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ce qu'ont dit et fait ceux avec lesquels il s'est entretenu. Si ce n'est pas toujours là-dessus que la femme est le plus exacte , en revanche elle a vu ce qui s'est dit tout bas à l'autre bout de la salle ; elle sait ce qu'un tel a pensé, à quoi tenoit tel propos ou tel geste ; il s'est fait à peine un mouvement expressif dont elle n'ait l'interprétation toute prête , et presque toujours conforme à la vérité.
Le même tour d'esprit qui fait exceller une femme du monde dans l'art de tenir maison fait exceller une coquette dans l'art d'amuser plusieurs soupirans. Le manège de la coquetterie exige un discernement encore plus fin que celui de la politesse : car, pourvu qu'une femme polie le soit envers tout le monde , elle a toujours assez bien fait; mais la coquette perdroit bientôt son empire par cette uniformité maladroite ; à force de vouloir obliger tous ses amans elle les rebuteroit tous. Dans la société, les manières qu'on prend avec tous les hommes ne laissent pas de plaire à chacun; pourvu qu'on soit bien traité, l'on n'y regarde pas de si près sur les préférences : mais , en amour, une faveur qui n'est pas exclusive est une injure. Un homme sensible aimeroit cent fois mieux être seul maltraité que caressé avec tous les autres , et ce qui lui peut arriver de pis est de n'être point distingué. Il faut donc qu'une femme qui veut conserver plusieurs amans persuade à chacun d eux qu elle le préfère , et qu'elle le lui persuade sous les
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yeux de tous les autres , à qui elle en persuade autant sous les siens.
Voulez-vous voir un personnage embarrassé, placez un homme entre deux femmes avec chacune desquelles il aura des liaisons secrètes , puis observez quelle sotte figure il y fera. Placer en même cas une femme entre deux hommes , et sûrement l'exemple ne sera pas plus rare ; vous serez émerveillé de l'adresse avec laquelle elle donnera le change à tous deux, et fera que chacun se rira de Tautre. Or, si cette femme leur témoignoit la même confiance et prenoit avec eux la même familiarité , comment seroient-ils un instant ses dupes? En les traitant éga« lement, ne montreroit-elle pas qu'ils ont les mêmes droits sur elle? Oh! qu'elle s'y prend bien mieux que cela! loin de les traiter de la même manière, elle affecte de mettre entre eux de l'inégalité ; elle fait si bien que celui qu'elle flatte croit que c'est par tendresse, et que celui qu'elle maltraite croit que c'est par dépit. Ainsi chacun , content de son partage, la voit toujours s'occuper de lui , tandis qu'elle ne s'occupe en effet que d'elle seule.
Dans le désir général de plaire , la coquetterie suggère de semblables moyens : les caprices ne feroient que rebuter, s'ils n'étoient sagement ménagés; et c'est en les dispensant avec art qu'elle en fait les plus fortes chaînes de ses esclaves.
Usa ogn* arte la donna , onde sia colto Nella sua rete alcun novello amante ;
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Ne eon tutti, ne sempre un steuo *»olto
Séria ; ma cangia à tempo atto e semblante, (*)
A quoi tient tout cet art, si ce n^est à des observations fines et continuelles qui lui font voir à cha* que instant ce qui se passe dans les cœurs des boni'** mes, et qui la disposent à porter à cbaque mouvement secret qu'elle aperçoit la force qu'il faut pour le suspendre ou l'accélérer? Or cet art s'apprend-il? Non ; il naît avec les femmes ; elles l'ont toutes, et jamais les bommes ne l'ont au même degré. Tel est un des caractères distinctifs du sexe. La présence d'esprit , la pénétration, les observations fines, sont la science des femmes ; l'babileté de s'en prévaloir est leur talent.
Voilà ce qui est, et l'on a vu pourquoi cela doit être. Les femmes sont fausses, nous dit-on. Elles le deviennent. Le don qui leur est propre est l'adresse et non pas la fausseté : dans les vrais pencbans de leur sexe, même en mentant, elles ne sont point fausses. Pourquoi consultez -vous leur boucbe quand ce n'est pas elle qui doit parler ? Consultez leurs yeux , leur teint , leur respiration , leur air craintif, leur molle résistance : voilà le langage que la nature leur donne pour vous répondre. La boucbe dit toujours non , et doit le dire; mais l'accent qu'elle y joint n'est pas toujours le même , et cet accent ne sait point mentir. La femme n'a-t-elle pas les mêmes besoins que l'bomme, sans avoir le même droit de les témoigner? Son sort
<•) Tasso, Gieruf. lib., Can. ly, 87.
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seroit trop cruel , si , même dans les désirs légitimes, elle n'avoit un langage équivalent à celui qu'elle n'ose tenir. Faut-il que sa pudeur la rende malheureuse*? Ne lui faut*il pas un art de communiquer ses penchans sans les découvrir? De quelle adresse n'at*elle pas besoin pour faire qu'on lui dérobe ce qu'elle brûle d'accorder! Combien ne lui importe*t-il point d'apprendre à toucher le cœur de l'homme sans paroitre songer à lui ! Quel discours charmant n'est-ce pas que la pomme de Galathée et sa fuite maladroiteO ! Que faudra-t-il qu'elle ajoute à cela? Ira-t-elle dire au berger qui la suit entre les saules qu'elle n'y fuit qu'à dessein de l'attirer ? Elle mentiroit , pour ainsi dire ; car alors elle ne l'attireroit plus. Plus une femme a de réserve, plus elle doit avoir d'art, même avec son mari. Oui , je soutiens qu'en tenant la coquetterie dans ses limites, on la rend modeste et vraie , on en fait une loi de l'honnêteté.
La vertu est une , disoit très - bien un de mes adversaires ; on ne la décompose pas pour admettre une partie et rejeter l'autre. Quand on l'aime, on l'aime dans toute son intégrité ; et l'on refuse son cœur quand on peut, et toujours sa bouche aux. sentimens qu'on ne doit point avoir. La vérité morale n'est pas ce qui est, mais ce qui est bien ; ce qui est mal ne devfoit point être , et ne doit point être avoué , surtout quand cet aveu lui donne un effet
(*) Malo me GiUatea petit, lascitHi puelia ,
Et f agit ad salicts, et se cupit antè videri.
ViHG., Ecl. III,