Tunivers, Tranquille, contemploit, assis sur un nuage. Les deux camps ennemis et les champs du carnage. « Enfant des dieux, dit-il, de qui naîtront des dieux. Courage ! c'est ainsi que Ton arrive aux cieux ; C'est ton sang, c'est ta race en prodiges féconde Qui donnera la paix et le bonheur au monde : Fergame étoit trop peu pour ton noble destin , Et l'univers te doit un empire sans fin. » A ces mots, il descend de la céleste plage, Et l'air respectueux s'écarte à son passage ; Il marche vers Ascagne, il dépouille ses traits, Il prend tous les dehors de l'antique Butés Qui d'Anchise autrefois fut l'écuyer fidèle, Et devant son palais vigilant sentinelle, Mais que le chef troyen récompensa depuis Par l'honorable emploi qui l'attache à son fils. Le dieu brillant du jour emprunte sa figure, Son teint, ses cheveux blancs, sa voix et son armure.

« Applaudis-toi, dit-il à son jeune rival, Numanus a par toi reçu le coup fatal; Moi-niéme je pourrois envier ta victoire: Mais ce prélude heureux doit suffire à ta gloire; Tu dois coiupte au destin de tes jours précieux. » Il dit, et s'évapore, et di^paroit aux yeux;

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Adgnoverc deum proceres divinaque tela Dardanidae, pharetiamque fuga sensere sonantem. Ergo avidum piign?e dictis ac iiumine Pliœbi Ascanium prohibent: ipsi in certamina rursus Subcedunt, ani masque in aperta pericula mittunt. It clamor totis per propugnacula muris : Intendunt acris arcus, amentaque torquent("). Sternitur omne solum telis : turn scuta cavœque Dant sonitum flictu galeae : j)ugna aspera surgit; Qiiantus ab occasu veniens, pluvialibus Haeclis, Verberat imber liumum; quani multa grandine nimbi In vada jDraecipitant, quum Juppiter horridus austris Torquet aquosam hiemem, ct cœlo cava nubilarumpit.

Pandarus ct Bitias, Idaeo Alcanore creti, Quos Jovis eduxit luco silvestris lœra , Abietibus juvenes patriis et montibus aequos, Portam, quae ducis impcrio commissa, recludunt Freti armis, ultroque invitant mœnibus hostem. Ipsi intus dextra ac laeva pro turribus adstant, Armati ierro, et cristis capita alta corusci. Quales aeriae liquentia flumina circum, Sive Padi ripis, Atlicsim seu propter amœnum, Consurgunt gemmae qucrcus , intonsaque cœlo

Mais son casque divin, ses traits qui retentissent, Tout décèle Apollou. Les Troyons obéissent; Et, du jeuue héros arrêtant la valeur.

Volent où les dangers appellent leur grand cœur. Aussitôt on entend le long de leurs murailles Courir les cris affrcTix, précurseurs des batailles. Tous les arcs sont tendus: les traits fendent les airs, Les cieux en sont noircis, les champs en sont couverts. Là, doublant la vigueur de la main qui la lance, La courroie, en sifflant, laisse échapper la lance; On entend retentir et casque et bouclier. L'acier avec fracas heurte contre Tacier. Avec moins de fureur la saison orageuse Epanche en noirs torrents la pluie impétueuse ; A coups moins redoublés , moins prompts et moins bruyants , La grêle épaisse tombe et bondit dans les champs, Quand le grand Jupiter, déchirant les nuages, Fait partir la tempête, et siffler les orages. Pandare et Bitias, sauvages nourrissons Des forêts dléra que surpassent leurs fronts. Tout-à-coup de leurs murs osent ouvrir les portes, Et des Latins surpris défier les cohortes. Du passage chacun protégeant un côté, Au pied de chaque tour se place avec fierté; ils comptent sur leurs bras, sur leur terrible lance; Un long panache ajoute à leur stature immense. Tels près de TEridan, ou dans ces lieux si beaux Que l'aimable Athésis arrose de ses eaux. Autour d'eux déployaut leurs ombres solennelles. De deux chênes égaux le^ tiges fraternelles

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