‹ Œuvres de J. J. Rousseau, avec des notes historiquesChapitre 45 sur 233 · LIVRE IV. lOI · texte numérisé non relu

LIVRE IV. lOI

Ceux d'entre nom qui sont à portée de converser avec des Juifs ne sont guère plus avancés. Les malheureux se sentent à notre discrétion ; la tyrannie qu'on exerce envers eux les rend craintifs; ils savent combien peu l'injustice et la cruauté coûtent à la charité chrétienne : qu'oseront-ils dire sans s'exposer à nous faire crier au blasphème? L'avidité nous donne du zèle, et ils sont trop riches pour n'avoir pas tort. Les plus savans, les plus éclairés sont toujours les plus circonspects. Vous convertirez quelque misérable , payé pour calomnier sa secte ; vous ferez parler quelques vils fripiers, qui céderont pour vous flatter; vous triompherez de leur ignorance ou de leur lâcheté , tandis que leurs docteurs souriront en silence de votre ineptie. Mais croyez- vous que dans des lieux où ils se sentiroient en sûreté l'on eût aussi bon mar* ché d'eux? En Sorbonne, il est clair comme le jour que les prédictions du Messie se rapportent à Jésus- Christ Chez les rabbins d'Amsterdam , il est tout aussi clair qu'elles n'y ont pas le moindre rapport. Je ne croirai jamais avoir bien entendu les raisons des

rUlustre et saTant Renchlin (*) « consulté sur cette affaire , s'en attira de terribles qui faillirent le perdre, pour avoir seulement été d'avi» qu'on pouvoit conserver ceux de ces livres qui ne faisoient rien contre le christianisme , et qui traitoient de matières indififérente* à la religion.

(*) SaTant profeMaur catholique allemand, mort en i5a4, profondément Tersé dans les langues grecque et hébraïque , et le seul qnc F Allemagne pût opposer alors anx savans d'Italie. On a de lui nn grand nombre d'ouvrages imprimés en Allemagne, sur la théologie, la grammaire et la philosophie. ■

Juifs, qu'ils n'aient un état libre, des écoles, des universités , oîi ils puissent parler et disputer sans risque. Alors seulement nous pourrons savoir ce qu'ils ont à dire.

A Constantinople les Turcs disent leurs raisons, mais nous n'osons dire les nôtres ; là c'est notre tour de ramper. Si les Turcs exigent de nous pour Mahomet , auquel nous ne croyons point , le même respect que nous exigeons pour Jésus-Christ des Juifs qui n'y croient pas davantage, les Turcs ont-ils tort? avonsnous raison ? Sur quel principe équitable résoudronsnous cette question ?

Les deux tiers du genre humain ne sont ni juifs , ni mahométans , ni chrétiens ; et combien de millions d'hommes n'ont jamais ouï parler de Moïse , de Jésus-Christ, ni de Mahomet ! On le nie; on soutient que nos missionnaires vont partout. Cela est bientôt dit. Mais vont-ils dans le cœur de l'Afrique , encore inconnu , et oîi jamais Européen n'a pénétré jusqu'à présent ? Vont-ils dans la Tartarie méditerranée suivre à cheval les hordes ambulantes , dont jamais étranger n'approche, et-qui , loin d'avoir ouï parler du pape, connoissent à peine le grand lama? Vont-ils dans les continens immenses de l'Amérique, où des nations entières ne savent pas encore que des peuples d'un autre monde ont mis les pieds dans le leur? Vont-ils au Japon, dont leurs manœuvres les ont fait chasser pour jamais , et où leurs prédécesseurs ne sont connus des générations qui nais-

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