‹ Œuvres de J. J. Rousseau, avec des notes historiquesChapitre 9 sur 233 · LIVRE ÏV. l'y · texte numérisé non relu

LIVRE ÏV. l'y

la première cause de cetle prodigieuse diversité de sentimens, et que Torgueil est la seconde. Nous n'avons point la mesure de cette machine immense^ nous n'en pouvons calculer les rapports ; nous n'en connoissons ni les premières lois ni la cause finale ; nous nous ignorons nous-mêmes; nous ne connoissons ni notre nature ni notre principe actif ; à peine savons-nous si l'homme est un être simple ou composé ; des mystères impénétrables nous environnent de toutes parts ; ils sont au-dessus de la région sensible ; pour les percer nous croyons avoir de l'intel*» ligence , et nous n'avons que de l'imagination. Chacun se fraye , à travers ce monde imaginaire , une route qu'il croit la bonne ; nul ne peut savoir si la sienne mène au but. Cependant nous voulons tout pénétrer, tout connoître. La seule chose que nous ne savons point, est d'ignorer ce que nous ne pouvons savoir. Nous aimons mieux nous déterminer au hasard, et croire ce qui n'est pas , que d'avouer qu'aucun de nous ne peut voir ce qui est. Petite partie d'un grand tout dont les bornes nous échappent , et que son auteur livre à nos folles disputes , nous sommes assez vains pour vouloir décider ce qu'est ce tout en lui-même , et ce que nous sommes par rapport à lui.

Quand les philosophes seroient en état de découvrir la vérité, qui d'entre eux prendroit intérêt à elle ? Chacun sait bien que son système n'est pas mieux fondé que les autres ; mais il le soutient parce

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