‹ Œuvres de J. J. Rousseau, avec des notes historiquesChapitre 30 sur 233 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

nature le principe immédiat de la conscience , indépendant de la raison même. Et quand cela seroit impossible, encore ne seroit-il pas nécessaire : car, puisque ceux qui nient ce principe admis et reconnu par tout le genre humain ne prouvent point qu'il n'existe pas , mais se contentent de TafBrmer ; quand nous affirmons qu'il existe, nous sommes tout aussi bien fondés qu'eux , et nous avons de plus le témoignage intérieur , et la voix de la conscience qui dépose pour elle-même. Si les premières lueurs du jugement nous éblouissent et confondent d'abord les objets à nos regards , attendons que nos foibles yeux se rouvrent , se raffermissent ; et bientôt nous reverrons ces mêmes objets aux lumières de la raison , tels que nous les montroit d'abord la nature : ou plutôt soyons plus simples et moins vains ; bornons-nous aux premiers sentimens que nous trouvons en nous-mêmes, puisque c'est toujours à eux que l'étude nous ramène quand elle ne nous a point égarés. Conscience ! conscience ! instinct divin , immortelle et céleste voix ; guide assuré d'un être ignorant et borné, mais intelligent et libre; juge infaillible du bien et du mal , qui rends l'homme semblable à Dieu ! c'est toi qui fais l'excellence de sa nature et la moralité de ses actions ; sans toi je ne sens rien en moi qui m'élève au-dessus des bêtes , que le triste privilège de m'égarer d'erreurs en erreurs à l'aide d'un entendement sans règle et d'une raison sans principe.

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70 jSmilc.

Grâces au ciel , nous \oilà délivrés de tout cet eflrayant appareil de philosophie : nous pouvons être hommes sans être savans ; dispensés de consumer notre vie à l'étude de la morale , nous avons à moindres frais un guide plus assuré dans ce dédale immense des opinions humaines. Mais ce n'est pas assez que ce guide existe , il faut savoir le reconnoître et le suivre. S'il parle à tous les cœurs , pourquoi donc y en a-t-il si peu qui l'entendent ? Eh ! c'est qu'il nous parle la langue de la nature , que tout nous a fait oublier. La conscience est timide , elle aime la retraite et la paix ; le monde et le bruit l'épouvantent : les préjugés dont on la (ait naître sont ses plus cruels ennemis ; elle fuit ou se tait de« vaut eux ; leur voix bruyante étouffe la sienne et Tempéche de se faire entendre; le fanatisme ose la. contrefaire et dicter le crime en son nom. Elle se rebute enfin à force d'être éconduite ; elle ne nous parle plus, elle ne nous répond plus, et, après de si longs mépris pour elle , il en coûte autant de la rappeler qu'il en coûta de la bannir.

Combien de fois je me suis lassé dans mes recherches de la froideur que je sentois en moi ! Combien de fois la tristesse et l'ennui , versant leur poison sur mes premières méditations , me les rendirent insupportables ! Mon cœur aride ne donnoit qu'un zèle languissant et tiède à l'amour de la vérité. Je me disois .'Pourquoi me tourmenter à chercher ce qui n'est pas? Le bien moral n'est qu'une chimère; il n'y a rien

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