LIVRE IV
ci€iix x}ui rouleût , dans l'astre qui nous éclaire ; nonseulement dans moi-même, mais dans la brebis qui paît , dans l'oiseau qui vole , dans la pierre qui tombe, dans la feuille qu'emporte le vent.
Je juge de l'ordre du monde quoique j'en ignore la fin , parce que pour juger de cet ordre il me suffit de comparer les parties entre elles , d'étudier leur concours, leurs rapports, d'en remarquer le concert. J'ignore pourquoi l'univers exisite ; mais je ne laisse pas de voir comment il est modifié; je ne laisse pas d'apercevoir l'intime correspondance par laquelle les êtres .qui le composent se prêtent un secours mutuel. Je suis .comme un homme qui verroit pour la première fois une montre ouverte , et qui ne laisseroit pas d'en admirer l'ouvrage , quoiqu'il ne connût pas l'usage de la machine et qu'il n'eût point vu le cadran. Je ne sais , diroit-il , à quoi le tout est bon ; mais je vois que chaque pièce est faite pour les autres; j'admire l'ouvrier dans le détail de son ouvrage, et je suis bien sûr que tous ces rouages ne marchent ainsi de concert que |>our une fin commune qu'il m'est impossible d'apercevoir.
Comparons lés>fins|>articulières, les moyens, les rapports ordonnés de toute espèce , puis écoutons le sentiment intérieur; quel eaprit sain peut ^ refuser à son témoignage? à quels yeux non prévenus l'ordre sens&le de l'univers n'annonce-t-il «pas une suprême intelligence; et que de sophismes ne faut-il point entasser pour méconnoitrerharmonie desêtres , IX. 3
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et l'admirable concours de chaque pièce pour la cori' servation des autres ! Qu'on me parle tant qu'on voudra de combinaisons et de chances; que vous sert de me réduire au silence, si vous ne pouvez m'amener à la persuasion? et comment m'ôterez-vous le sentiment involontaire qui vous dément toujours malgré moi? Si les corps organisés se sont combinés fortuitement de mille manières avant de prendre des formes constantes, s'il s'est formé d'abord des estomacs sans bouches , des pieds sans têtes , des mains sans bras, des organes imparfaits de toute espèce qui sont péris faute de pouvoir se conserver, pourquoi nul de ces informes essais ne frappe -t- il plus^nos regards? pourquoi la nature s'est- elle enfin prescrit des lois auxquelles elle n'étoit pas d'abord assujettie? Je ne dois point être surpris qu'une chose arrive lorsqu'elle est possible , et que la difficulté de l'évé'* nement est compensée par la quantité des jets; j'en conviens. Cependant si l'on me venoit dire que des caractères d'imprimerie , projetés au hasard , ont donné l'Enéide tout arrangée , je ne daignerois pas faire un pas pour aller vérifier le mensonge. Vous oubliez , me dira-t-on , la quantité des jets. Mais de ces jets -là combien Êiut-il qhe j'en suppose pour rendre la combinaison vrais^nblable? Pour moi, qui n'en vois qu'un seul , j'ai Tinfini à parier contre un ^e son produit n'est point l'effet du hasard. Ajoutez que des combinaisons et des chances ne donneront jamais que des produits de même nature que