‹ Œuvres de J. J. Rousseau, avec des notes historiquesChapitre 104 sur 233 · LIVRE V. a · texte numérisé non relu

LIVRE V. a

ne font pas toujours des enfans ? Non ; mais leur destination propre est d'en faire. Quoi ! parce qu'il y a dans l'univers une centaine de grandes villes oit les femmes vivant dans la licence font peu d'enfans, vous prétendez que l'état des femmes est d'en faire peu ! Et que deviendroient vos villes , si les campa* gnes éloignées, où les femmes vivent plus simplement et plus chastement , ne réparoient la stérilité des dames? Dans combien de provinces les femmes qui n'ont fait que quatre ou cinq enfans passent pour peu fécondes (i)! Enfin, que telle ou telle femme fasse peu d'enfans , qu'importe? L'état de la femme est-il moins d'être mère ? et n'est-ce pas par des lois générales que la nature et les mœurs doivent pour* voir à cet état?

Quand il y auroit entre lès grossesses d'aussi longs intervalles qu'on le suppose , une femme changerat-elle ainsi brusquement et alternativement de ma* nière de vivre sans péril et sans risque ? Sera-t-elle aujourd'hui nourrice et demain guerrière? Changera-t-elle de tempérament et de goûts comme un caméléon de couleurs? Passera-t-elle tout à coup de l'ombre de la clôture et des soins domestiques aux

(i) Sans cela Tespèce dépériroit nécessaîrement : pour qu'elle se contenre, il fkut, toat compensé, que chaque femme fasse à peu près quatre enfans : car des enfans qui naissent il en meurt près de la moitié avant qu'ils puissent en avoir d'autres, et il en faut deux restans pour représenter le père et la mère. Voye» fi les villes you» fourniront cette population-là.

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injures de l'air, aux travaux, aux fatigues, aux périls de la guerre? Sera-t-elle tantôt craintive (i) et tantôt brave , tantôt délicate et tantôt robuste ? Si les jeunes gens élevés dans Paris ont peine à supporter le métier des armes , des femmes qui n'ont jamais affronté le soleil , et qui savent à peine marcher , le supporteront-elles après cinquante ans de mollesse ? Prendront-elles ce dur métier à l'âge oîi les hommes le quittent?

Il y a des pays où les femmes accouchent presque sans peine , et nourrissent leurs enfans presque sans soin ; j'en conviens : mais , dans ces mêmes pays , les hommes vont demi-nus en tout temps, terrassent les bêtes féroces, portent un canot comme un havresac , font des chasses de sept ou huit cents lieues, dorment à l'air à plate-terre, supportent des fatigues incroyables , et passent plusieurs jours sans manger. Quand les femmes deviennent robustes, les hommes le deviennent encore plus ; quand les hommes s'amol* lissent , les femmes s'amollissent davantage ; quand les deux termes changent également, la différence reste la même.

Platon , dans sa République , donne aux femmes les mêmes exercices qu'eaux hommes; je le crois bien. Ayant ôté de son gouvernement les familles particulières, et ne sachant plus que faire des femmes,

(i) La timidité des femmes est encore nn instinct de la nature contre le double risque qu'elles courent durant leur grossesse.

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