IX
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qu'il est à lui. Il n'y en a pas un seul qui , venant à connoître le vrai et le faux, ne préférât le mensonge qu'il a trouvé à la vérité découverte par un autre. Où est le philosophe qui , pour sa gloire , ne tromperoit pas volontiers le genre humain ? Où est celui qui , dans le secret de son cœur , se propose un autre objet que de se distinguer ? Pourvu qu'il s'élève audessus du vulgaire, pourvu qu'il efface l'éclat de ses concurrens , que demande-t-il de plus ? L'essentiel est de penser autrement que les autres. Chez les croyans il est athée , chez les athées il seroit croyant.
Le premier fruit que je tirai de ces réflexions fut d'apprendre à borner mes recherches à ce qui m'intéressoit immédiatement , à me reposer dans une profonde ignorance sur tout le reste , et à ne m'inquiéter , jusqu'au doute , que des choses qu'il m'importoit de savoir.
Je compris encore que , loin de me délivrer de mes doutes inutiles , les philosophes ne feroient que multiplier ceux qui me tourmentoient et n'en résou-droient aucun. Je pris donc un autre guide ; et je me dis : Consultons la lumière intérieure ^ elle m'égarera moins qu'ils ne m'égarent , ou , du moins , mon erreur sera la mienne , et je me dépraverai moins en suivant mes propres illusions, qu'en me livrant à leurs mensonges.
Alors, repassant dans mon esprit les diverses opi-^ nions qui m'avoient tour à tour entraîné depuis ma naissance , je vis que , bien qu'aucune d'elles ne fût