‹ Œuvres de J. J. Rousseau, avec des notes historiquesChapitre 103 sur 233 · LIVRE V · texte numérisé non relu

LIVRE V

II lui faut du ménagement durant sa grossesse , il lui faut du repos dans ses couches, il lui faut une vie molle et sédentaire pour allaiter ses enfans ; il lui faut , pour les élever, de la patience et de la douceur , un zèle , une affection que rien ne rebute ; elle sert de liaison entre eux et leur père , elle seule les lui fait aimer et lui donne la confiance de les appeler siens. Que de tendresse et de soins ne lui faut-il point pour maintenir dans l'union toute la famille ! Et enfin tout cela ne doit pas être des vertus , mais des goûts, sans quoi l'espèce humaine seroit bientôt éteinte.

La rigidité des devoirs relatifs des deux sexes n'est ni ne peut être la même. Quand la femme se plaint là-dessus de l'injuste inégalité qu'y met l'homme, elle a tort; cette inégalité n'est point une institution humaine , ou du moins elle n'est point l'ouvrage du préjugé , mais de la raison : c'est à celui des deux que la nature a chargé du dépôt des enfans d'en répondre à l'autre. Sans doute il n'est permis à personne de violer sa foi, et tout mari infidèle qui prive sa femme du seul prix des austères devoirs de son sexe est un homme injuste et barbare : mais la femme infidèle fait plus, die dissout la famille , et brise tous les liens de la nature ; en donnant à l'homme des en- Ëms qui ne sont pas à lui, elle trahit les uns et les autres, elle joint la perfidie à l'infidélité. J'ai peine à voir quel désordre et quel crime ne tient pas à celuilà. S'il est un état affreux au monde , c'est celui d'un malheureux père qui , sans confiance en sa femme,

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n'ose se livrer aux plus doux sentimens de son cœur, qui doute en embrassant son enfant s'il n'embrasse point l'enfant d'un autre , le gage de son déshonneur, le ravisseur du bien de ses propres en£ans. Qu'est-ce alors que la fimille ,si ce n'est une société d'ennemis secrets qu'une femme coupable arme l'un contre l'autre 9 en les forçant de feindre de s'entr'aimer?

11 n'importe donc pas seulement que la femme soit fidèle , mais qu'elle soit jugée telle par son mari , par ses proches , par tout le monde ; il importe qu'elle soit modeste, attentive, réservée, et qu'elle porte aux yeux d'autrui , comme en sa propre conscience, le témoignage de sa vertu. Enfin , s'il importe qu'un père aime ses enfans, il importe qu'il estime leur mère. Telles sont les raisons qui mettent l'apparence même au nombre des devoirs des femmes, et leur rendent l'honneur et la réputation non moins indis-» pensables que la chasteté. De ces principes dérive , avec la différence morale des sexes, un motif nouveau de devoir et de convenance, qui prescrit spécialement aux femmes l'attention la plus scrupuleuse sur leur conduite , sur leurs manières, sur leur maintien. Soutenir vaguement que les deux sexes sont égaux et que leurs devoirs sont les mêmes, c'est se perdre en déclamations vaines , c'est ne rien dire tant qu'on ne répondra pas à cela.

N'est-ce pas une manière de raisonner bien solide, de donner des exceptions pour réponse à des lois généi^ales aussi bien fondées? Les femmes, dites-vous,

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