LIVRE IV
» misère , étouffant peu à peu le naturel , Tentraî- » noient rapidement à sa perte , et ne lui prépa- » roient que les mœurs d'un gueux et la morale d'un D athée.
» Le mal, presque inévitable, n'étoit p<is absolu- » ment consommé. Le jeune homme avoit des con- » noissances, et son éducation n'avoit pas été négli- » gée. Il étoit dans cet âge heureux où le sang en » fermentation commence d'échauffer l'âme sans l'as- D servir aux fureurs des sens. La sienne avoit encore » tout son ressort Une honte native (*) , un carac- » tère timide suppléoient à la gêne , et prolongeoient » pour lui cette époque dans laquelle vous main- » tenez votre élève avec tant de soins. L'exemple D odieux d'une dépravation brutale et d'un vice sans » cliarme , loin d'animer son imagination , l'avoit » amortie. Long-temps le dégoût lui tint lieu de vertu » pour conserver son innocence; elle ne devoitsuc- » comber qu'à de plus douces séductions.
D L'ecclésiastique vit le danger et les ressources. » Les difficultés ne le rebutèrent point : il se com- » plaisoit dans son ouvrage ; il résolut de l'achever , » et de rendre à la vertu la victime qu'il avoit array> chée à Tinfamie. Il s'y prit de loin pour exécuter D son projet : la beauté du motif animoit son cou- » rage et lui inspiroit des moyens dignes de son zèle.
(*) Dans le sens de ritallen natta, U a déjà employé ce mot dans le même sens au Livre ii. Voyea^ tome VIII, page 3o3.
» Quel que fût le succès, il étoit sûr de n'avoir pas » perdu son temps. On réussit toujours quand on » ne veut que bien faire.
» Il commença par gagner la confiance du prosé- » lyte en ne lui vendant point ses bienfaits , en ne y> se rendant point importun , en ne lui faisant point » de sermons, en se mettant toujours à sa portée, y> en se faisant petit pour s'égaler à lui. G'étoit , ce me » semble, un spectacle assez touchant de voir un » homme grave devenir le camarade d'un polisson , 9 et la vertu se prêter au ton de la licence pour en » triompher plus sûrement. Quand l'étourdi venoit » lui faire ses folles confidences et s'épancher avec D lui, le prêtre l'écoutoit, le mettoit à son aise ; sans » approuver le mal il s'intéressoit à tout : jamais » une indiscrète censure ne venoit arrêter son babil » et resserrer son cœur; le plaisir avec lequel il se » croyoit écouté augmentoit celui qu'il prenoit à )> tout dire. Ainsi se fit sa confession générale sans » qu'il songeât à rien confesser.
» Après avoir bien étudié ses sentimens et son » caractère, le prêtre vit clairement que, sans être >^ ignorant pour son âge , il avoit oublié tout ce qu'il » lui importoit de savoir, et que l'opprobre où l'avoit y> réduit la fortune étouffoit en lui tout vrai senti- » ment du bien et du mal. Il est un degré d'abruy> tissement qui ôte la vie à l'âme ; et la voix inté- » rieure ne sait point se faire entendre à celui qui ne y> songe qu'à se nourrir. Pour garantir le jeune in-