IX. HO
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d'botel à sa mère. Faite pour être un jour mère de famille elle-même , en gouvernant la maison paternelle , elle apprend à gouverner la sienne ; elle peut suppléer aux fonctions des domestiques , et le fait toujours volontiers. On ne sait jamais bien commander que ce qu'on sait exécuter soi-même : c'est la raison de sa mère pour l'occuper ainsi. Pour Sophie, elle ne va pas si loin ; son premier devoir est celui de fille , et c'est maintenant le seul qu'elle songe à remplir. Son unique vue est de servir sa mère , et de la soulager d'une partie de ses soins. Il est pourtant vrai qu'elle ne les remplit pas tous avec un plaisir égal. Par exemple, quoiqu'elle soit gourmande, elle n'aime pas la cuisine ; le détail en a quelque chose qui la dégoûte; elle n'y trouve jamais assez de propreté. Elle est là-dessus d'une délicatesse extrême, et cette délicatesse poussée à l'excès est devenue un de ses défauts : elle laisseroit plutôt aller tout le dîner par le feu , que de tacher sa manchette. Elle n'a jamais voulu de l'inspection du jardin par la même raison. La terre lui paroît malpropre ; sitôt qu'elle voit du fumier, elle croit en sentir l'odeur.
Elle doit ce défaut aux leçons de sa mère. Selon elle , entre les devoirs de la femme , un des premiers est la propreté; devoir spécial, indispensable, imposé par la nature. Il n'y a pas au monde un objet plus dégoûtant qu'une femme malpropre , et le mari qui s'en dégoûte n'a jamais tort. Elle a tant prêché ce devoir à sa fille dès son enfance , elle en a tant
exigé de propreté sur sa personne, tant pour ses hardes, pour son appartement, pour son travail, pour sa toilette , que toutes ces attentions , tournées en habitude, prennent une assez grande partie de son temps et président encore à l'autre : en sorte que bien faire ce qu'elle fait n'est que le second de ses soins ; le premier est toujours de le faire proprement.
Cependant tout cela n'a point dégénéré en vaine affectation ni en mollesse; les raffinemens du luxe n'y sont pour rien. Jamais il n'entra dans son appartement que de l'eau simple; elle ne connoit d'autre parfum que celui des fleurs, et jamais son mari n'en respirera de plus doux que son haleine. Enfin l'attention qu'elle donne à l'extérieur ne lui fait pas oublier qu'elle doit sa vie et son temps à des soins plus nobles : elle ignore ou dédaigne cette excessive propreté du corps qui souille l'âme ; Sophie est bien plus que propre, elle est pure.
J'ai dit que Sophie étoit gourmande. Elle l'étoit naturellement ; mais elle est devenue sobre par habitude , et maintenant elle l'est par vertu. Il n'en est pas des filles comme des garçons, qu'on peut jusqu'à certain point gouverner par la gourmandise. Ce penchant n'est point sans conséquence pour le sexe ; il est trop dangereux de le lui laisser. La petite Sophie > dans son enfance, entrant seule dans le cabinet de sa mère, n'en revenoitpas toujours à vide, et n'étoit pas d'une fidélité à toute épreuve
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sur les dnigées et sur les bonbons. Sa mère la surprit, la reprit, la punit, la fit jeûner. Elle vint enfin à bout de lui persuader que les bonbons gâtoient les dents, et que de trop manger grossissoit la taille. Ainsi Sophie se corrigea : en grandissant elle a pris d'autres goûts qui l'ont détournée de cette sensualité basse. Dans les femmes comme dans les hommes, sitôt que le cœur s'anime , la gourmandise n'est plus un vice dominant. Sophie a conservé le goût propre de son sexe; elle aime le laitage et les sucreries; elle aime la pâtisserie et les entremets, mais fort peu la viande ; elle n'a jamais goûté ni vin ni liqueurs fortes ; au surplus elle mange de tout très-modérément ; son sexe , moins laborieux que le nôtre , a moins besoin de réparation. En toute chose, elle aime ce qui est bon , et le sait goûter ; elle sait aussi s'accommoder de ce qui ne Test pas , sans que cette privation lui coûte.
Sophie a l'esprit agréable sans être brillant , et solide sans être profond ; un esprit dont on ne dit rien , parce qu'on ne lui en trouve jamais ni plus ni moins qu'à soi. Elle a toujours celui qui plaît aux gens qui lui parlent, quoiqu'il ne soit pas fort orné, selon ridée que nous avons de la culture de l'esprit des femmes ; car le sien ne s'est point formé par la lecture, mais seulement par les conversations de son père et de sa mère, par ses propres réflexions, et par les observations qu'elle a faites dans le peu de monde qu'elle a vu. Sophie a naturellement de la