‹ Œuvres de J. J. Rousseau, avec des notes historiquesChapitre 153 sur 233 · LIVRE V · texte numérisé non relu

LIVRE V

grain pour rapporter. Elle n'a jamais lu de livre que Sarreme, et Télémaque qui li;ii to^a piar hasard 4azis les linains ; vm^ m<^ âHe capable de se pas* sioi^ner pour Télémaque M-eUe un coe^r sans sentiment et un esprit sans délicatesse ? O Vaimabl^ ignor^te ! Heureux celui qu'on destine à Tins^truire ! Elle ne sera point le professeur de son n(iari , mais son disciple : loip 4^ v^iulpir l'assujettir à se$ goûts , elle prendra t^ siepiS. Elle vaudra QÛeux pour lui que si elle étoit s^v^e; il a>ura ^ plaisir de lui tout enseigner. Il est temps ejoi^ qu'ils se YoieJ^ ; travaillons à les r^pprocl^r.

Nous partons de Paris, tristes eH rêveurs. Ce lieu de babil n'est pas notre centre. Emile tourne un ceil de dédain vers cette grande ville , et dit avec dépit: Que de jours perdus en vaines recherches I AIjl ! ce n'est pas là qu'eat l'épouse de mon cœur. Mon ami^ vous le saviez bien ; n;iais mon ten^ips ne vous coûtç guère , et mes maux vous fout peu soufifrir. le le regarde fixement , et lui dis sans m'émouvoir : Emile , croyez- vous ce que vqus dites? A l'instant il me saute au cou tout coÂfus , et me serre dans S(es bras sans répondre. C'est toujours sa réponse quand il a tort.

Nous voici par les champs en vrais chevaliers errans ; pou pas comme ei^x cher^ant \e^ aventures , nous les fuyosus, au contraire, e^n quittant Paris; mais imitait ^s^zleup aHure errani;e , inégale , tantpt piquant des deu|L , et tantôt marchaut à petits pas. A force de suivre ma pratique , on en aura pris enfin

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l'esprit ; et je n'imagine aucun lecteur encore assez prévenu par les usages pour nous supposer tous deux endormis dans une bonne chaise de poste bien fermée , marchant sans rien voir, sans rien observer, rendant nul pour nous l'intervalle du départ à l'arrivée , et , dans la vitesse de notice marche , perdant le temps pour le ménager.

Les hommes disent que la vie est courte , et je vois qu'ils s'efforcent de la rendre telle. Ne sachant pas l'employer, ils se plaignent de la rapidité du temps ; et je vois qu'il coule trop lentement à leur gré. Toujours pleins de l'objet auquel ils tendent , ils voient à regret l'intervalle qui les en sépare : l'un voudroit être à demain , l'autre au mois prochain ; l'autre à dix ans de là ; nul ne veut vivre aujourd'hui ; nul n'est content de l'heure présente , tous la trouvent trop lente à passer. Quand ils se plaignent que le temps coule trop vite, ils mentent; ils payeroient volontiers le pouvoir de l'accélérer ; ils emploieroient volontiers leur fortune à consumer leur vie entière ; et il n'y en a peut-être pas un qui n'eût réduit ses ans à très-peu d'heures s'il eût été le maître d'en ôter au gré de son enni^i celles qui lui étoient à charge , et au gré de son impatience celles qui le séparoient du moment désiré. Tel passe la moitié de sa vie à se rendre de Paris à Versailles , de Versailles «i Paris, de la ville à la campagne, de la campagne à la ville, et d'un quartier à l'autre, qui seroit fort embarrassé de ses heures s'il n'avoit 1^

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