LIVRE V
mes plaisirs comme tu Tes de mes jours et de ma destinée. Dût ta cruauté me coûter la vie , je te rends mes droits les plus chers. Je ne veux rien devoir à ta complaisance, je veux tout tenir de ton cœur.
Bon Emile, rassure-toi : Sophie est trop généreuse elle-même pour te laisser mourir victime de ta générosité.
Le soir, prêt à. les quitter, je leur dis du ton le plus grave qu'il m'est possible : Souvenez-vous toua deux que vous êtes libres , et qu'il n'est pas ici question des devoirs d'époux ; croyez - moi ,, point de fausse déférence. Emile , veux -tu venir? Sophie le permet. Emile, en fureur, voudra me battre. Et vous, Sophie, qu'en dites-vous ? faut-il que je l'emmène ? La menteuse , en rougissant , dira qu'oui: Charmant et doux mensonge , qui vaut mieux que la vérité !
Le lendemain.... L'image de la félicité ne flatte plu? les hommes ; la corruption du vice n'a pas moins dé« pravé leur goût que leurs cœurs. Ils ne savent plus sentir ce qui est touchant ni voir ce qui est aimable. Vous qui , pour peindre la volupté , n'imaginez jamais que d'heureux amans nageant dans le sein djes délices , que vos tableaux sont encore imparfaits ! vous n'en avez que la moitié la plus grossière ; les plus doux attraits de la volupté n'y sont point. O qui de vous n'a jamais vu deux jeunes époux, unis sous d'heureux auspices , sortant du lit nuptial , et portant à la fois dans leurs regards languissans et chastes
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l'ivresse des doux plaisirs qu'ils viennent de goûter, l'aimable sécurité de l'innocence, et la certitude alors si charmante de couler ensemble le reste de leurs jours ? Voilà l'objet le plus ravissant qui puisse être offert au cœur de l'homme ; voilà le vrai tableau de la volupté : vous l'avez vu cent fois sans le reconnoître ; vos cœurs endurcis ne sont plus faits pour l'aimer. Sophie , heureuse et paisible , passe le jour dans les bras de sa tendre mère ; c'est un repos bien doux à prendre après avoir passé la nuit dans ceux d'uù époux.
Le surlendemain j'aperçois déjà quelque changement de scène. Emile veut paroître un peu mécontent : mais, à travers cette affectation , je remarque un empressement si tendre, et même tant de soumission , que je n'en augure rien de bien fâcheux. Pour Sophie, elle est plus gaie que la veille , je vois briller dans ses yeux un air satisfait ; elle est charmante avec Emile ; elle lui fait presque des agaceries dont il n'est que plus dépité.
Ces changemens sont peu sensibles , mais ils ne m'échappent pas : je m'en inquiète , j'interroge Emile en particulier ; j'apprends qu'à son grand regret , et malgré toutes ses instances , il a fallu faire lit à part la nuit précédente. L'impérieuse s'est hâtée d'user de son droit. On a un éclaircissement : Emile se plaint amèrement , Sophie plaisante ; mais enfin , le voyant prêt à se fâcher tout de bon , elle lui jette un regard plein de douceur et d'amour, et , me ser-