LIVRE V. a6l
LéS fômmes ont la langue flexible ; elles partent plus t6t , plus aisément et plus agréablement que les hommes. On les accuse aussi de parler davantage : cela doit étre^ et je changerois volontiers ce repro^ che en éloge : la bouche et les ye\ïx ont chez elles la mêm^ activité , et par la même raison. L'homme dit ce qu'il sait^ la femme dit ce qui platt; Tun pour parler a besoin de connoissance , et Tàutre de goût ; l'un doit ftvoir pour objet principal les choses utiles, l'autre les agréables. Leurs discours ne doivent avoir de formes communes que celles de la vérité.
On ne doit donc pas contenir le babil des filles , comme celui des garçons , par cette interrogation dure , ji quoi cela est-il bon ? mais par cette autre , à laquelle il n'est pas plus aisé de répondre , Quel effet celajera*t4l? Dans ce premier âge , oii ^ ne pouvant discerner encore le bien et le mal , elles né sont les juges de personne , elles doivent s'imposer pour loi de ne jamais rien dire que d'agréable à ceux à qui elles parlent ; et ce qui rend la pratique de cette règle plus difficile est qu'elle reste toujours subordonnée ji la prcfnière^ qui est de ne jamais mentir.
J'y vois bien d'autres difficultés encore ^ mais elles éont d'un âge plus avancé. Quant à présent , il n'en peut coûter aux jeunes filles pour être vraies que de l'être sans grossièreté ; et comme naturellement cette grossièreté leur répugne , l'éducation leur ap^prend aisément à l'éviter. Je remarque en général ^ dans le commerce du monde , que la politesse des
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hommes est plus officieuse, et celle des femmes plus caressante. Cette différence n'est point d'institution, elle est naturelle. L'homme paroît chercher davantage à vous servir, et la femme à vous agréer. Il suit de là que, quoi qu'il en soit du caractère des femmes, leur politesse est moins fausse que la nôtre, elle ne fait qu'étendre leur premier instinct; mais quand un homme feint de préférer mon intérêt au sien propre , de quelque démonstration qu'il colore ce mensonge , je suis très-sûr qu'il en fait un. U n'en coûte donc guère aux femmes d'être polies, ni par conséquent aux filles d'apprendre à le devenir. La première leçon vient de la nature, l'art ne fait plus que la suivre , et déterminer suivant nos usages sous quelle forme elle doit se montrer. A l'égard de leur politesse entre elles, c'est tout autre chose; elles y mettent un air si contraint et des attentions si froides, qu'en se gênant mutuellement elles n'ont pas grand soin de cacher leur gêne, et semblent sincères dans leur mensonge en ne cherchant guère à le déguiser. Cependant les jeunes personnes se font quelquefois tout de bon des amitiés plus franches. A leur âge la gaîté tient lieu de bon naturel; et contentes d'elles, elles le sont de tout le monde. Il est constant aussi qu'elles se baisent de meilleur cœur , et se caressent avec plus de grâce devant les hommes , £ères d'aiguiser impunément leur convoitise par l'image des faveurs qu'elles savent leur faire envier. Si l'on ne doit pas permettre aux jeunes garçons