‹ Œuvres de J. J. Rousseau, avec des notes historiquesChapitre 197 sur 233 · LIVRE V · texte numérisé non relu

LIVRE V

rope II n'y en a point où Ton imprime tant d'histoires , de relations , de voyages , qu'en France , et point oii Ton connoisse moins le génie et les mœurs des autres nations. Tant de livres nous font négliger le livre du monde ; ou, si nous y lisons encore, chacun s'en tient à son feuillet. Quand le mot peut-on être Persan me seroit inconnu , je devinerois, à l'entendre dire, qu'il vient du pays où les préjugés nationaux sont le plus en règne, et du sexe qui les propage le plus.

Un Parisien croit connoître les hommes et ne connoit que les François ; dans sa ville , toujours pleine d'étrangers , il regarde chaque étranger comme un phénomène extraordinaire qui n'a rien d'égal dans le reste de l'univers. U faut avoir vu de près les bourgeois de cette grande ville , il feut avoir vécu chez eux pour croire qu'avec tant d'esprit on puisse être aussi stupide. Ce qu'il y a de bizarre est que chacun d'eux a lu dix fois peut-être la description du pays dont un habitant va si fort l'émerveiller. (*)

(*) « L*ame y a (dans les voyages) une contSnueUe exercitation à remarquer les choses inconneues et nouvelles , et je ne sache point meilleure eschole à façonner la yie que de lui proposer incessamment la diversité de tant d*aultres vies» fantasies et usanoes, et luy faire gouster une si perpétuelle variété de formes de nostre nature J'ai honte de veoir nos hommes enyvrez de cette sotte

humeur de s'effaroucher des formes contraires aux leurs : il leur semble estre hors de leur élément, quand ils sont hors de leur village; où qu'ils aillent, ils se tiennent à leurs façons et abominent les estrangieres. > MoariiGirB , Liv. m, chap. 9.

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