‹ Œuvres de J. J. Rousseau, avec des notes historiquesChapitre 121 sur 233 · LIVRE V. a · texte numérisé non relu

LIVRE V. a

des questions indiscrètes, à plus forte raison doit-on les interdire à déjeunes filles, dont la curiosité satisfaite ou mal éludée est bien d'une autre conséquence 9 vu leur pénétration à pressentir les mystères qu'on leur cache , et leur adresse à les découvrir. Mais sans souffrir leurs interrogations , je voudrois qu'on les interrogeât beaucoup elles-mêmes , qu'on eût soin de les faire causer , qu'on les agaçât pour les exercer à parler aisément , pour les rendre vives à la riposte, pour leur délier l'esprit et la langue tandis qu'on le peut sans danger. Ces conversations , toujours tournées en gaîté , mais ménagées avec art et bien dirigées, feroient un amusement charmant pour cet âge, et pourroient porter dans les cœurs innocens de ces jeunes personnes les premières et peut-être les plus utiles leçons de morale qu'elles prendront de leur vie , en leur apprenant , sous l'attrait du plaisir et de la vanité, à quelles qualités les hommes accordent véritablement leur estime, et en quoi consiste la gloire et le bonheur d'une honnête femme.

On comprend bien que si les enfans mâles sont hors d'état de se former aucune véritable idée de religion , à plus forte raison la même idée est-elle audessus de la conception des filles : c'est pour cela même que je voudrois en parler à celles-ci de meilleure heure ; car , s'il falloit attendre qu'elles fussent en état de discuter méthodiquement ces questions profondes, on courroit risque de ne leur en parler

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jamais. La raison des femmes est une raison prati*que , qui leur fait trouver très-habilement les moyens d'arriver à une fin connue, mais qui ne leur fiiit pas trouver cette fin. La relation sociale des sexes est admirable. De cette société résulte une personne morale dont la femme est l'œil et Thomme le bras , mais avec une telle dépendance Tiine de Tautre , que c'est de l'homme que la femme apprend ce qu'il faut voir, et de la femme que l'homme apprend ce qu'il faut faire. Si la femme pouvoit remonter aussi bien que l'homme aux principes , et que l'homme eût aussi bien qu'elle l'esprit des détails, toujours indépendans l'un de l'autre , ils vivroient dans une discorde éternelle , et leur société ne pourroit subsister. Mais , dans l'harmonie qui règne entre eux , tout tend à la fin commune; on ne sait lequel met )e plus du sien ; chacun suit l'impulsion de l'autre ; chacun obéit , et tous deux sont les maîtres.

Par cela même que la conduite de la femme est asservie à l'opinion puhlique , sa croyance est asservie à l'autorité. Toute fille doit avoir la religion de sa mère, et toute femme celle de son mari. Quand cette religion seroit fausse, la docilité qui soumet la mère et la fille à l'ordre de la nature efface auprès de Dieu le péché de l'erreur. Hors d'état d'être juges ellesmêmes , elle doivent recevoir la décision des pères et des maris comme celle de l'Église.

Ne pouvant tirer d'elles seules la règle de leur foi , les femmes ne peuvent lui donner pour bornes

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