‹ Œuvres de J. J. Rousseau, avec des notes historiquesChapitre 15 sur 233 · LIVRE IV. ag · texte numérisé non relu

LIVRE IV. ag

l'univers en une masse immobile : à cette loi il a fallu joindre une force projectile pour faire décrire de« courbes m% corps célestes. Que Descartes nous dise quelle loi physique a fait tourner ses tourbillons ; que Newton nous montre la main qui lança les pla* nètea sur la tangente de leurs orbites*

Les premières causes du mouvement ne sont point dans la matière ; elle reçoit le mouvement et le com* munique , mais elle ne le produit pas. Plus j'observe l'action et réaction des forces de la nature agissant les unes sur les autres , plus je trouve que, d'effets en effets y il faut toujours remonter à quelque vo* lonté pour première cause ; car supposer un progrès de causes à Tinfini , c «st n'en point supposer du tout. En un mot , tout mouvement qui n'est pas produit par un autre ne peut venir que d'un acte spontané , volontaire ; les corps inanimés n'agissent que par le mouvement, et il n'y a point de véritable action sans volonté. Voilà mon premier principe. Je crois donc qu'une volonté meut l'univers et anime la nature. Voilà mon premier dogme , ou mon premier article de foi.

Comment une volonté produit-elle une action physique et corporelle? je n'en sais rien, mais j'éprouve en moi qu'elle la produit. Je veux agir , et j'agis ; je veux mouvoir mon corps, et mon corps se meut : mais qu'un corps inanimé et en repos vienne à se mouvoir de lui-même ou produise le mou- ' vement , cela est incompréhensible et sans exemple.

5o EMILE.

La volonté m'est connue par ses actes, non par sa nature. Je connois cette volonté comme cause motrice ; mais concevoir la matière productrice du mouvement, c*est clairement concevoir un effet sans cause , c'est ne concevoir absolument rien.

Il ne m'est pas plus possible de concevoir comment ma volonté meut mon corps, que comment mes sensations affectent mon âme. Je ne sais pas même pourquoi Tun de ces mystères a paru plus explicable que Tautre. Quant à moi , soit quand je suis passif, soit quand je suis actif, le moyen d'union des deux substances me paroît absolument incompréhensible. Il est bien étrange qu'on parte de cette incompréhensibilité même pour confondre les deux substances , comme si des opérations de natures si différentes s'expliquoient mieux dans un seul sujet que dans deux.

Le dogme que je viens d'établir est obscur , il est vrai ; mais enfin il offre un sens , et il n'a rien qui répugne à la raison ni à l'observation : en peut-on dire autant du matérialisme ? N'est-il pas clair que si le mouvement étoit essentiel à la matière , il en seroit inséparable, il y seroit toujours en même degré , toujours le même dans chaque portion de matière , il seroit incommunicable , il ne pourroit augmenter ni diminuer , et l'on ne pourroit pas même concevoir la matière en repos? Quand on me dit que le mouvement ne lui est pas essentiel , mais nécessaire , on veut me donner le change par des mots

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