‹ Œuvres de J. J. Rousseau, avec des notes historiquesChapitre 213 sur 233 · LIVRE V · texte numérisé non relu

LIVRE V

tous les deux et n'assure ni l'un ni Vautre ^perçuem neiUrum licet , nec tanquhm in belloparaium esse^ nec tanquhm in pace securum (0? N'est-ce pas cette association partielle et imparfaite qui produit la tyrannie et la guerre ? et la tyrannie et la guerre ne sont-elles pas les plus grands fléaux de Thuma** nité?

Nous examinerons enfin l'espèce de remèdes qu'on a cherchés à ces inconvéniens par les ligues et confédérations, qui, laissant chaque état son maître au dedans , l'arment au dehors contre tout agresseur injuste. Nous rechercherons comment on peut établir une bonne association fédérative, ce qui peut la rendre durable , et jusqu'à quel point on peut étendre le droit de la confédération , sans nuire à celui de la souveraineté.

L'abbé de Saint-Pierre avoit proposé une association de tous les états de l'Europe pour maintenir entre eux une paix perpétuelle. Cette association étoit-elle praticable ? et , supposant qu'elle eût été établie, étoit-ilà présumer qu'elle eût duré (a)? Ces recherches nous mènent directement à toutes les questions de droit public -qui peuvent achever d'é* claircir celles du droit politique.

(i) SsvBC, dt Tranq. anim,, cap. i.

(i) Depuis que j'écrivois ceci , les raisons /lour ont été exposées dans Textrait de ce projet; les raisons contre, du moins celles qui m'ont paru solides, se trouveront dans k recueil de mes écrits, à la suite de ce même extrait. '

Enfin nous poserons les vrais principes du droit de la guerre , et nous examinerons pourquoi Grotius et les autres n'en ont donné que de faux.

Je ne serois pas étonné qu'au milieu de tous nos raisonnemens , mon jeune homme , qui a du bon sens , me dît en m'interrompant : On diroit que nous bâtissons notre édifice avec du bois , et non pas avec des hommes, tant nous alignons exactement chaque pièce à la règle! U est vrai, mon ami; mais songez que le droit ne se plie point aux passions des hommes, et qu'il s'agissoit entre nous d'établir d'abord les vrais principes du droit politique. A présent que nos fondemens sont posés , venez examiner ce que les hommes ont bâti dessus , et vous verrez de belles choses !

Alors je lui fais lire Télémaque et poursuivre sa route; nous cherchons l'heureuse Salente , et le bon Idoménée rendu sage à force de malheurs. Chemin faisant , nous trouvons beaucoup de Protésilas , et point de Philoclès. Adraste, roi des Dauniens, n'est pas non plus introuvable (*). Mais laissons les lecteurs imaginer nos voyages, ou les faire à notre place un Télémaque à la main ; et ne leur suggérons point des apphcations affligeantes que l'auteur même écarte ou fait malgré lui.

Au reste, Emile n'étant pas roi, ni moi dieu, nous

(*) Allusion à Frédéric, roi de Prusse. Voy. Confessions, Liy. xii, page 8. V

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