‹ Œuvres de J. J. Rousseau, avec des notes historiquesChapitre 196 sur 233 · DES VOYAGES · texte numérisé non relu

DES VOYAGES

On demande s'il est bon que les jeunes gens voyagent, et l'on dispute beaucoup là-dessus. Si l'on proposoit autrement la question , et qu'on demandât s'il est bon que les hommes aient voyagé, peut-être ne disputeroit-on pas tant.

L'abus des livres tue la science. Croyant savoir ce qu'on a lu, on se croit dispensé de l'apprendre. Trop de lecture ne sert qu'à faire de présomptueux ignorans. De tous les siècles de littérature il n'y en a point eu où l'on lût' tant que dans celui-ci, et point où Ton fût moins savant (*) : de tous les pays de l'Eu-

(*) « Fâcheuse suffisance qu'une suffisance purement livresque. A l'apprentissage de la philosophie, tout ce qui se présente à nos yeulx sert de livre. Ce grand monde est le mirouer où il fault regarder pour nous cognoistre de bon biais. Somme, je veux que ce soit le livre de mon escholier. » Mortàighs, Liv. i, ch. 3 5.

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