‹ Œuvres de J. J. Rousseau, avec des notes historiquesChapitre 135 sur 233 · LIVRE V · texte numérisé non relu

LIVRE V

Plus les devoirs sont grands et pénibles, plus les raisons sur lesquelles on les fonde doivent être sensibles et fortes. Il y a un certain langage dévot dont, sur les sujets les plus graves , on rebat les oreilles des jeunes personnes sans produire la persuasion. De ce langage trop disproportionné à leurs idées, et du peu de cas qu'elles en font en secret, naît la facilité de céder à leurs penchans , faute de raisons d'y résister tirées des choses mêmes. Une fille élevée sagement et pieusement a sans doute de fortes armes contre les tentations ; mais celle dont on nourrit uniquement le cœur ou plutôt les oreilles du jargon de la dévotion devient infailliblement la proie du premier séducteur adroit qui l'entreprend. Jamais une jeune et belle personne ne méprisera son corps, jamais elle ne s'affligera de bonne foi des grands péchés que sa beauté fait commettre , jamais elle ne pleurera sincèrement et devant Dieu d'être un objet de convoitise , jamais elle ne pourra croire en ellemême que le plus doux sentiment du cœur soit une invention de Satan. Donnez -lui d'autres raisons en dedans et pour elle-même, car celles-là ne pénétreront pas. Ce sera pis encore si l'on met , comme on n'y manque guère , de la contradiction dans ses idées, et qu'après l'avoir humiliée en avilissait son corps et ses charmes comme la souillure du péché , on lui

mieux : elle en est plus sûre, elle est dans l'ordre de la nature; et wmi ^'arrivertz jamais au but fueparcelMà,

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fasse ensuite respecter comme le temple de Jésus- Christ ce même corps qu'où loi a rendu si méprisable. Les idées trop sublimes et trop basses sont également insuffisantes et ne peuirent s'associer : il faut une raison à la portée du sexe et de l'âge. La considération du devoir n'a de force qu'autant qu'on j joint des motifs qui nous portent à le remplir :

Quœ quia non Ueeat non facit, iila facU, (*)

On ne se douteroit pas que c'est Ovide qui porte un jugement si sévère.

Voulez-vous donc in^irer l'amoiu* des bonnes mœurs aux jeunes personnes; sans leur dire incessamment ^ soyez sages, donnezrieur un grand intérêt à l'être ; faites-leur sentir toutle prix de la sagesse, et vous la leur ferez aimer. Il ne suffit pas de prendre cet intérêt au loin dans l'avenir; montre&4e-4eur dans le moment même , dans les relations de leur âge f dans le caractère de leurs amans. Dépeignezleur Tborame de bien , l'homme de mérite ; a{^renezkur à le recomMiître , à l'aimer, et à l'aimer pour elles ; prouvez-leur qu'amies , femmes ou maîtresses, cet homme seul peut les rendre heureuses. Amenez la vertu par la raison : Êiites-leur sentir que l'empire de leur sexe et tous ses avantages ire tiennent pas

(•) 0?n>., Amor.» Lib. m, deg. 4. — Ce yen est cité pir Montaigne, Livre 11 , cbtp. 16, et Coste le traduit ainsi : « CeUe-U a » déjà fatlK , qtd* ne s'abstient de faillir qne parce qo'il ne.lni eal » pas permis de le faire. »

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