‹ Œuvres de J. J. Rousseau, avec des notes historiquesChapitre 198 sur 233 · IX. a · texte numérisé non relu

IX. a

c'est trop d'avoir à pereer à la fois les préjugés des auteurs et les nôtres pour arriver à la vérité. J'ai passé ma vie à lire des relations de voyages, et je n'en ai jamais trouvé deux qui m'aient donné la même idée du même peuple. En comparant le peu que je pouvois observer avec ce que j'avois lu ^ j'ai fini par laisser là les voyageurs, et regretter le temps que j'avois donné pour m'instruire à leur lecture , bien convaincu qu'en fait d'observations de toute espèce il ne faut pas lire, il faut voir. Cela seroit vrai dans cette occasion , quand tous les voyageurs seroient sincères, qu'ils ne diroient que ce qu'ils ont vu ou ce qu'ils croient , et qu'ils ne déguiseroient la vérité que par les fausses couleurs qu'elle prend à leurs yeux. Que doit-ce être quand il la faut démêler encore à travers leurs mensonges et leur mauvaise foi?

Laissons donc la ressource des livres qu'on nous vante à ceux qui sont &its pour s'en contenter. Elle est bonne, ainsi que l'art de Raimond Lulle, pour apprendre à babiller de ce qu'on ne sait point (*). Elle est bonne pour dresser des Platons de quinze ans à philosopher dans des cercles, et à instruire une compagnie des usages de l'Egypte et des Indes sur la foi de Paul Lucas ou de Tavemier.

(*) Raimond Lulle , né à Majorque en laSG, et sumominé le ûoc teur illuminé, a^oit dans son temps la réputation d'un esprit uniyersel. S a écrit des traités sur toutes les sciences, dont le style et les idées sont dignes du siècle où il a Técu.

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