‹ Œuvres de J. J. Rousseau, avec des notes historiquesChapitre 101 sur 233 · LIVRE V. 2a · texte numérisé non relu

LIVRE V. 2a

deaux ; elles auroient honte d'être fortes. Pourquoi cela ? Ce n'est pas seulement pour paroître délicates, c'est par une précaution plus adroite ; elles se ménagent de loin des excuses et le droit d'être foibles au besoin.

Le progrès des lumières acquises par nos vices a beaucoup changé sur ce point les anciennes opinions parmi nous , et l'on ne parle plus guère de violences depuis qu'elles sont si peu nécessaires , et que les , hommes n'y croient plus(i); au lieu qu'elles sont très-communes dans les hautes antiquités grecques et juives , parce que ces mêmes opinions sont dans la simplicité de la nature , et que la seule expérience du libertinage a pu les déraciner. Si l'on cite de nos jours moins d'actes de violence , ce n'est sûrement pas que les hommes soient plus tempérans , mais c'est qu'ils ont moins de crédulité , et que telle plainte qui jadis eût persuadé des peuples simples ne feroit de nos jours qu'attirer les ris des moqueurs ; on gagne davantage à se taire. Il y a dans le Deutéronome (*) une loi par laquelle une fille abusée étoit punie avec le séducteur, si le délit avoit été commis dans la ville ; mais s'il avoit été commis à la campagne ou dans des lieux écartés , l'homme seul étoit puni ;

(i) U peut y avoir une telle disproportion d'âge et de force qu'une yioleBce rédle ait lieu ; mais traitant ici de Tétat relatif des sexes selon Tordre de la nature, je les prends tous deux dans le rapport commun qui constitue cet état.

(•) Chap. xxn, vers. i3 17.

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