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Celte règle est le sentiment intérieur. Je ne répéterai point ce qui en a été dit ci-devant ; il me suffit de remarquer que si ces deux règles ne concourent à l'éducation des femmes , elle sera toujours défectueuse. Le sentiment sans l'opinion ne leur donnera point cette délicatesse d'âme qui pare les bonnes mœurs de l'honneur du monde ; et l'opinion sans le sentiment n'en fera jamais que des femmes fausses et déshonnétes , qui mettent l'apparence à la place de la vertu.
Il leur importe donc de cultiver une 'faculté qui serve d'arbitre entre les deux guides, qui ne laisse point égarer la conscience , et qui redresse les erreurs du préjugé. Cette faculté est la raison. Mais à ce mot que de questions s'élèvent ! Les femmes sontelles capables d'un solide raisonnement ? Importe-t-il qu'elles le cultivent ? Le cultiveront-elles avec succès ? Cette culture est-elle utile aux fonctions qui leur sont imposées ? est-elle compatible avec la simplicité qui leur convient?
Les diverses manières d'envisager et de résoudre ces questions font que , donnant dans les excès contraires , les uns bornent la femme à coudre et filer dans son ménage avec ses servantes , et n'en font ainsi que la première servante du maître : les autres ^ non contens d'assurer ses droits, lui font encore usurper les nôtres ; car la laisser au-dessus de nous dans les qualités propres à son sexe , et la rendre notre égale dans tout le reste , qu'est-ce autre chosa
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que transporter à la femme la primauté que la nature donne au mari ?
La raison qui mène Thomme à la connoissance de ses devoirs n'est pas fort composée ; la raison qui mène la femme à la connoissance des siens est plus simple encore. L'obéissance et la fidélité qu'elle doit à son mari , la tendresse et les soins qu'elle doit à ses enfans , sont des conséquences si naturelles et si sensibles de sa condition , qu'elle ne peut sans mauvaise foi refuser son consentement au sentiment intérieur qui la guide , ni méconnoître le devoir dans le penchant qui n'est point encore altéré.
Je' ne blâmerois pas sans distinction qu'une femme fût bornée aux seuls travaux de son sexe , et qu'on la laissât dans une profonde ignorance sur tout le reste ; mais il faudroit pour cela des mœurs publiques très-simples , très-saines , ou une manière de vivre très-retirée. Dans de grandes villes , et parmi des hommes corrompus , cette femme seroit trop facile à séduire ; souvent sa vertu ne tiendroit qu'aux occasions : dans ce siècle philosophe il lui en faut une à l'épreuve ; il faut qu'elle sache d'avance et ce qu'on lui peut dire et ce qu'elle en doit penser.
D'ailleurs, soumise au jugement des hommes, elle doit mériter leur estime ; elle doit surtout obtenir celle de son époux ; elle ne doit pas seulement lui faire aimer sa personne , mais lui faire approuver sa conduite; elle doit justifier devant le public le choix qu'il a fait , et faire honorer le mari de l'hon-
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neur qu'on rend à la femme. Or comment s'y prendra-t-elle pour tout cela , si elle ignore nos institutions , si elle ne sait rien de nos usages , de nos bienséances , si elle ne connoit ni la source des jugemens humains 9 ni les passions qui les déterminent? Dès là qu'elle dépend à la fois de sa propre conscience et des opinions des autres , il faut qu'elle apprenne à comparer ces deux règles, à les concilier, et à ne préférer la première que quand elles sont en opposition. Elle devient le juge de ses juges , elle décide quand elle doit s'y soumettre et quand elle ' doit les récuser. Avant de rejeter ou d'admettre leurs
préjugés , elle les pèse ; elle apprend à remonter à leur source , à les prévenir , à se les rendre favorables ; elle a soin de ne jamais s'attirer le blâme quand son devoir lui permet de l'éviter. Rien de tout cela ne peut bien se faire sans cultiver son esprit et sa raison.
Je reviens toujours au principe , et il me fournit la solution de toutes mes difficultés. J'étudie ce qui est , j'en recherche la cause , et je trouve enfin que ce qui est est bien. J'entre dans des maisons ouvertes dont le maître et la maîtresse font conjointement les honneurs. Tous deux ont eu la même, éducation , tous deux sont d'une égale politesse , tous deux également pourvus de goût et d'esprit , tous deux animés du même désir de bien recevoir leur monde , et de renvoyer chacun content d'eux. Le mari n'omet aucun soin pour être attentif à tout : il va , vient ,
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fait la ronde et se donne mille peines ; il voudroit être tout attention. La femme reste à sa place ; un petit cercle se rassemble autour d'elle , et semble lui cacher le reste de rassemblée ; cependant il ne s'y passe rien qu'elle n'aperçoive , il n'en sort personne à qui elle n'ait parlé ; elle n'a rien omis de ce qui pouvoit intéresser tout le monde ; elle n'a rien dit à chacun qui ne lui fût agréable ; et , sans rien troubler à l'ordre y le moindre de la compagnie n'est pas plus oublié que le premier. On est servi , l'on se met à table : l'homme , instruit des geps qui se conviennent , les placera selon ce qu'il sait : la femme , sans rien savoir, ne s'y trompera pas; elle aura déjà lu dans les yeux , dans le maintien , toutes les convenances , et chacun se trouvera placé comme il veut l'être. Je ne dis point qu'au service personne n'est oublié. Le maître de la maison, en faisant la ronde, aura pu n'oublier personne ; mais la femme devine ce qu'on regarde avec plaisir et vous en offre ; en parlant à son voisin elle a l'œil au bout de la table ; elle discerne celui qui ne mange point pjirce qu'il n'a pas faim , et celui qui n'ose se servir ou demander parce qu'il est maladroit ou timide. En sortant de table chacun croit qu'elle n'a songé qu'à lui ; tous ne pensent pas qu'elle ait eu le temps de manger un seul morceau ; mais la vérité est qu'elle a mangé plus que personne.
Quand tout le monde est parti , l'on parle de ce qui s'eat passé. L'homme rapporte ce qu'on lui a dit ,