LIVRE IV. Q
instruire dans les livres; quelle érudition il faut acquérir ! que de langues il faut apprendre ! que de bibliothèques il faut feuilleter ! quelle immense lecture il faut faire ! Qui me guidera dans le choix? Difficilement trouvera-t-on. dans un pays les meil- ]eui*s hvres du parti contraire, à plus forte raison ceux de tous les partis : quand on les trouveroit , ils seroient bientàt réiiités. L'absent a toujours tort, et de mauvaises raisons dites avec assurance effiicent aisément les bonnes exposées avec mépris. D'ailleurs souvent rien n'est plus trompeur que les livres et ne rend moins fidèlement les sentimens de ceux qui les ont écrits. Quand vous avez voulu juger de la foi cathoUque sur le livre de Bossuet, vous vous êtes trouvé loin de compte après avoir vécu parmi nous. Vous avez vu que la doctrine avec laquelle on répond aux protestans n'est point celle qu'on enseigne au peuple, et que le livre de Bossuet ne ressemble guère aux instructions du prâne (*). Pour bien juger d'une religion , il ne faut pas l'étudier dans les livres de ses sectateurs , il faut aller l'apprendre chez eux ;
O Ce livre de BoMuet est V Exposition de la doctrine de l* Église catholique, réimprimée plus de vingt fois, et traduite dans toutes les langues de l'Europe. La meilleure édition est celle de l'abbé Lequeux , avec des notes et la version latine de l'abbé Fleury (1761, M- II). — n est à remarquer que Rousseau ne fait ici que renouveler le reproche qu'ont fait à Bossuet les docteurs protesUns lors delà première publication de son ouvrage en 167 1. Voyez l'article Bossuet dans la Biographie universelle.