LIVRE V
cent : imiis composez-le de Romaines y tous aurez tous les yeux des Yolsques et le coeur de Corioian.
Je dirai davantage, et je soutiens que la vertu n'est pas moins fiivorable à Tamour qu'aux antres droits de la nature , et que Fautorité des maîtresses n'y gagne pas moins que celle des femmes et des mères. Il n'y a point de véritable amour sans enthon-^ siasme, et point d'enthousiasme sans un objet de perfection réel ou chimérique, mais toujours exîs« tant dans Fimagination. De quoi s'enflammeront des amans pour qui cette perfection n'est plus rien , et qui ne voient dans ce qu'ils aiment que Fobjet du plaisir des sens? Non , ce n'est pas ainsi que Fàme s'échauffe , et se livre à ces transports sublimes qui font le délire des amans et le charme de leur passion* Tout n*est qu'illusion dans l'amour, je Favoue ; mais ce qui est réel , ce sont les sentimens dont il nous anime pour le vrai beau qu'il nous feit ain>er. Ce beau n^est point dans Fobjet qu'on aime , il est Fouvrage de nos erreurs. Eh ! qu'importe? En sacrifiet-on moins tous ses sentimens bas à ce modèle imaginaire? En pénètre-t-on moins son cœur des vertus qu'on prête à ce qu'il chérit? S'en détache f- t-on moins de la bassesse du moi humain ? Où est le véritable amant qui n'est pas prêt à immoler sa vie à sa maîtresse? et où est la passion sensuelle et grossière dans un homme qui veut mourir? Nous nous moquons des paladins! c'est qu'ils connoissoientFamour, et que nou^ ne connotssons plus que la débauche.
Quand ces maximes romanesques commencèrent à devenir ridicules , ce changement fiit moins l'ouvrage de la raison que celui des mauvaises mœurs.
Dans quelque siècle que ce soit les relations naturelles ne changent point , la convenance ou disconvenance qui en résulte reste la même , les préjugés sous le vain nom de la raison n'en changent que l'apparence. Il sera toujours grand et beau de régner sur soi y fut-ce pour obéir à des opinions fantas-* tiques ; et les vrais motifs d'honneur parleront toujours au cœur de toute femme de jugement qui saura chercher dans son état le bonheur de la vie. La chasteté doit être surtout une vertu délicieuse pour une belle femme qui a quelque élévation dans l'âme. Tandis qu'elle voit toute la terre à ses pieds , elle triomphe de tout et d'elle-même : elle s^élève dans son propre cœur un trône auquel tout vient rendre hommage; les sentimens tendres ou jaloux mais toujours respectueux des deux sexes, l'estime universelle et la sienne propre, lui payent sans cesse en tribut de gloire les combats de quelques instans. Les privations sont passagères , mais le prix en est permanent Quelle jouissance pour une âme noble, que l'orgueil de la vertu jointe à la beauté ! Réalisez une héroïne de roman, elle goûtera des voluptés plus exquises que les Laîs et les Gléopâtre ; et quand sa beauté ne sera plus, sa gloire et ses plaisirs resteront encore ; elle seule saura jouir du passé, (a) ~^ — - — — ■ — —
(a) Vah du passé. Si la route que Je trace est agréable, tant