‹ Œuvres de J. J. Rousseau, avec des notes historiquesChapitre 131 sur 233 · LIVRE V · texte numérisé non relu

LIVRE V

qu il n'auroit pas eu sans cela. Si j'étois tenté de. voler, et qu'en le disant je tentasse un autre d'être mon complice , lui déclarer ma tentation ne seroit-ce pas y succomber? Pourquoi dites-vous que la pudeur rend les femmes fausses? Celles qui la perdent le plus sont-elles au reste plus vraies que les autres ? Tant s'en faut ; elles sont plus fausses mille fois. On n'arrive à ce point de dépravation qu'à force de vices , qu'on garde tous et qui ne régnent qu'à la faveur de l'intrigue et du mensonge (i). Au contraire, celles qui ont encore de la honte, qui ne s'enorgueillissent point de leurs fautes, qui savent cacher leurs désirs à ceux-mêmes qui les inspirent , celles dont ils en arrachent les aveux avec le plus de peine, sont d'ailleurs les plus vraies, les plus sincères, les plus constantes dans tous leurs engagemens , et celles sur la foi desquelles on peut généralement le plus compter. Je ne sache que la seule mademoiselle de l'Enclos

(i) Je sais que les femmes qui ont oayertement pris leur parti SUT un certain point prétendent bien se faire valoir de cette franchise , et jurent qu*à cela près il n'y a rien d'estimable qu'on ne trouve en elles ; mais je sais bien aussi qu'elles n'ont jamais persuadé cela qu'à des sots. Le plus grand frein de leur sexe 6té, que reste-t-il qui les retienne ? et de quel honneur feront-elles cas après avoir renoncé à celui qui leur est propre ? Ayant mis une fois leurs passions à l'aise, elles n'ont plus aucun intérêt d'y résister; Nec faanina , omisse pudicUid , alla abnuer'U (*). Jamais auteur connut-il mieux le cceur humain dans les deux sexes que celui qui « dit cela ?

(•)TacU., Ajm. jv, 3.

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qu'on ait pu citer pour exception connue à ces remarques. Aussi mademoiselle de TEnclos a -t- elle passe pour un prodige. Dans le mépris des vertus de son sexe elle avoit , dit - on , conservé celles du nôtre ; on vante sa franchise , sa droiture, la sûreté de son commerce , sa fidélité dans l'amitié ; enfin , pour achever le tableau de sa gloire , on dit qu'elle s'étoit faite homme. A la bonne heure. Mais , avec toute sa haute réputation , je n'aurois pas plus voulu de cet homme-là pour mon ami que pour ma maîtresse.

Tout ceci n'est pas si hors de propos qu'il paroît être. Je vois où tendent les maximes de la philoso* phie moderne en tournant en dérision la pudeur du sexe et sa fausseté prétendue ; et je vois que l'effet le plus assuré de cette philosophie sera d'oter aux femmes de notre siècle le peu d'honneur qui leur est resté.

Sur ces considérations, je crois qu'on peut déterminer en général quelle espèce de culture convient h l'esprit des femmes , et sur quels objets on doit tourner leurs réflexions dès leur jeunesse.

Je l'ai déjà dit, les devoirs de leur sexe sont plus aisés à voir qu'à remplir. La première chose qu'elles doivent apprendre est à les aimer par la considération de leurs avantages ; c'est le seul moyen de les leur rendre faciles. Chaque état et chaque âge a ses devoirs. On connoît bientôt les siens pourvu qu'on les aime. Honorez votre état de femme, et, dans quel-

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