LIVRE IV
les élëmens combinés , que l'organisation et la vie ne résulteront point d'un jet d'atomes , et qu'un chimiste combinant des mixtes ne les fera point sentir et penser dans son creuset, (i)
J'ai lu Nieuwentit avec surprise, et presque avec scandale (*)• Comment cet homme a-t-il pu vouloir Élire un livre des merveilles de la nature , qui montrent la sagesse de son auteur? Son livre seroit aussi gros que le monde , qu'il n'auroit pas épuisé son sujet; et sitôt qu'on veut entrer dans les détails, la plus grande merveille échappe , qui est l'harmonie et l'accord du tout. La seule génération des corps
(i) Croîroît-on, si Ton n'en ayoit U preuve, que l'extravagance hnmaine pût être portée à ce point ? Amatus Lusitanus (f) assuroit avoir vn nn petit homme long d'un ponce enfermé dans un verre, que Julius Camillns, comme im autre Prométhée, avoit fait par la science alchimique. Paracelscy de Naturd rerum, enseigne la façon de produire ces petits hommes, et soutient que les pygmées, les faunes, les satyres et les nymphes, ont été engendrés par la chimie. En effet , je ne vois pas trop qu'il reste désormais autre chose à laire, pour établir la possibilité de ces faits, si ce n'est d'avancer que la matière organique résiste à l'ardeur du feu, et que ses molécules peuvent se conserver en vie dans un fourneau de réverbère.
(*) Nienwentit, savant mathématicien hollandois, et non moins eâèbre comme philosophe, mort en 1718. Entre autres ouvrages il a publié, dans sa langue, nn traité de V Existence de Dieu démontrée par les merpeiiles de la natmre, traduit en françois par Noguès. (Paris, ' 172$, in-fy réimprimé en 1740.)
(^) Médecin portugais du seizième siècle > dont le nom véntable étoit Jean Rodrigue Amato. Il est auteur de quelques ourraget de médecine écrits en latin , et qui ont été plusieurs fois réimpriflaés.
3G lêBTILE.
Tivans et organisés est l'abiine de Te^rit humain ; la barrière insurmontable que la nature^a mise entre les diverses espèces , afin qu'elles ne se confondissent pas , montre ses intentions ayec la dernière évidence. «£lle ne s'est pas contentée d'étabKr Tordre , elle a pris des mesures certaines pour que rien ne pût le troubler.
Il n'y a pas un être dans l'univers qu'on ne puisse, à quelque égard, regarder comme le centre commun de tous les autres , autour duquel ils sont tous ordonnés, en sorte qu'ils sont tous réciproquement fins et moyens les uns relativement aux autres. L'esprit se confond et se perd dans cette infinité de rapports, dont pas un n'est confondu ni perdu dans la foule. Que d'absurdes suppositions pour déduire toute cette harmonie de l'aveugle mécanisme de la matière mue fortuitement! Ceux qui nient l'unité d'intention qui se manifeste dans les rapports de toutes les parlies de ce grand tout, ont beau couvrir leur galimatias d'abstractions , de co-ordinations , de principes généraux, de termes emblématiques ; quoi qu'ils fassent , il m'est impossible de concevoir un système d'êtres si constamment ordonnés que je ne conçoive une intelligence qui l'ordonne. Il ne dépend pas de moi de croire que la matière passive et morte a pu produire des êtres vivans et sentants , qu'une fatalité aveugle a pu produire des êtres inteUigens , que ce qui ne pense point a pu produire des êtres ^ui pensent.
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