‹ Œuvres de J. J. Rousseau, avec des notes historiquesChapitre 116 sur 233 · LIVRE V · texte numérisé non relu

LIVRE V

e^est le cas de Tapplaudir s'il y a lieu. Je ne la louerois jamais tant que quand elle seroit le plus simplement mise. Quand elle ne regardera la parure que comme un supplément au:c grâces de la personne et comme un aveu tacite qu'elle a besoin de secours pour plaire , elle ne sera point fière de son ajustement , elle en sera humble ; et si , plus parée que de coutume , elle s'entend dire , Qiielle est belle ! elle en rougira de dépit.

Au reste , il y a des figures qui ont besoin de parure y mais il n'y en a point qui exigent de riches atours. Les parures ruineuses sont la vanité du rang et non de la personne , elles tiennent uniquement au préjugé. La véritable coquetterie est quelquefois recherchée , mais elle n'est jamais fastueuse , et Junon se mettoit plus superbement que Vénus. Nepomnint la faire belle , tu la fais riche , disoit Apellcs à un mauvais peintre , qui peignoit Hélène fort chargée d'atours (*). J'ai aussi remarqué que les plus pompeuses parures annonçoient le plus souvent de laides femmes : on ne sauroit avoir une vanité plus maladroite. Donnez à une jeune fille qui ait du goût, et qui méprise la mode , des rubans , de la gaze , de la mousseline et des fleurs ; sans diamans , sans pompons, sans dentelles (i), elle va se faire im ajus-

(*) Clemeut. Alex., Pedagog. , Lib. ii, cap. la. . (i) Les femmes qui ont la peau assez blanche pour se passer de dentelle donneroient bien du dépit aux antres si elles n*en portoient

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tement qui la rendra cent fois plus charmante que n'eussent &it tous les brillans chiffons de la Duchapt. Comme ce qui est bien est toujours bien , et qu'il faut être toujours le mieux qu'il est possible , les femmes qui se connoissent en ajustemens choisissent les bons , s'y tiennent ; et n'en changeant pas tous les jours , elles en sont moins occupées que celles qui ne savent à quoi se fixer. Le vrai soin de la parure demande peu de toilette. Les jeunes demoiselles ont rarement des toilettes d'appareil ; le travail , les leçons , remplissent leur journée : cependant en général elles sont mises , au rouge près , avec autant de soin que les dames, et souvent de meilleur goût. L'abus de la toilette n'est pas ce qu'on pense , il vient bien plus d'ennui que de vanité. Une femme qui passe six heures à sa toilette n'ignore point qu'elle n'en sort pas mieux mise que celle qui n'y passe qu'une demi -heure ; mais c'est autant de pris sur l'assommante longueur du temps , et il vaut mieux s'amuser de soi que de s'ennuyer de tout. Sans Li toilette , que feroit-on de la vie depuis midi jusqu'à neuf heures ? En rassemblant des femmes autour de soi on s'sunuse à les impatienter, c'est déjà quelque chose ; on évite les téte-à-téte avec un mari qu'on ne voit qu'à cette heure-4à , c'est beaucoup plus ; et puis viennent les marchandes , les brocanteurs , les

pat. Ce sont presque toujours de laides personnes qui amènent les modes auxquelles les belles ont la bêtise de s'assujettir.

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