‹ Œuvres de J. J. Rousseau, avec des notes historiquesChapitre 155 sur 233 · LIVRE V · texte numérisé non relu

LIVRE V

la eoioie ; un hm touffu ^ je vai& sous son embre ; une grotte , je la visite ; une carrière ^ j'éKainine les minéraux. Partout ou je ne pUi& j'y reste. A Fin** atant que je m'ennuie , je m'en yÙs. le ne dépends ni des dievaux ni du po&tillon. Je n'ai pas besoin de choisir des dienûas toiU feits ^ des routes cosBisodes ; je passe partout où un honMne pem passer ; je vois tout ce qu'un homme peut voir ; et ^ ne dépendant que de moi^Boêne , je jouis de toute la liberté dont un homme peut jouir. Si le mauvais temps m'arrête et que l'ewaui me gagne ^ alors je prends des chevaux. Si je suis las.... Mais Emile ne se lasse guère ; il est robuste ; et pourquoi se lasseroit-il ? il n'est point pressé. S'il s'arrête, coiavie»t peut-il s'en* nuyer ? Il porte partout de quoi s'amuser, il entre chez un maître y il travaille ; il exerce ses bra& pour reposer ses pieds.

Voyager à pied c'est voyager comme Thaïes , Platon , Pythagore. J'ai peine à comprendre comment un philosophe peut se résoudre à voyager autre* ment , et s'arracher à l'examen des richesses qu'il foule aux pieds et que la terre prodigue à sa vue. Qui estH^e qui , aimant un peu l'agriculture, ne veut pas connoître les proAaetions psyrtieulières au chmat des lieux qu'il traverse , et la manière de leseuttiver. Qai estHse qui , ayant un peu de goût pour l'histoire naturelle , peut se résoudre à passer un terrain sans l'examiner, un rocher sans l'écomcF, des no^ntagnes sans herboriser , des cailloux sans chercher des fos*

siles ? Vos philosophes de ruelles étudient Thistoire naturelle dans des cabinets ; ils ont des coHfichets ^ ils savent des noms , et n'ont aucune idée de la nature. Mais le cabinet d'Emile est plus riche que ceux des rois ; ce cabinet est la terre entière. Chaque chose y est à sa place : le naturaliste qui en prend soin a rangé le tout dans un fort bel ordre ; Daubenton ne feroit pas mieux.

Combien de plaisirs différens on rassemble par cette agréable manière de voyager! sans compter la santé qui s'affermit , Thumeur qui s'égaie. J'ai toujours vu ceux qui voyageoient dans de bonnes voitures bien douces, rêveurs, tristes, grondans ou souffrans; et les piétons toujours gais, légers, et contens de tout. Combien le cœur rit quand on approche du gite ! Combien un repas grossier paroit savoureux ! Avec quel plaisir on se repose à table ! Quel bon sommeil on fait dans un mauvais lit! Quand on ne veut qu'arriver, on peut courir en chaise de poste, mais quand on veut voyager, il faut aller à pied.

Si, avant que nous ayons fait cinquante lieues de la manière que j'imagine, Sophie n'est pas oubUée, il faut que je ne sois guère adroit, ou qu'Emile soit bien peu curieux; car, avec tant de connoissances élémentaires, il est difficile qu'il ne soit pas tenté d'en acquérir davantage. On n'est curieux qu'à proportion qu'on est instruit ; il sait précisément assez pour vouloir apprendre.

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