IX. loi
Ûa6 lÉMILE»
(Jar, dit la loi , la fille a crié y et n'a point été entendue. Cette bénigne interprétation apprenoit aux filles à ne pas se laisser surprendre en des lieux fréquentés.
L'effet de ces diversités d'opinions sur les mœurs est sensible. La galanterie moderne en est l'ouvrage. Les hommes, trouvant que leurs plaisirs dépendoient plus de la volonté du beau sexe qu'ils n'avoient cru , ont captivé cette volonté par des complaisances dont il les a bien dédommagés.
Voyez comment le physique nous amène insensiblement au moral , et comment de la grossière union des sexes naissent peu à peu les plus douces lois de l'amour. L'empire des femmes n'est point à elles parce que les hommes l'ont voulu , mais parce que ainsi le veut la nature : il étoit à elles avant qu'elles parussent l'avoir. Ce même Hercule , qui crut faire violence aux cinquante filles de Thespius, fut pourtant contraint de filer près d'Omphale ; et le fort Samson yi'étoit pas si fort que Dalila. Cet empire est aux femmes , et ne peut leur être oté , même quand elles en abusent : si jamais elles pouvoient le perdre , il y a long-temps qu'elles l'auroient perdu.
Il n'y a nulle parité entre les deux sexes quant à la conséquence du sexe. Le mâle n'est mâle qu'en certains instans, la femelle est femelle toute sa vie, ou du moins toute sa jeunesse ; tout la rappelle sans cesse à son sexe, et, pour en bien remplir les fonctions, il lui faut une constitution qui s'y rapporte.