LIVRE V
Cependant un objet en attire un autre , et nous avançons toujours. J'ai mis à notre première course un terme éloigné : le prétexte en est facile ; en sortant de Paris , il faut aller chercher une femme au loin.
Quelque jour,* après nous être égarés plus qu'à l'ordinaire dans des vallons, dans des montagnes où Ton n'aperçoit aucun chemin, nous ne savons plus retrouver le notre. Peu nous importe, tous chemins sont bons pourvu qu'on arrive : mais encore faut-il arriver quelque part quand on a faim. Heureusement nous trouvons un paysan qui nous mène dans sa chaumière; nous mangeons de grand appétit son maigre dîner. En nous voyant si fatigués, si afïàmés , il nous dit : Si le bon Dieu vous eût conduits de l'autre côté de la colline, vous eussiez été mieux reçus vous auriez trouvé une maison de paix des
gens si charitables de si bonnes gens !.... Us n'ont
pas meilleur cœur que moi , mais ils sont plus riches,
quoiqu'on dise qu'ils l'étoient bien plus autrefois
Us ne pâtissent pas, Dieu merci ; et tout le pays se sent de ce qui leur reste.
A ce mot de bonnes gens le cœur du bon Emile s'épanouit. Mon ami , dit-il en me regardant , allons à cette maison dont les maîtres sont bénis dans le voisinage : je serois bien aise de les voir; peut-être seront-ils bien aises de nous voir aussi. Je suis sûr qu'ils nous recevront bien : s'ils sont des nôtres , nous serons des leurs.
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La ivaU^n bien iiviiquée, on part, ob erre dans 1^ hois : une grande pluie nou$ surpifeiul en chemin; elle Qioms retarde sans nous arrêter. Enfin Vob se retrouve , et le soir nous arrivons à ta maison désignée. Dans le hameau qui l'entoure , cette seule maison , quoique simple, a quelque apparence. Nous nous présentons , nous demancbMas rbospitalilé. L'on nous fait parler au maître ; il nous questionne , mais poliment : sans dire le su^et de «otre voyage, noAis disons celui de notre détour. Il a gardé de son ancienne opujience la i^citité de connoître l'état des gens dans leujrs manières ; quiopoqiAe a véou dans le grand Inonde se trompe r^emeot là^essus : sur ce passeport nous sommes admis.
On nous montre un appartement fort petit, mais propre et commode; on y feit du feu, nous y trouvons du Unge , des nippes, tout ce ^'il nous faut. Quoi! dit Emile tout surpris, on diroit que noi^ étions attendus. O que le paysan avoit bien raison ! quelle attentîoin ! quelle bonté ! queUe prévoyance ! et pour des inconnus ! Je crois être au temps d'Homère. Soyez sensible à tout cela , lui dis-^je , mais ne vous en étonne^ pas ; partout oîi les étrangers sont rares , ils sont bien venus : rien ne rend plus hospitalier que de n'avoir pas souvent besoin de l'être : c'est l'affluence des hôtes qui détruit l'hospitalité. Du temps d'Homère on ne voyageoit guère , et les voyageurs étoient bien reçus partout. Nous sommes peut* être les seuls passagers qu'on ait vus ici de toute